La loi du supermarché

Un djembé ride la surface du silence. Est-ce bien raisonnable, me suis-je demandé. Je distingue des guitares sur les marches du complexe commercial. Des jeunes filles en fleur s’empressent de pénétrer dans une salle bondée. J’entends des chants et des gens se mêler aux rythmes. Qui se mélodisent. Ce n’est pas un centre commercial mais un lieu de culte ! Je ne porte aucun jugement; j’observe juste la scène. Un verveux officiant prend la parole en main, chante du fond du chœur. Et s’adresse aux ouailles comme à une seule âme, un seul homme.

Gens de toutes les couleurs, d’origine modeste ou presque embourgeoisée. Issus d’une autre religion ou d’une autre congrégation. La voilà, l’unité tant recherchée, ai-je hurlé intérieurement. Et ma réflexion se trouble. Ma voisine de travée s’est mise à psalmodier une langue inconnue. Elle bredouille des mots incompréhensibles avec ferveur. Elle semble n’avoir aucun contrôle du débit à la fin. Ce moment passé, elle reprend ses esprits. Sourire béat aux lèvres frémissantes.

Au micro, l’on demande à ceux qui le souhaitent de s’approcher… Je n’ai pas tout saisi. Un homme à la chevelure moutonneuse leur a imposé une main sur le front; certains se sont évanouis en instantané. Stupeur et tremblement. Que s’est-il passé ? Le djembé reprend sa rythmique incantatoire. Et l’assistance cantique. Une joie de vivre ensemble. Et tout cela se joue dans une presque clandestinité. La fraternité entre toutes ces couleurs a semblé sincère, à la sceptique que je suis.

Je ne mettrai pas ma main au feu. Je crois que nous tenons là une illustration du vivre ensemble. Les gens d’horizon divers se saluent et se disent “bonjour”. And I think to myself : what a wonderful world ! Je prétends que les religions prônent la paix et l’amour. Les hommes en ont fait des instruments de haine. Je prétends aussi qu’au-delà de la religiosité se trouve la spiritualité. Et Dieu sait que ce monde en a besoin. Ne serait-ce que d’une spiritualité de supermarché… Ce n’est pas si étrange que les livres sur la spiritualité aient la cote. Que l’on cherche à se ressourcer dans des réserves naturelles. Se recentrer après une dispersion éperdue.

Essayer d’établir un contact méditatif. Se sentir en phase avec les éléments. Un besoin de sérénitude pour gommer stress et nervosité. Air pur, amour et eau fraîche. Calme et volupté. A-t-on besoin de se reconnecter ? Je crois que oui. Si chacun y parvenait, sans doute la vie serait-elle supportable. Un esprit apaisé nous prédispose aux autres. Compassion, respect, entraide, pardon, dignité, justice. On récolte lorsque l’on sème…

Pourquoi les religions semblent désertées au profit des “dénominations” ou des “sous-groupes” ? Je me risque à penser que lesdits “sous-groupes” répondent aux besoins et préoccupations actuels. Et apportent les réponses voulues à ceux qui se posent des questions. Ceux-là trouveront un réconfort. Attention, je ne dis pas que les religions mainstream ne fonctionnent pas ! Ce que je dis est que l’homme a toujours eu besoin de croire en quelque chose. Quelque chose d’insondable. Dieu, l’univers, l’infini, la science. Pravind, Navin, Paul, Xavier, Bizlall, Subron. Canal+, MBC. La programmation télé.

Meurtres, viols, infanticides. Les institutions ne fonctionnent pas. Mais fort de ce constat, que faire ? Je vous avoue que je ne sais plus à qui me vouer. Avoués et notaires ne sont eux-mêmes pas si sûrs, my lord. Je ne parle pas des maîtres ès-baratin et docteurs en tous genres. Ni des maîtresses nominées ! Combien de fois n’a-t-on pas confondu une étoile et un réverbère ?

Ai-je tort de m’extasier ? Un mec a pris la parole en main. En vérité, je vous le dis, le taux d’inflation est trop élevé. Et le pouvoir d’achat du consommateur tombera à genoux. Sans pouvoir se relever. Ceux-là sont les plus faibles. Malheur aux incompétents car la sanction du peuple sera leur jugement dernier !