BRUNO DUBARRY

Dans la soirée du 1er avril, une rencontre malheureuse a eu lieu entre un groupe de voleurs et moi-même dans le logement que j’occupais alors. J’arbore une cicatrice sur le bras gauche. Nombre de mes biens ont été volés et mes pièces d’identité ont dû être refaites dans leur totalité. Cette expérience extrême m’a projeté, le temps d’une soirée, dans le monde violent de ceux qui volent pour vivre.

Cette épreuve n’est malheureusement pas réservée à de rares victimes et touche autour de nous, soit des personnes qui nous sont chères soit celles que nous connaissons à peine. Bien qu’elle semble banale, par la régularité des faits divers qui lui sont associés, cette sorte d’épreuve comporte une forme de singularité pour quiconque la subit. Pour la simple raison qu’il est souvent question de vie ou de mort.

Je me propose, très humblement, à travers les lignes qui suivront, de partager l’enseignement qu’il m’a été donné d’en tirer.

Il aura fallu près de trois bons mois pour que mon cœur s’affranchisse de tous sentiments de révolte et de condamnation à l’égard de ces individus. Je suis pourtant un homme de Dieu. C’est d’ailleurs par Sa grâce que je suis encore vivant. Je me dois de Lui rendre hommage.

Au lendemain de cet événement, mon quotidien s’est trouvé accaparé par l’urgence des démarches à entamer, l’énergie en moins, la joie en moins. Mais j’étais en paix. D’ailleurs, la nuit durant laquelle les événements se sont produits, après deux longues heures au commissariat de police, je suis rentré me coucher dans ma chambre d’alors, juste à côté de celle où l’on m’avait séquestré. Puis le jour suivant, après l’assistance d’une proche collègue dans mes démarches, je rentrais dans cette maison par laquelle étaient passés 3 voleurs et 12 policiers. Malgré la quiétude que j’avais associée à ce lieu pendant une année, c’était maintenant un lieu maudit.

La rapidité est ce qui caractérise le mieux ce que j’ai vécu dans les jours qui ont suivi. Rapidité dans mon rétablissement moral et physique. Rapidité dans le soutien matériel de mon entourage et particulièrement professionnel. Rapidité dans la mobilisation des services de police, civils et bancaires pour reproduire les documents utiles et porter l’enquête au plus haut. Rapidité avec laquelle j’ai repris mon activité, le surlendemain. Rapidité surtout dans la réalisation de cette promesse de Dieu, dans Psaumes 91 et que j’avais lu 15 minutes avant l’attaque : « Puisqu’il s’est attaché à moi, je le délivrerai ; je le protégerai puisqu’il connaît mon nom. Il m’invoquera et je l’exaucerai ; je serai avec lui dans la détresse. Je le délivrerai et je lui rendrai son honneur. Je le rassasierai de longs jours, et je lui ferai voir mon salut. »

Au lendemain de l’attaque, dans l’état d’esprit qui était le mien ; mélange de résignation quant au fait que nous sommes tous vulnérables et questionnement sur le pourquoi de cette épreuve, j’ai compris que mon salut se trouverait dans l’amour. C’est la pensée qui m’était venue instantanément avec l’élan de solidarité autour de moi, c’est également ce que j’avais partagé avec mes collègues « ce que je retiens c’est que l’amour sort vainqueur de tout ça ». Oui en faisant le choix de fixer mon regard sur l’amour qui se manifestait autour de moi, c’était l’amour de Dieu que je contemplais. L’amour charnel génère de bons sentiments, sincères, gratuits. C’était là une préfiguration de ce que j’expérimenterai au fil des mois suivants. Car le sentiment de sécurité et la véritable paix intérieure, lorsqu’on a vécu ce type de traumatisme, rien ici-bas ne peut nous les offrir. Ni les caméras de sécurité, ni le chien dans la cour, ni les conseils d’autrui. Rien de tout cela n’est de nature à donner la vraie paix intérieure. C’est donc autre chose qu’il m’a été donné d’apprécier pleinement : la véritable source d’amour, celle qui permet aussi de ne plus éprouver de colère à l’encontre de ses propres agresseurs, au point même de ne plus insister auprès du système judiciaire afin de les punir. Oui ce genre d’amour, puissant, salvateur, qui surpasse les émotions et les constructions mentales sur ce qu’est la justice. Qui révèle par là même, la vraie nature de la justice et sa source, aussi céleste que l’est celle de l’amour.

Comme l’amour dans ce monde, la justice a ses propres faiblesses. Il n’en demeure pas moins essentiel d’avoir des lois et de les respecter. Cependant, force est de constater qu’elles sont corruptibles. Et s’il peut y avoir condamnation et peines assorties selon les lois, cela ne produit pas de paix intérieure et peut aisément nourrir la colère et la dureté de cœur. Constat implacable mais grand soulagement pour celui qui expérimente l’amour et la paix de Dieu.

Pour achever ce témoignage, point de leçon à donner, mais une immense gratitude. Et pour quiconque souffre ou a souffert, il y a un Dieu qui vous aime au-delà de tout ce que vous pouvez imaginer et qui n’a pas hésité à vous envoyer son témoin fidèle, Jésus Christ.

En vous souhaitant de vivre en paix et en sécurité avec vos familles.