En octobre 2017, des articles du New York Times et du New Yorker rapportent qu’une douzaine de femmes, principalement des actrices, accusent le renommé producteur hollywoodien Harvey Weinstein de harcèlement, d’agression sexuelle ou de viol. A la faveur des réseaux sociaux, et sans doute d’un contexte ayant atteint des limites devenues insoutenables, on va assister dans les semaines qui suivent à un véritable déferlement de témoignages de femmes du monde entier contre les abus dont elles sont victimes. Cela donnera le hashtag #metoo et le mouvement Time’s up dans le monde anglophone, #balancetonporc dans le monde francophone, et diverses déclinaisons, comme chez nous, Shame Them, créé par de jeunes Mauriciennes. Cette semaine, le débat a été relancé avec force autant en France qu’aux ÉtatsUnis ou au Pakistan.

Ainsi, le Pakistan est actuellement secoué par le viol et le meurtre d’une fillette de 6 ans, Zainab, retrouvée mardi 9 janvier sur un tas d’ordures dans la ville frontalière de Kasur. Des centaines de personnes sont descendues dans la rue le lendemain, cette manifestation se transformant en émeutes qui ont fait deux morts. Cette ville a enregistré huit cas de viol et de meurtre de petites filles en un an, restés largement impunis.

En France, une polémique chaque jour alimentée a pris naissance après la publication, dans le journal Le Monde, d’une tribune intitulée «Des femmes libèrent une autre parole», signée par cent femmes dont Catherine Deneuve et la romancière Catherine Millet. Il était prévisible qu’une riposte allait intervenir face aux dénonciations de milliers de femmes au cours de ces derniers mois, mais la surprise est venue du fait que ce soient des femmes qui aient organisé cette riposte. En disant, dans cette tribune, qu’elles défendent «une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle.»

Et estimant que «la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste». «En tant que femmes, nous ne nous reconnaissons pas dans ce féminisme qui, au-delà de la dénonciation des abus de pouvoir, prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité». On y retourne donc, à cette culpabilisation des femmes qui, depuis des décennies déjà, tend à leur faire croire que se battre pour leurs droits légitimes revient à être à anti-hommes… La journaliste et essayiste Laure Adler le dit fort bien: «Nous sommes très nombreuses, quelles que soient nos générations, à être féministes tout en considérant les hommes et en les aimant. Le féminisme ne s’est pas construit dans la haine de l’homme, mais dans la défense de la femme».

Dans une tribune publiée vendredi dans le journal Libération, intitulée «Porc, tu nais?», la journaliste et écrivaine Leila Slimani, prix Goncourt 2016 pour son roman Chanson douce, revendique, elle, le droit de ne pas être «importunée» dans sa vie quotidienne de femme. «Je revendique mon droit à la liberté, à la solitude, le droit de m’avancer sans avoir peur. Je ne veux pas seulement d’une liberté intérieure. Je veux la liberté de vivre dehors, à l’air libre, dans un monde qui est aussi à moi. Je ne suis pas une petite chose fragile. Je ne réclame pas d’être protégée mais de faire valoir mes droits à la sécurité et au respect. Et les hommes ne sont pas, loin s’en faut, tous des porcs. Combien sont-ils, ces dernières semaines, à m’avoir éblouie, étonnée, ravie, par leur capacité à comprendre ce qui est en train de se jouer? A m’avoir bouleversée par leur volonté de ne plus être complices, de changer le monde, de se libérer, eux aussi, de ces comportements? Car au fond se cache, derrière cette soi-disant liberté d’importuner, une vision terriblement déterministe du masculin: «un porc, tu nais». Les hommes que je connais sont écœurés par cette vision rétrograde de la virilité. Mon fils sera, je l’espère, un homme libre. Libre, non pas d’importuner, mais libre de se définir autrement que comme un prédateur habité par des pulsions incontrôlables. Un homme qui sait séduire par les mille façons merveilleuses qu’ont les hommes de nous séduire».

Aux États-Unis, la star Oprah Winfrey a fait le buzz avec son discours aux Golden Globes dimanche dernier, où elle recevait un prix pour l’ensemble de sa carrière. «Ce que je sais à coup sûr, c’est que dire notre vérité est l’outil le plus puissant que nous ayons tous. Je suis particulièrement fi ère et inspirée par toutes les femmes qui se sont senties assez fortes et habilitées pour parler et partager leurs histoires personnelles. Pendant trop longtemps, les femmes n’ont pas été entendues ou crues quand elles osaient dire la vérité face à ces hommes puissants. Mais c’est fini. C’est fini. Time’s up. Je veux que toutes les filles qui me regardent sachent qu’un nouveau jour est à l’horizon. Et quand ce jour nouveau apparaîtra enfin, ce sera grâce à beaucoup de femmes magnifiques, et de certains hommes assez phénoménaux, qui se battent pour s’assurer qu’ils deviendront les leaders d’un temps où plus personne ne dira «me too».

«Je défends la liberté de l’amour. Mais elle ne peut exister que lorsque les rapports entre individus sont égaux. Pour que toutes les formes d’amour puissent être désirables, il faut que chacun soit reconnu comme un sujet à part entière», insiste de son côté Laure Adler. Qu’il fait bon l’entendre dire. Et le voir à l’œuvre…