DE LA MÉGALOMANIE AUX CATACLYSMES ÉCOLOGIQUES

L'on peut toujours se vanter d'être le président du pays le plus riche et plus puissant au monde, se permettant même de menacer militairement des pays souverains, tels la Corée du Nord et le Venezuela, mais devant les conséquences exprimées souvent brutalement en réponse à notre sens d'irresponsabilité et d'insouciance envers la nature, la richesse de même que la puissance militaire ne peuvent que déposer les armes. Pourtant, telles des bactéries dans une boite de Petri, nous vivons sur une planète limitée dont la production de la richesse et l'industrie militaire constituent justement les causes les plus sérieuses de pollution et de dégradation. Mais au-delà de cette tendance mégalomane dominatrice s'exprimant toujours sans parcimonie, le refus de s'associer à la mouvance globale, plus rationnelle, en vue de protéger notre « maison commune » risque de nous mener droit dans l’abîme.
Une étude publiée au début d'août 2017 dans la revue américaine Science Advances indique que des millions de personnes vivant en Asie du Sud, région qui abrite environ un cinquième de l'humanité et qui subit déjà les conséquences des moussons de plus en plus dévastatrices, sont confrontées à une menace de chaleur et d'humidité provoquée par le réchauffement climatique. Ainsi, si aucune mesure corrective n'est prise à temps, d'ici 2100, la majeure partie de l'Inde, du Pakistan, du Népal, du Bangladesh, etc, connaîtra des températures proches de la limite de survie. Et, à partir de 2100, selon des chercheurs hawaïens, 74% de la population mondiale serait exposée à des vagues de chaleur, à l’instar de la canicule française de 2003. Or, les émissions des gaz à effet de serre représentent, à elles seules, 60% de notre empreinte écologique globale.
 Mais la biodiversité dans son ensemble est aujourd'hui concernée ; une étude de la revue Proceedings of the National Academy of Sciences publiée en juillet dernier faisant même état du phénomène de « l'anéantissement biologique » de bon nombre d'espèces animales et végétales. Selon la FAO d'ailleurs, plus de 90% de la diversité agricole qui existait au début du 20e siècle ont, tout bonnement, disparu. En ce qu’il s’agit des vertébrés, plus de 30% des espèces sont en déclin, à la fois en termes de population et de répartition géographique. Quant aux mammifères, s'ils ont perdu plus d'un tiers de leur habitat original, c'est principalement dû aux activités démesurées de l'homme que ce soit en matière de consommation, d'habitation ou d'industrialisation. L'agriculture, à elle seule par exemple, occupe environ un tiers de la surface terrestre totale, est la cause de 80% de la déforestation mondiale et pèse pour 70% de la consommation d'eau. Bref, l'érosion de la biodiversité ces jours-ci est la pire depuis la disparition en masse des espèces sur la Terre, incluant les dinosaures non aviaires, provoquée par l'impact d'un météore géant 66 millions d'années de cela.
 D'autre part, le jour du « dépassement de la Terre » – jour où toutes les ressources naturelles que la planète peut produire en une année auront été consommées – arrive de plus en plus tôt. Selon les ONG Global Footprint et WWF, pour subvenir à nos nécessités de base, nous avons aujourd'hui besoin de 1,7 planète. Et les conséquences de cette surconsommation sont déjà visibles : pénurie en eau, désertification, érosion des sols, chute de la productivité agricole, effet de serre avec toutes les répercussions qui en découlent. À ce rythme, donc, en 2050, avec une population mondiale qui frôlera les 10 milliards d'habitants, nous aurons besoin de 2 planètes. Or, vivre à crédit ne peut être que provisoire car la nature ne constitue pas un gisement inépuisable de ressources. Vu le rythme auquel se produit la dégradation de notre biosphère et la décision rétrograde du plus grand pollueur mondial de sortir de l'accord de Paris, il n'est vraiment pas loin le jour où l'on constatera, impuissant, que la richesse et les armes ne seront d’aucune utilité lorsque l'on songerait enfin à réparer les dégâts. Car le point de non-retour serait alors déjà atteint.