• Les chiens victimes de maltraitance par MSAW ?

Rappel des faits : il y a six mois, la Mauritius Society for Animal Welfare (MSAW) procédait à la saisie d’une trentaine de chiens au domicile d’un sexagénaire à Beau-Bassin soupçonné de maltraiter les animaux. Les chiens ont été placés sous la responsabilité de l’Animal Welfare Unit et pris en charge par la MSAW. D’aucuns demandent que le rapport du vétérinaire de l’AWU soit rendu public, et que ces chiens soient confiés aux associations de défense animale, après avoir été stérilisés. Une décision qui soulageait les ONG. Sauf que la procédure a été lente et que ces chiens — qui ne semblaient pas avoir été privé de nourriture par leur maître —- ont été répartis dans des refuges dans un état des plus déplorables. Les images sont parlantes, choquantes

Une quinzaine de chiens pris en charge par une association protectrice des animaux récupèrent très lentement,  dans un environnement qui correspond à leurs besoins : l’espace, l’attention et le confort, dont ils ne semblent pas être habitués. Mais dans leur nouveau foyer, ces chiens se montrent distants, semblent anxieux, craintifs, ne font plus confiance à l’homme. Cinq autres, confiés à Happy Tails and Sanctuary Mauritius auraient les mêmes comportements, mais sont désormais entre de bonnes mains. « We opened our sanctuary’s doors with 7 MSAW dogs, including 5 from the horrific Beau-Bassin case. These dogs, firmly away from any further torment, are now cared for humanely, and all heading towards long-term happiness and good health », déclare Nathalie Duthil-Cowham, fondatrice et directrice du refuge Happy Tails.Auraient-ils été sauvagement malmenés ? C’est la question que se pose un membre d’une ONG qui passe beaucoup de temps à redonner confiance aux rescapés. « Il faudra un gros travail de socialisation et d’éducation », nous dit celui qui ne souhaite pas pour le moment décliner son identité, préférant attendre le rapport du vétérinaire d’une clinique.

Ces bénévoles sont scandalisés : eux qui ont créé un refuge de leurs propres deniers pour accueillir les chiens errants dans de meilleures conditions — suivant les critères et règles de la MSAW — ont été horrifiés de les découvrir, il y a environ trois semaines. Ils déplorent le traitement infligé à ces animaux. « Nous en avons rarement vu dans des conditions aussi navrantes. C’est à la limite du supportable. Ils faisaient peine à voir », nous dit Reda Chamroo, une bénévole qui a aidé à extraire certains chiens de la MSAW.

Selon lui, certains seraient morts de gastro ; d’autres, la peau sur les os, étaient trop affaiblis pour être stérilisés. A demi mort de faim, leur état nécessitait des soins immédiats. « Ils ont été sans délai placés sous perfusion, ont été examinés et pris en charge pour avoir une chance de récupérer des forces », nous dit-il. « Pourquoi les extraire d’un environnement malsain pour leur faire connaître le même sort ailleurs? », se demande-t-il.

Manque d’effectifs à l’AWU

Il passera des mois avant que la Cour ne se prononce sur le cas de maltraitance alléguée à Beau-Bassin. Puis, les chiens seront recueillis par des ONG à condition que ces dernières répondent à divers critères et respectent les conditions. Pourtant, l’expérience et l’efficacité de ces ONG ne sont plus à démontrer : depuis ces dernières années, de bons samaritains de la cause animale  se spécialisent dans le secours, la stérilisation, les soins, l’accueil et l’hébergement des chiens et chats errants ou maltraités. Tout cela, sans bénéficier d’aucune subvention de l’État, les refuges étant financés par des donateurs privés. « Care for animals, and all the hard work associated with it, comes at a cost. NGO are mostly self-supported, money coming out of the pockets of those doing all the work. Many NGO can only exist based on the measure of their nominal donations. The system as it does not support such social contributions. While one party is paid to control and cull, the other remains cup-in-hand. The appropriation of government funds needs monumental change, and soon », dit Nathalie Duthil-Cowham.

Par ailleurs, la procédure aura été lente : le manque d’effectifs (5 Animal Control Officers) et de moyens (transport) mis à la disposition de l’Animal Welfare Unit (AWU) pour faire leur travail comme il se doit en est une des causes. A Maurice, il appartient à l’Animal Welfare Unit, organisme qui tombe sous le ministère de l’Agro-Industrie, de s’occuper du bien-être des animaux domestiques et de ferme, tandis que la MSAW a pour fonction le contrôle de la population canine (chiens errants) à Maurice. Ainsi, les cas de maltraitance comme celui de Beau-Bassin tombent sous la responsabilité de l’AWU. Les chiens qui auraient dû être placés, hébergés et nourris dans leurs refuges ont cependant été confiés à la MSAW. Ce qui pousse Nathalie Duthil-Cowham à s’interroger. « Why an institution like AWU don’t have their own kennels and have to shift the dogs to MSAW ? ». Contacté au téléphone, le Dr Timol, de la Veterinary Division de l’AWU nous explique que « l’AWU, qui s’occupe des cas de maltraitance animale (animaux domestiques ou animaux de fermes), a pris la décision   de s’occuper des 30 chiens, mais comme nous n’avons pas de niches, l’hébergement de ces derniers a été confié à MSAW ».

Le Dr Timol de l’AWU : « Les chiens semblaient avoir été bien nourris chez leur maître »

Mais qu’en est-il de la nourriture ? « Cela tombe aussi sous la responsabilité de l’AWU, mais vu le nombre restreint de leur personnel, il nous incombe aussi de veiller à ce que les chiens mangent à leur faim », déclare Arun Bhinda, la présidente de la MSAW. Selon lui, « je pense qu’ils ont été bien nourris, car il y a un suivi qui a été fait par les vétérinaires de l’Animal Welfare Unit. Tous les chiens sont nourris deux fois par jour, selon le protocole. Et on m’a fait comprendre que c’était de grands mangeurs. On nous a aussi fait comprendre qu’il y a un manque d’effectifs à l’AWU pour faire un suivi complet sur tous les animaux qui sont saisis ».

Pourquoi paraissaient-ils si décharnés après leur séjour à Vallée-des-Prêtres ? Le Dr Timol affirme que, «lors de ma visite chez le propriétaire, les chiens avaient l’air d’être en bonne santé et d’avoir été bien nourris ». Le cas des chiens de Beau-Bassin est pour les ONG la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Ils demandent au ministre de mettre en place de nouveaux moyens afin de remplacer cette structure totalement « défaillante » et si éloignée de l’attente de la population. « Animal welfare governance in this country needs an overhaul, it needs representation in Parliament, it needs a Ministry. The animals need a voice », déclare Nathalie Duthil-Cowham.

En attendant un futur plus serein et des jours meilleurs où rien ne laissera plus deviner le triste passé de ces chiens, les ONG espèrent que les autorités agissent au plus vite pour améliorer le sort des animaux à Maurice. « Catch and Kill needs to finally stop and the focus needs to be on an immediate and continued Island-wide sterilisation, education and sanctuary program. It’s the only way », poursuit la fondatrice de Happy Tails.

Distemper—Lorena Gaus, Vet-tech à All Life Matters Sanctuary : 

« La vaccination, le meilleur moyen de prévention »

C’est l’épidémie dans la région de Camp-la-Boue à Terre-Rouge. Une dizaine de chiens ont succombé au « distemper », une maladie virale très contagieuse souvent mortelle et très redoutée par les propriétaires de chiens. Selon Lorena Gaus, Vet-tech à All Life Matters (ALM) Sanctuary, la contamination peut être évitée grâce à la vaccination.

« Le distemper est transmissible par contact direct avec les chiens porteurs du virus ou par l’urine ou encore la salive », dit-elle. Selon elle, les premiers signes incluent la toux, les écoulements des yeux, du nez. « Elle peut aussi se manifester par la diarrhée. Et au stade final, des tremblements et claquements de dents. Il affecte aussi le système nerveux et par conséquent la perte de contrôle du corps. La prévention passe par la vaccination. C’est le seul moyen de prévention », explique Lorena Gaus.

Selon la vet-tech de l’ALM, il n’existe aucun traitement contre le virus responsable de cette maladie. « La seule chose qu’on peut faire c’est de mettre l’animal sur un support treatment. Toutefois, il n’y a aucune garantie que le chien survivra à cette maladie qui peut s’avérer fatale », dit-elle.