LA NICOLIÈRE : La forêt habitée du nord-est

Localisée dans une zone boisée et montagneuse, La Nicolière est connue pour sa culture de la canne à sucre et pour être l’un des réservoirs de Maurice, approvisionnant en eau potable la majeure partie du Nord de l’île. L’endroit est également fréquenté par les excursionnistes. Il abrite uniquement quatre familles… Détour par ce paysage de verdure.


À la source de La Nicolière
Selon Guy Rouillard, La Nicolière était le nom de guerre d’André Refuveuil. En 1740, ce dernier était le propriétaire d’un lopin de terre situé dans ce village, auquel il laissa son nom. Quelques années plus tard, en 1751, le terrain fut acheté par les frères Vigoureux pour élargir le domaine de Ville Bague. Puis, les terres furent séparées à nouveau pour laisser place au domaine de La Nicolière. Toutefois, d’après un livre publié par le diocèse de Port-Louis en 1986, il est indiqué que la sucrerie de La Nicolière fut démolie et rebâtie à California, basé dans le même lieu.


Laval Sylva, l’un des rares habitants rencontrés en chemin
Laval Sylva habite La Nicolière depuis 1986. Âgé de 65 ans, ce retraité profite de son temps libre pour parler aux chauffeurs de tracteurs qui travaillent dans les champs, histoire de ne pas s’ennuyer après s’être occupé de sa maison et de ses animaux qui vivent dans l’arrière-cour. “J’ai acheté une maison de l’ancien camp sucrier. J’ai tout rasé pour en reconstruire une à ma convenance”, confie cet ancien habitant de Belle Vue Maurel.
Loin des agitations, du brouhaha et des rues oppressives des villes, le village jouit d’une tranquillité absolue. “Après 18h30, il ne se passe pas grand-chose ici. Pas le moindre bruit. Vivre entouré de champs de cannes ne nous fait pas peur.”
Les souvenirs lui reviennent. Il ne tarde pas à distiller quelques anecdotes. “Le seul souci ici est qu’il y a beaucoup à marcher avant de trouver un arrêt d’autobus. Il nous arrive souvent de rater le bus. Pour éviter cet inconvénient, ma femme Jeanne prenait son vélo et le garait au coin de la route pour ne pas avoir à marcher.”


Paysage verdoyant
Située tout près de Ville Bague, La Nicolière est ceinturée par d’immenses plantations de cannes à sucre et d’arbres endémiques. Ce bourg est en plein cœur d’une petite bulle de nature, où fleurissent seulement quatre maisons. Un lieu pas très connu à Maurice, qui ne manque pas d’impressionner ceux qui y viennent pour la première fois.
Après environ trente minutes de marche de l’arrêt d’autobus de Ville Bague, les randonneurs pourront faire des pique-niques et admirer le lac. Ceux qui sont véhiculés peuvent garer leurs voitures à l’ombre rafraîchissante des arbres. C’est un endroit agréable pour passer une journée en famille les week-ends. Il est possible d’y poser une nappe au sol pour manger à côté des férus de pêche, qui taquinent des poissons dans le lac.
Au cœur de la forêt, loin des maisons et du lac, un paysage verdâtre s’offre à la vue. Les localités avoisinantes comme Mare d’Australia et Brisée Verdière peuvent être aperçues en marchant au sommet des collines. On y contemple un panorama somptueux, sans oublier les singes qui se baladent d’arbre en arbre.


Les Grey, amoureux de fleurs
Chez les Grey, il y a des fleurs partout. À peine franchi le seuil de leur maison que nous voilà dans un jardin de fleurs. Être fleuriste, c’est aussi savoir faire de sa maison une grange de fleurs, avec les pétales laissant un parfum doux agrémenté de l’air glacial de La Nicolière. “Je vis ici depuis 42 ans. L’atmosphère y est agréable. Les conditions sont bonnes pour faire pousser des fleurs.”
Ce couple de fleuristes a végétalisé leur toit, faute d’espace dans sa cour. Du cactus au bégonia, tout y est. “J’adore les fleurs depuis que je suis petite. Avec mon mari Claudinet, nous plantons et vendons des fleurs depuis une dizaine d’années”, confie Mariline Grey.


Contrée à vocation agricole
C’est sous le gouvernement de Mahé de La Bourdonnais en 1743 que l’industrie sucrière a été établie à l’île de France. Comme dans presque tous les villages de Maurice, La Nicolière regorge de champs de canne. Un secteur longtemps considéré comme l’un des piliers de l’activité économique de notre île. La région est propice pour la plantation de la canne car elle est humide et abonde de soleil.
La récolte sucrière vient de commencer. Avec la mécanisation agricole, les propriétés sucrières n’embauchent presque plus de coupeurs de cannes. Sur la route, nous croisons des tracteurs provenant de la sucrerie de Terra. Plusieurs font le va-et-vient entre La Nicolière et Belle Vue Maurel. On peut aussi voir des machines qui découpent, tronçonnent et chargent les morceaux de cannes dans des véhicules.



Le réservoir
D’après le livre Histoire des domaines sucriers de l’île Maurice de Guy Rouillard, le réservoir de la Nicolière a été érigé en 1926 et contient 204 millions de pieds cubes d’eau. Il fournissait l’eau aux propriétés sucrières The Mount, Beau Plan et Belle Vue. Il servait aussi à l’irrigation des champs de cannes de Beau Plan, entre autres. Aujourd’hui, La Nicolière alimente le Nord de l’île en eau potable.