Pays de Claude Monet, d’Auguste Rodin, d’Edgar Degas et de tant d’autres, la France

PADMA MOULIN-UTCHANAH
De Paris

entretient un rapport fusionnel, pour ne pas dire une communion poétique, avec l’Art. À la Mairie du 6e arrondissement, à Paris, l’Association France-Maurice consacre actuellement une exposition aux « Artistes de l’île Maurice ». Là, où les œuvres de peintres mauriciens venus de plusieurs territoires européens, s’emparent des sens des visiteurs. L’Art faisant partie intégrante de ma vie parisienne, la visite de cette exposition s’est imposée d’elle-même, s’inscrivant dans ce cheminement qui consiste à appréhender l’œuvre en toute simplicité.

Dix artistes plasticiens de la diaspora mauricienne brassent un message de pluralité artistique et de diversité culturelle. Jean-Claude Antelme, pour qui la beauté du lever et du coucher du soleil forme l’essence de son inspiration, sans oublier le souvenir des maisons de Port-Louis ; Pierre Argo, qui témoigne d’un air de réjouissances flottant comme un étendard de la liberté. L’artiste propose ainsi un tableau sur les « 50 ans » de l’indépendance de l’Île Maurice. Christopher Babet, jeune, fougueux et audacieux, part, lui, à la recherche de l’Être, brise les codes sociaux, se met à nu, étend de la peinture sur une toile posée à même le sol, puis danse au rythme tambourinant du séga. « Traces archéologiques séga » en est l’accouchement.

Les tableaux de Kamladevi Beejadhur respirent et dégagent, pour leur part, un doux parfum d’encens, présentent la famille dans toute sa sacralité et colorent les célébrations hindoues. Geneviève Bonieux, elle, nous met au-devant de ses paravents à la fibre de verre et de résine, qui racontent l’histoire émouvante des chiens errants à Maurice. Emilie Carosin : l’artiste pose son regard sur les maux qui empoisonnent notre pensée, le racisme et les inégalités sociales ; voilà une main tendue pour surmonter nos peurs et tordre le cou aux préjugés à travers cette réflexion « U ARE WHAT I THINK, I AM WHAT U THINK ».

Pour sa part, le plasticien Rishi Jogoo s’engage à aborder le réchauffement climatique, à dénoncer la pauvreté et la famine dans le monde, comme pour signifier que l’abstrait peut sensibiliser dans le concret. L’œuvre de Robert Maurel, elle, est empreinte d’un réalisme figuratif qui parle au cœur. L’artiste aborde les thèmes de la vie quotidienne qui rythment la vie des insulaires : une course hippique au Champ de Mars, les lavandières, la pêche… Le personnage truculent qu’est Serge Selvon présente, à son tour, une allégorie de la civilisation des Mascareignes, et nous offre à la vue son tableau intitulé « Pèlerin cavadee ». Et Didier Wong Chi Man, qui, imbibant son œuvre des couleurs du métissage et de la créolisation, pousse le visiteur aux questionnements dans le contexte de la pluralité identitaire.

Je tiens à remercier André Georges Toussaint, secrétaire général de l’Association France-Maurice, qui a guidé ma visite avec dévouement. Malgré le temps restreint en termes d’organisation ainsi que le manque de moyens, ce regroupement entreprend un travail remarquable en valorisant l’Art mauricien. J’interpelle le ministre de la Culture mauricien sur l’importance de promouvoir davantage nos artistes et de leur pourvoir les moyens nécessaires pour qu’avec eux, notre patrimoine culturel resplendisse.

Exposition « Artistes de l’île Maurice ». Du 9 au 21 avril 2018. Mairie du 6e arrondissement, 78 rue Bonaparte. Du lundi au vendredi 10h30-17h, jeudi jusqu’à 19h, samedi 10h-12h. Entrée libre.