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De la théocratie à l’État laïc

L'idée émise au Parlement par la députée Nita Deerpalsing selon laquelle l'on devrait inscrire dans notre Constitution que la République de Maurice est un état séculier (Secular state), n'a pas – contrairement à ce que l'on pouvait espérer – suscité des réactions dignes ni de la classe politique ni de la sphère intellectuelle. Et pourtant, cette clause si elle était inscrite dans notre Constitution aurait contribué à éclaircir bien des aspects encore nébuleux quant à la place de la religion dans notre République et contribuer grandement à renforcer notre tissu démocratique – au vu de son caractère multiconfessionnel et multi-ethnique.
 A ce propos, nous proposons dans un premier temps de faire état succinctement de la place de la religion dans un certain nombre d'États pour ensuite se pencher sur le rôle et la place – par le passé et présentement – de la religion dans notre pays (qui fera l’objet d’un autre article).
Alors que certains États dont le Vatican, l'Arabie Saoudite, l'Iran, le Soudan, le Yémen, la Mauritanie et les Maldives se proclament officiellement théocratie, la plupart des pays ont un régime oscillant entre le semi-théocratique et le purement laïc. Israël est un État juif ; le judaïsme est la religion d'État.
Notons qu'une société laïque repose sur le principe de la séparation de la société civile et de la société religieuse alors que la théocratie est, elle, synonyme d'un régime où l'Église, les prêtres et autres mollahs jouent un rôle politique important.
La République française a une longue histoire menant à son affranchissement de l'emprise de l'Église catholique et reste jalouse de sa laïcité quoique la plupart des jours fériés sont des fêtes chrétiennes.
« Democratic Republic »
 Bon nombre de pays musulmans se sont proclamés État islamique avec ou sans l'application de la charia, à l'instar du Pakistan, État créé en 1947 avec une écrasante majorité de musulmans.
La République indienne qui compte pourtant plus de 80% d'hindous – le reste de la population étant composé de musulmans, de chrétiens et de sikhs – a opté pour un statut laïc. En 1950, le mot « laïc » est inscrit dans plusieurs articles de sa Constitution interdisant la discrimination sur la base de la religion, de la race, de la caste ou encore du lieu de naissance. En 1976, des dispositions sont complétées par l'introduction du mot « secular » devant les mots « Democratic Republic ».
Parmi les pays à majorité chrétienne ou musulmane, une grande variante existe. La Turquie, qui ne mentionne pas les mots « religion » et « laïc » dans sa Constitution, se déclare cependant État islamique depuis 1923. En Grande Bretagne, pays éminemment laïc, le chef de l'État se proclame Defender of the Faith, alors que l'Italie, depuis les accords de Latran, a inscrit le catholicisme comme religion d'État. Il en est de même pour l'Arménie. Le Liban, déchiré pour sa part par des querelles de factions religieuses, est un pays où chrétiens et musulmans se partagent tant bien que mal le pouvoir pour le plus grand bien de sa stabilité politique. La Syrie se trouve confrontée à des factions religieuses sunnite, chiite et chrétienne. Les alaouites, une frange chiite minoritaire, s'accroche au pouvoir mais se trouve dans ses derniers retranchements dans une guerre civile qui a déjà fait plus de 30,000 morts en moins de deux ans.
Les États-Unis, pays fortement imprégné de valeurs chrétiennes, a forgé son indépendance sous l'influence des grands penseurs du Siècle des lumières à l'instar d'un de ses grand fondateurs John Adams. Ce dernier proclame que « le gouvernement n'a pas l'ombre d'un droit de se mêler de la religion. La plus petite interférence serait une usurpation flagrante ». Cependant, George Washington fut le premier Président à introduire le serment sur la Bible alors que le billet vert porte l'inscription de « In God we trust ». Les religions, baptiste, protestante et les sectes pentecôtistes et charismatiques ont une influence de plus en plus grandissante sur le paysage politique. Les Américains réalisent cependant l'importance de la religion au vu de ce qu'a affirmé Ronald Regan en 1984 : « Politique et religion sont nécessairement liées car la politique et la morale sont inséparables et la religion est le fondement de la morale ».
L’érosion de la ferveur religieuse
Après la Révolution Russe (1917) et l'installation du régime communiste, la religion fut honnie comme étant « l'opium du peuple » ; un régime athée s'est installé. Durant 70 ans de dictature, l'église orthodoxe russe fut mise en veilleuse. Elle ne devait reprendre force et vigueur qu'après le démantèlement de l'Union Soviétique. Seule la République de Cuba reste le dernier rempart du régime athée quoi que depuis 1998 les pratiques religieuses sont officieusement tolérées. En Corée du Nord, un autre État survivant du communisme dans sa forme primaire, le chef du parti fait figure de Dieu sur terre.
En général, à l'aube du 21e siècle, on note une érosion de la ferveur religieuse et du pouvoir de l'église surtout en Occident. En France, la loi de 1905, qui établit la stricte séparation entre les affaires de l'Église et de l'État, est en passe d’être dépassée compte tenu d’une forte présence d'immigrants musulmans. Le domaine de l'éducation n'est plus l'apanage de l'église mais des écoles privées payantes. Le mariage religieux n'est plus reconnu ; les registres paroissiaux ne font plus foi de registre de naissance mais l'état civil ; il en est de même pour le mariage et le divorce reconnu depuis le Concordat de 1801. Idem pour la nomination des évêques alors que le clergé n'est plus rétribué par l'État. Tout ceci pour souligner que le pouvoir de l'Église a été réduit à une peau de chagrin. En dépit du fait que le concept religieux perd du terrain en Occident depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et que beaucoup de gens, surtout en milieu urbain, vivent quasiment en libres penseurs, athées ou agnostiques, on note un retour de ces mêmes personnes vers l'église dans leurs vieux jours et, au seuil de la mort, exprimant le vœu d'être enterrés en « terre sainte » (cimetière consacré) après un passage à l'église. La présence d'une population musulmane attachée à ses us, coutumes – inaliénables à sa religiosité – est venue cependant bouleverser l'ordre des choses au point où bien des concepts de laïcité sont remis en question au vu de la loi de 1905.
Les guerres de religions ne sont plus légion en Occident. Par contre, dans le monde musulman, dans le sillage du printemps arabe, la religion apparaît comme un élément fédérateur pour renverser les dictateurs, même si comme dans le cas de l'Iran elle a grandement favorisé l'institution d'une théocratie. Comme quoi le remède peut être pire que le mal…


Commentaires

N'est ce pas logique d'avoir le libre arbitre que d'avoir a se soumettre a l'agenda religieux ? Sur ce coup la La France a bien jouer sa carte et devrait continuer de garder ce principe car les soutanes et les moullahs sont pires que ce que vous pouvez imaginer a vous tout seul !

Un remède est ce qu'il dit sur le prospectus à l'intérieur de la boîte et ceux dans le besoin d'une meilleure santé peuvent tolérer quelques effets secondaires. La question est s'il y a vraiment une séparation entre l'État et la religion dans un pays comme la France, indépendamment de ce que nous pouvons vouloir croire. Après tout l'idée "de ne pas mélanger Cezar et Dieu" est Biblique. Combien d'un remède ce s'est avéré être dépend de notre sens de valeurs sociales.