Renforcer la réglementation sur l’utilisation des antibiotiques dans les élevages. C’est ce que la Consumer Advocacy Platform (CAP) demande aux autorités, soit aux ministères de l’Agro-industrie et de la Santé. Dans le cadre de la Journée mondiale des Droits des Consommateurs, le président de la CAP, Mosadeq Sahebdin, indique que selon une enquête de l’ONG, « les antibiotiques sont facilement disponibles alors même que la loi interdit à un pharmacien de les vendre sans ordonnance ».
La CAP souligne qu’une mise en garde de l’OMS affirme que la surutilisation d’antibiotiques peut faire que d’importants médicaments « cessent de fonctionner alors que des infections banales et blessures mineures entraînent la mort de nouveau ». Une lettre a été adressée à quatre grandes chaînes de fast-foods les invitant à ne pas utiliser de la viande issue d’élevages avec antibiotiques.
À travers le monde, cette année, la Journée mondiale des Consommateurs est l’occasion de militer pour éliminer des antibiotiques du menu de Mc Donald’s, KFC et Subway. Consumers International appelle les chaînes de restauration rapide à s’engager à arrêter d’utiliser la viande issue d’animaux élevés systématiquement à l’aide d’antibiotiques de la médecine humaine. A Maurice, la CAP a envoyé une lettre, en février dernier, à Mc Donald’S, KFC, Subway et Nando’s, les invitant à déclarer leur politique en matière de qualité de la viande utilisée. Seul KFC a jusqu’ici répondu à cet appel, indiquant se faire approvisionner en poulet par Avipro Co Ltd, et soutenant que l’utilisation des antibiotiques en tant que “growth promoters” est strictement interdite chez celle-ci. De plus, le détenteur de la franchise internationale mènerait des audits réguliers sur toute la chaîne de production et d’approvisionnement.
La CAP souligne que « la surutilisation d’antibiotiques en agriculture joue un rôle majeur dans la résistance aux antibiotiques, qui atteint des niveaux dangereusement élevés partout dans le monde. L’OMS a prévenu que si des mesures d’urgence ne sont pas prises, le monde risque de sombrer dans une ère post-antibiotiques où d’importants médicaments cesseront de fonctionner ». Toujours selon la CAP, environ la moitié des antibiotiques fabriqués à l’échelle mondiale sont utilisés à des fins de promotion de la croissance et de prévention plutôt que traitement de maladies. « Malgré des préoccupations mondiales à propos de la surutilisation d’antibiotiques, celle-ci devrait augmenter de deux tiers d’ici 2030, soit de 63 200 tonnes en 2010 à 105 600 tonnes en 2030 ».
D’où l’appel pressant de la CAP aux autorités de renforcer la réglementation sur l’utilisation des antibiotiques dans les élevages en vue de préserver sur le long terme leur efficacité en médecine humaine. Mosadeq Sahebdin, de la CAP, souligne : « Selon des professionnels, il existe, chez les petits éleveurs, la pratique d’administrer systématiquement aux poulets des antibiotiques même si ceux-ci ne présentent aucun signe de maladie. Ceux-ci sont utilisés comme des growth promoters, soit pour doper les animaux pour qu’ils soient prêts dans les 40-45 jours ». La CAP souligne que cette pratique n’est pas sans risques pour les consommateurs car « le résidu d’antibiotiques dans la viande n’est pas négligeable ». « C’est ainsi qu’il faut une forte limitation des antibiotiques d’usage courant, une interdiction d’administrer aux animaux, les antibiotiques de dernier recours en médecine humaine, et la séparation entre la prescription des antibiotiques qui reste à la charge des vétérinaires et la vente de ces molécules qui doit être réservée aux seuls pharmaciens ».