Au fin fond de la forêt du Royaume de Toulézabus, se terre un vieux lion dont la gloriole et la goinfrerie n’avaient aucune limite. Il rêvait de posséder tout ce que pouvaient voir ses yeux et imaginer son esprit. Quelques ours mal léchés, mais bien zélés, par crainte ou par admiration, se croyaient obligés de le louanger du matin au soir, tant et si bien qu’il était devenu, le croyait-il du moins, un dieu. Bien évidemment, pas ce Dieu d’amour que nous vénérons, mais un de ces dieux destructeurs et sans majuscule que seuls nos pires cauchemars peuvent en fabriquer.
Les politico-reptiles, cireurs de pompes le jour et piétineurs de cadavres la nuit, se bousculaient au portillon de sa tanière, pour lui dédier leurs trésors, et même, des fois, leurs très chères. Quelques jeunes félines, plus en quête d’avantages que d’aventure lui réservaient  de  doucereuses gâteries. En vrai mâle dominant, il n’en était jamais repu. Pour l’aider à répondre aux nombreuses sollicitations coquines, des fayots faisaient venir de   lotpey  des tisanes très rares, aux vertus apparemment stimulantes.
Ce qu’ignorent toujours les se-croyant-tout-puissant, c’est que la loi de la jungle est toujours impitoyable. Comme la mort, le revirement arrive toujours. Des fois très tôt, des fois très tard, mais il répond toujours à l’appel. La vengeance arrive cette fois sous les traits d’un très vieux pâtre, rustre mais rusé, qu’on appelle respectueusement Sire.  Jadis humilié par le lion, il s’était juré  de lui crêper la crinière dans une fosse, devant les yeux médusés de spectateurs hostiles et revanchards.  Il confie l’opération à un grippe-coquin insensible, mais un tantinet badin, assisté d’un prévenant cybernauth et d’un fossoyeur toujours ravi dans la gadoue. Ce trio infernal ne se fait pas prier pour zoomer sur tous les péchés, grands ou mignons, du jadis redouté félidé. Ce dernier, abandonné par ses anciens tirailleurs et secoué par l’audace de ces irrévérencieux barbouzes,  laisse honteusement choir son magnifique pelage et ressemble désormais plus  à un puma déconfit qu’à un puma confus.