Loin de moi l’idée de faire appel à ces visions réductrices qui ont par le passé essayé de découper le gâteau national en tranches ethniques destinées à « protez nou montagn » des uns et des autres. Ce la dit,je pense qu’il est aussi important que chacune des composantes de notre riche société multiculturelle ait, dans les grandes occasions, la reconnaissance de la nation et de ceux qui en ont la charge.

JEAN PIERRE LENOIR

Les célébrations du cinquantième anniversaire de l’indépendance font partie de ces grands moments où CHACUN devrait pouvoir se retrouver à travers sa culture, ses traditions et son histoire. N’oublions pas, en effet, que sans ces apports divers et multiples nous ne pourrions présenter cette formidable mosaïque ethnique et culturelle qui fait notre fierté, notre richesse et la solidité de notre société. Et pourtant ! N’étant pas un adepte de grandes foules, je n’étais pas au Champ- de-Mars lors des célébrations des fêtes du 50e anniversaire de l’indépendance. J’ai donc visionné le spectacle culturel qui a été d’une bonne qualité technique, mais qui, selon moi et plusieurs personnes, qui l’ont regardé comme moi, pêchait par une grosse lacune sociale et historique. Je m’explique : j’ai adoré le tabla hindou, les tambours du Pakistan, le séga créole et les danses chinoises qui ont merveilleusement rendu hommage à chacune de ces composantes ayant façonné notre histoire. Mais quid de la composante franco-mauricienne dans tout cela?

Totalement absente, volatilisée, escamotée ! Pas une seule référence à ces premiers hommes qui ont développé cette île avec la passion que l’on sait. Pas un seul salut à cette immense culture française qu’ils ont apportée avec eux et qui a par la suite façonné nos écrivains, penseurs et autres intellectuels de toutes origines. Rien ou presque sur cette époque – et la période anglaise d’ailleurs – sans lesquelles l’aventure de l’indépendance n’aurait jamais pu être le succès qu’elle est aujourd’hui. J’aurais été tellement heureux de voir une belle valse d’inspiration française côtoyer notre séga et les danses indiennes; telle- ment heureux aussi d’entendre quelques vers de Paul-Jean Toulet ou de R.E Hart; tellement heureux enfin d’avoir le sentiment que je suis moi aussi partie prenante de cette identité mauricienne. Rien de tout cela car toutes ces attentes ont été reléguées au cimetière de la mémoire comme ces mêmes cimetières historiques, dont la mémoire disparaît au gré des pillages et de la complicité tacite des pouvoirs publics. Sans rancune, mais avec beaucoup de déception et d’interrogations …