Jusqu’à présent, la saison s’était plus ou moins déroulée dans la normalité, avec une pléiade de jockeys de qualité garantissant un spectacle haut de gamme au Champ de Mars. Nous étions gratifiés des arrivées de toute beauté, haletantes et se jouant souvent à la photo-finish. Mais voilà qu’arrive la saison des mariages…

Certes, nous avions aussi vécu les épisodes malheureux du Zylpaterol, du grave incident ayant opposé l’entraîneur Ramapatee Gujadhur et le jockey mauricien Kersley Ramsamy, l’histoire des instructions données à un jockey, en présence d’un jockey adversaire qui a servi d’interprète et l’épisode des deux commissaires administratifs qui boudent une remise des prix. Tous ces errements, aussi bien au niveau du Mauritius Turf Club (MTC) que de la Gambling Regulatory Authority (GRA), n’ont donné aucune suite disciplinaire, ce qui est un très mauvais signal.

Cette apparence de laxisme a donné des ailes à ceux qui s’étaient tenus à carreaux jusqu’ici. Ceux qui ont pour objectif de se remplir les poches, en pervertissant la finalité de certaines courses sont passés clairement à l’action, samedi dernier dans l’épreuve majeure, dotée de la Swan Tours Souvenir Trophy et remportée sans coup férir par Pera Palace.

Pour qu’il n’y ait pas de malentendu, précisons d’emblée que Pera Palace était sans doute le meilleur cheval de cette épreuve et que sa victoire ne souffre d’aucune contestation sur le fond, mais que c’est dans la forme qu’il y a à redire. Disons plus simplement dans un jargon que connaissent bien les Mauriciens : « They made from a certainty, a double certainty ! »

Alors qu’on s’attendait à ce que Chili Con Carne, qui avait une ligne intérieure, dispute le commandement à Pera Palace, son jockey Piere Strydom n’a pas engagé de lutte et a laissé filé son principal adversaire, qui, a lui, pris la tête, sans effort aucun dans un premier 200 mètres couru dans le temps évocateur de 14 secondes. Dès lors, la course était jouée, d’autant que le partant de l’écurie Gujadhur, Seventh Plain, a été sévèrement gêné peu après le départ par Chili Con Carne, lui-même porté vers l’intérieur par le futur gagnant, Pera Palace. Le hasard a voulu que Seventh Plain, enfermé, tout le long du parcours, a vu Chili Con Carne dandiné de gauche à droite devant lui dans la dernière ligne droite, ce qui lui a privé d’une deuxième place.

Lors de l’enquête, qui a eu lieu mardi au lieu de samedi, puisque les Racing Stewards avaient été induits en erreur sur le fractionnel de l’épreuve par ses services internes, 13,5 sec au lieu de 14 sec, pour les 200 premiers mètres, les RS n’ont rien eu à redire, si ce n’est de statuer que le jockey Piere Strydom « could have insisted a bit more but would not have finished closer ».

Vu le fractionnel de la course, les commissaires auraient dû dire « should have insisted more » et nous trouvons choquant qu’ils puissent affirmer qu’il n’aurait pas fini plus près, surtout que l’effort demandé, aurait été pour les premiers mètres de la course où Chili Con Carne a montré, lors de ses deux précédentes victoires, une plus grande rapidité.

Cette enquête des Racing Stewards, comme la course elle-même, semble être frappées du syndrome Karos Mariaz. « Everything is done to make their life easier ». Ils ont étudié la course avec le jockey incriminé qui a évoqué la cote de son adversaire et a donc avoué s’être intéressé de près à cet aspect de la chose, alors que pour les jockeys, le betting n’aurait pas dû être un facteur influent dans leur prestation. D’un revers de la main, c’est le jockey controversé dans cette affaire,  et non les commissaires des courses, qui a justifié sa monte inacceptable et l’évolution suspecte de la cote, accepté comme une lettre à la poste par les Racing Stewards.

Un peu de pédagogie n’est pas inutile ici pour ceux qui veulent comprendre ce que c’est qu’un Karos Mariaz. C’est une théorie hippique combinée de deux facteurs : premièrement, celui de donner un soft lead avec des fractionnels les plus lents possibles sur la partie initiale, avant de le laisser filer vers le but en toute quiétude. Deuxièmement, ce cheval a été l’objet d’une évolution au niveau de sa cote qui a soudainement subi un engouement excessif de parieurs, visiblement informés de la bonne fortune dont bénéficierait le cheval qu’ils auront supporté. Évidemment, c’est plus avisé de le faire avec un bon cheval !

Ces deux facteurs du Karos Mariaz sont aussi deux éléments majeurs du forensic en hippisme : les fractionnels et le betting. Dans le cas de Chili Con Carne, ces deux facteurs se combinent et méritent une investigation plus sérieuse que le mauvais cinéma de l’enquête tardive, comme souvent, des Racing Stewards. Ce qui s’est passé dans cette course était sur toutes les lèvres avant l’épreuve et certains entraîneurs ne savaient pas à quel saint se vouer pour tenter de contrecarrer le plan ourdi.

Une étude approfondie de l’évolution de la cote de cette course démontre que les deux favoris d’avant le betting coup avaient laissé leur place au futur gagnant qui a subi des paris massifs sur ses chances: Chili Con Carne (Rs 300 à 470) Prince Of Thieves (Rs, 330 à 470), Pera Palace (Rs 450 à 225) et Seventh Plain (Rs 820 à 650). Selon des informations recueillies par Turf Magazine, le betting coup s’est fait en deux étapes, au changement d’emplacement entre la plaine et les loges, vers 11h, et dans les minutes précédant la course lorsque les initiés ont eu confirmation des facilités de sorties qui allaient être accordées au futur gagnant.

Dans cette affaire, hors mis les Racing Stewards, la GRA porte aussi sa part de responsabilité. Elle refilait les informations relatives au betting à la chambre des Racing Stewards, pour que ceux-ci puissent agir en conséquence. Après quelques semaines probantes, le board de la GRA par la voix de son duo infernal, le couple Bheekary/OM Dabiddin, a fait stopper cette pratique au nom que certains au MTC pourraient en faire un usage abusif et personnel. Cette attitude rétrograde est en faveur de ceux qui veulent pervertir les courses et contre ceux qui sont censés la contrer. Cela confirme bien que la GRA a depuis longtemps choisit son camp.

Une GRA, qui selon nos renseignements, pour faire plaisir à Michel Lee Shim, ses amis et leurs machines à sous, tente à travers le budget de faire revenir les off-course bookmakers, au Champ de Mars. Deux options à prévoir : une modification de certaines dispositions de la loi pour l’installation de betting shops, hors du Champ de Mars ou plus simplement une hausse conséquente des redevances.

En attendant, la politique d’étranglement financier du MTC se poursuit. Cette fois, ceux qui visent de prendre la citadelle du MTC ont pesé de tout leur poids au PMO, pour contraindre le sponsor traditionnel du Maiden Air Mauritius de se retirer pour l’instant en attendant des jours meilleurs. Un remariage sans doute !