LA SAGA SOODHUN: « Selon que vous serez puissant ou misérable... »

Aucune acrobatie intellectuelle ne pourrait justifier les menaces inadmissibles de Showkutally Soodhun, vice-Premier ministre à l’encontre de Xavier-Luc Duval, leader de l’opposition. La condamnation sans réserve qu’elles commandaient devrait être unanime, pensait légitimement le citoyen respectueux des lois. Mais c’était sans compter cette lâcheté proverbiale doublée de ces exécrables calculs politiques d’un pouvoir incapable de mesurer le caractère gravissime des propos incitant à la violence et à la haine raciale. Un pouvoir donc tout aussi, sinon plus, coupable de banaliser le péril qui pèse sur le tissu social du pays, un pouvoir dont la surenchère sémantique masque mal son désarroi.
Mais ce dont nous sommes aujourd’hui les témoins horrifiés trouve son origine en amont. Et il est impératif d’y revenir pour remettre les pendules à l’heure dans un souci de vérité historique visant à débusquer une énième fois le regard que le politicien doté d’une droiture à géométrie variable détourne allègrement face aux dérives. Mais surtout pour en mesurer le danger quelquefois mortel à ne pas les tuer dans l’œuf pour laisser l’impunité les alimenter. Un exemple parmi tant d'autres: Showkutally Soodhun vint clamer haut et fort en février 2016 son appartenance ethno-religieuse. C’est son droit le plus strict. Le condamner pour cette affirmation serait injuste car réclamer cette identité-là ne signifie nullement entrer dans une dynamique sectaire. Mais ce postulat ne tient plus quand le ministre avoue dans la foulée sa préséance sur l’identité nationale («C'est vrai que je suis un Mauricien, mais je suis avant tout un musulman. »). Ces propos – qui incidemment expliqueraient peut-être sa relation ‘fusionnelle’ avec l’Arabie Saoudite  – sonnent comme un défi ou un rejet, au choix, à notre pluralité culturelle et, au-delà de la négation d’un État laïque, pourraient constituer de légitimes motifs de crainte pour de nombreux citoyens qui y verraient, à tort ou à raison, un terreau fertile aux passe-droits.  Solidarité gouvernementale oblige, le PMSD alors au pouvoir fait fi des principes dont il se targue et observe prudemment un silence religieux, ignorant qu’il sera rattrapé en aval, la roue tournant et le vice-Premier Ministre bouclant la boucle avec un « djihad » détourné car associé au meurtre! Un « djihad » doublement dangereux car il vise ce symbole identitaire qu’est devenu Xavier-Luc Duval, bien malgré lui. Le cocktail est explosif car il substitue la violence physique au débat contradictoire propre à une démocratie digne de ce nom.
Fort heureusement, la grande majorité des Mauriciens rejette d’instinct le repli identitaire, consciente des égarements dramatiques de 1968 et de 1999. Non, « le sang ne sèche pas vite en entrant dans l’histoire ». Et aujourd'hui, réjouissons-nous que l’indignation l’ait emporté tandis que les rares défenseurs de l’indéfendable, dont le seul mérite aura été d’avoir repoussé les limites de l’insulte à l’intelligence du citoyen, sont marginalisés. Il appartient désormais à la police, la grande muette, mais une institution dont l’indépendance est garantie par notre Constitution, de faire sauter des verrous. Mais surtout de faire mentir La Fontaine qui écrivait: « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »