De la clique au clan. C’est ainsi que l’on pourrait résumer le changement intervenu il y a de cela une année. Il y a eu le règne de Navin Ramgoolam et de sa clique, dont les symboles les plus puissants ont été les Gooljaury, les Soornack, qui, entre 2005 et 2014, ont beaucoup profité des délices du pouvoir. Il a été remplacé par un clan du Sun Trust qui a réussi à placer pratiquement tous ses pions à divers échelons du pouvoir.
Malgré les grandes promesses de campagne de transparence dans les recrutements au moyen d’appel à candidatures, dès l’arrivée au pouvoir du MSM et de ses alliés, ce sont essentiellement les proches du clan familial et du parti qui ont été favorisés au moment des nominations. A peine battue au No 14, Maya Hanoomanjee a été repêchée comme Speaker de l’Assemblée nationale. C’était le seul membre du clan qui avait mordu la poussière aux élections de 2014.
L’ICAC sera aussi étoffée par la nomination de quelques proches du clan, Lutchmeeparsad Aujayeb, gendre du regretté S. Sajadah, ministre du MSM, Narain Krishna Peerun, ancien chef de la NIU qui est resté un intime de la famille Jugnauth, et Shakilla Jhungeer, une recrue du MSM présentée à la presse en avril 2014 et qui, après avoir démissionné de son poste de commissaire de la commission anti-corruption dans le sillage de l’affaire DPP-Sun Tan, a tranquillement repris son poste.
Que Prakash Mauthrooa ait toujours des démêlés avec la justice ne l’a empêché d’être fait Senior Adviser du Premier ministre. Il fallait récompenser le Campaign Manager de Lalians Lepep au No 7. L’a suivi de près Dev Beekharry, un fidèle du MSM et de Pravind Jugnauth, qui s’est vu attribuer un poste de Senior Adviser au PMO avec la responsabilité d’organiser la communication du chef du gouvernement.
Autre nomination qui a fait beaucoup jaser : celle de Bissoon Mungroo, organisateur attitré des anniversaires de SAJ au conseil d’administration d’Air Mauritius. Qu’il ait été condamné à neuf mois de prison en appel en 1987 après avoir été trouvé coupable de “serious, deliberate and ingenious fraud” n’y a rien changé, “government is government, government decides” selon la formule consacrée revendiquée par le ministre Anil Gayan. Deshmuk Kowlessur, beau-frère du beau-frère de Pravind Jugnauth, a, lui, été propulsé à la tête de la Competition Commission.
Les autres ministres n’ont pas été en reste en matière de nomination. Xavier Duval qui n’a pas obtenu tout ce qu’il réclamait a quand même pu caser quelques-uns de ses fidèles comme Joel Rault à l’ambassade de Maurice à Paris, Robert Desvaux, Ramalingum Maistry, son candidat battu au No 19, ou encore Robert Pallamy.
Ivan Collendavelloo n’a, lui, pas fait mystère de son programme de “nomme nou diminue” et il a vite joint l’acte à la parole en procédant à des nominations de proches comme M. Naidu à la présidence du CEB, job à temps partiel qui est néanmoins rémunéré à hauteur de Rs 109,000 par mois. En fait, le Muvman Liberater, bien que très jeune formation sur l’échiquier, se révélera comme le parti le plus régimiste et “establishment” du gouvernement prêt à tout expliquer et tout justifier, même les excès de la police
La douche froide post-municipale
Le ministre de la Santé s’est d’ailleurs distingué au chapitre des nominations. Son épouse, Surya Gayan, injustement virée par Navin Ramgoolam en 2005, a très vite retrouvé son poste à la direction du Mahatma Gandhi Institute, tandis que Vijaya Sumputh, une proche du ministre, a été nommée directrice du Cardiac Centre. Le fils du ministre Dayal est aussi le seul jeune avocat qui a été trouvé pour présider la commission de médiation de la focntion publique.
Il y a les fils, mais il y a aussi les pères, comme celui de Roshi Bhadain qui a été nommé président de la BDM dont on annonce souvent la fermeture parce que c’est à d’autres entités que l’on confie le sort des petites et moyennes entreprises. Le ministre de la Bonne Gouvernance n’a pas été en reste lui qui a nommé un de ses proches, Guillaume Ollivry, comme directeur de la Financial Intelligence Unit et Akilesh Deerpalsing à la tête de la Financial Services Commission.
L’affaire du recrutement de médecins directement par le ministère sur pouvoirs délégués de la PSC va aussi confirmer cette propension du gouvernement à favoriser les siens. Sur les 60 médecins embauchés, le fils de la ministre de l’Éducation, des neveux d’autres ministres et de proches de notables apparentés MSM.
Nominations scandaleuses ou pas, l’alliance Lepep a su profiter du désarroi d’une opposition fragmentée pour remporter les municipales avec des effectifs encore plus médiocres que certains de ceux qui sont entrés à l’Assemble nationale l’année dernière.
La célébration de la victoire sera de courte durée, la condamnation de Pravind Jugnauth à 12 mois de prison pour trafic d’influence dans l’affaire Medpoint causant un immense effroi au sein de l’édifice Lepep, le Premier ministre se permettant même décréter qu’il s’agit d’un mauvais jugement. Cette affaire aura des conséquences assez déstabilisantes pour le gouvernement.
Pravind Jugnauth, bien que contraint de rendre son tablier ministériel, se prévalera de sa situation de fils de Premier ministre pour continuer à bénéficier d’une voiture de l’Etat conduite par des membres de la VIPSU. Il fera même partie de la délégation officielle que conduit le Premier ministre en Inde. Aux dérives monarchiques de Navin Ramgoolam, succèdent celles des Jugnauth. Et début 2016 sera crucial sur le plan politique avec le procès en appel qui sera entendu en janvier.
Malgré quelques secousses sur le Good Governance and Integrity Reporting Bill, la fronde de quelques membres du MSM et la démission de Danielle Selvon, le gouvernement, fort de sa très grande majorité, tient bon et attend impatiemment le dénouement du procès de Pravind Jugnauth pour élaborer le plan post-SAJ.
Du côté de l’opposition, un an après la débâcle de l’alliance PTr/MMM, les deux partis connaissent des trajectoires tout à fait différentes. Les rouges sont et resteront toujours mal en point tant que celui qui est encore leur leader sera associé aux coffres débordant de liasses de devises et confronté à de multiples accusations. Une ou deux sorties publiques, mais le désamour avec le public reste total.
Les rouges au Parlement ont essayé de donner de la voix avec Shakeel Mohamed en première ligne pour s’opposer au gouvernement, ses trois collègues députés étant des novices. Et c’est contre lui d’ailleurs que le gouvernement a déployé l’artillerie lourde. La réouverture de l’affaire Gorah Issac que certains avaient pensé utiliser pour lui rabattre le caquet s’est terminée en eau de boudin, les charges provisoires logées contre lui par la police ayant été rayées et que même le Premier ministre a publiquement pris ses distances des enquêteurs.
Au MMM, c’est différent parce que déjà son leader a quand même pu retrouver sa place de leader de l’opposition après avoir réussi à récupérer de justesse son siège de député au No 19. Après les premiers mois extrêmement pénibles et des effectifs réduits à sept au Parlement, les mauves ont repris du poil de la bête avec des interventions et des interrogations qui ont permis d’avancer sur certains dossiers.
Il a même été seul aux municipales, a fait bonne figure avec ses 31,3% des voix, mais n’a pas remporté un seul siège de conseiller. Ce qui n’est pas arrivé depuis des lustres. Chez les mauves aussi, on annonce des clarifications en 2016 sur la stratégie.
Quant au Mouvement Patriotique, bien que bénéficiant de cinq voix au Parlement, il reste un groupe assez hétéroclite avec des personnalités aux ambitions contradictoires certains espérant un poste au gouvernement tandis que d’autres se verraient bien retourner à “Lakaz mama”. En tout cas, ce qui est sûr c’est que 2015 n’a certainement pas été l’année du changement promis, la MBC étant le symbole le plus éloquent de cet état de fait.