Voilà une semaine qui aurait dû être apaisée, calme et radieuse. D’autant qu’elle se situe en pleines célébrations de la fête de Maha Shivaratree. C’est, en effet, rare que, dans une seule semaine, en un seul jour, deux bonnes nouvelles tombent, l’une pour le Premier ministre qui s’est vu ôter du crâne une tenace épée de Damoclès, un mot apparemment tout à fait étranger à l’agité Showkutally Soodhun, qui nous a livré une nouvelle version de la légende grecque et l’autre, pour le pays, les Chagossiens, notre intégrité territoriale et la ténacité du vieux briscard SAJ. 

Oui, il y avait matière à célébrer, parce que deux nouvelles de cette nature n’arrivent pas tous les jours. Que les partisans du MSM aient, très tôt le lundi 25 février, sablé le champagne au Sun Trust, c’est tout à fait normal. Qu’ils aient défilé jusqu’à la circonscription du Premier ministre, à Quartier Militaire/Moka, était tout à fait naturel. Le soulagement était très compréhensible dans le camp de la famille Jugnauth et de ses partisans. 

Tout allait très bien et même ceux qui n’apprécient guère les méthodes du gouvernement dominé par le MSM avaient fait un effort de rester au plus près de l’actualité, en écoutant la radio, en consultant les sites d’information ou les réseaux sociaux pour ne rien rater des derniers développements. Tout allait, en effet, pour le mieux, jusqu’au journal télévisé de ce lundi 25 février. 

Là, ce fut le choc et le dégoût devant une propagande qui a pris des proportions capables de défier ce qui se pratique en Russie, en Corée du Nord ou au Vénézuela. Un monument de propagande qui devrait figurer dans le programme de cours des étudiants en journalisme et communication pour leur indiquer ce qu’il ne faut surtout pas faire si on prétend être journaliste et faire de l’information. 

Toutes les personnes interrogées n’avaient qu’un seul nom à la bouche: Pravind Jugnauth. Lorsque des témoignages de Chagossiens ou de leur descendants ont été recueillis, ce n’était pas la perspective d’un retour sur leur sol natal ou la victoire d’un peuple tout entier qui étaient mis en exergue, mais un chant, présenté comme spontané, à la gloire de Pravind Jugnauth. 

Le clou de la soirée aura quand même été la séquence filmée à l’intérieur du caveau du bienheureux Père Laval. Il a été confirmé que c’est le biographe de Jugnauth père et de son épouse qui est l’auteur de cette grossière mise en scène. Parce que le plan n’est pas neutre ni quelconque. Les deux dames toutes éloges pour le Premier ministre sont filmées de profil avec, en toile de fond, la sépulture en marbre du Père Laval. Un cadrage scientifique pour véhiculer des messages divers et variés à la fois et en direction de plusieurs publics. 

Cette violation d’un espace religieux et privé condamné dès le lendemain par le porte-parole du Diocèse de Port-Louis, le père Gérard Mongelard, n’a été suivi d’aucun mot d’excuse de la MBC ni d’un geste de repentance. Rien sur la réaction du diocèse. La MBC a beaucoup de chance que ce ne sont pas des têtes brûlées qui ont réagi à cette infamie. Comme ceux qui, il y a quelques années, trouvaient des prétextes fallacieux pour menacer les journalistes ou brûler leurs titres en public.  

Et si la MBC n’a pas jugé utile de rapporter correctement les propos du Cardinal Maurice Piat qui présentait sa lettre pastorale en marge du carême 2019, elle a accordé un traitement princier le lundi 25 février à un quidam du nom de Chuttoo Hossenbocus, qui semble avoir attendu la confirmation du jugement du Privy Council exonérant, à l’unanimité des juges, Pravind Jugnauth de tout conflit d’intérêt dans l’affaire MedPoint pour annoncer sa démission du PTr et son adhésion au MSM. Une image pathétique de quatre pauvres diables en train de lire un texte qui avait été préparé pour eux. C’est ça les scoops de la télévision nationale! Quelle honte!

Bien sûr qu’il faut en parler mais dans un format qui correspond à ce type de nouvelles. Est-ce que la MBC aurait accordé un traitement similaire à un groupe de personnes qui aurait quitté le MSM? Non, bien sûr que non. Parce qu’à la MBCillité nationale, ils sont formatés. Les puissants passent, les paillassons professionnels se surpassent. Toujours.

Comme si elle voulait gâcher la semaine de la mélodie du bonheur des Jugnauth, voilà que la MBC se permet d’inviter Lindsey Collen pour être du plateau qui discute des Chagos avant de décommander et de lui proposer un entretien enregistré. Comme si la voix respectée d’une Lindsey Collen avait moins de poids que les racontars de bas étage d’un démissionnaire du PTr. 

L’actuel directeur par intérim Anooj Ramsurrun, qui est le 4e occupant en quatre ans du poste après Pritam Purmessur, Amoordaligum Pather et était un proche collaborateur de Dan Callikan. Il a été à bonne école, a sévi lorsqu’un Somduth Dulthumun – pour ne citer qu’une des outrances de l’ancienne administration – organisait des conférences de presse pratiquement en direct pour élaborer sur la couleur du charbon et prendre à partie tous ceux qui étaient dans le camp opposé à son bienfaiteur, Navin Ramgoolam. 

Et les cireurs de pompe du dirigeant socioculturel qu’il croyait être d’un soutien à toute épreuve du Premier ministre d’alors ont dû se retrouver plutôt penauds lorsque l’ancien président de la MSDTF sera aperçu faisant campagne pour Sir Anerood Jugnauth au No 7 en novembre 2014.   

Qui aurait pu imaginer qu’en pleine enquête de l’ICAC – pour ce que cela vaut – sur le Rs 323 000 de Vijaya Sumputh, on aurait appris que ce triste record a été battu? Par nulle autre que la fille de la Speaker, elle-même dans le clan Jugnauth. La directrice de Landscope a vu son salaire gonflé de Rs 75 000 supplémentaires, ce qui lui fait un salaire mensuel de Rs 326 000. Shocking! L’affaire du caveau et le jackpot de Naila Hanoomanjee représentent, en quelque sorte, l’autre coup double de cette semaine. De quoi occulter le vrai.

Josie Lebrasse