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L’assassinat de Marielle Franco le 14 mars der- nier a suscité une vive émotion au Brésil et dans le monde, cette femme noire de 38 ans issue d’une favela de Rio de Janeiro ayant surmonté tous les obstacles pour devenir conseillère municipale. Elle a été tuée de quatre balles dans la tête et son assassinat, toujours impuni, n’a fait que raviver la flamme d’autres femmes qui luttent pour dénoncer le racisme, les inégalités, l’homophobie et la violence policière.

Un mois après le drame, l’AFP a rencontré à Rio de Janeiro quatre femmes militantes qui représentent le renouveau de l’engagement politique au Brésil. “C’est dur, on dirait que ma vie s’est arrêtée”, affirme Buba Aguiar, 25 ans, entre deux sanglots, en voyant un re- portage sur Marielle Fran- co à la télévision. Depuis son assassinat, cette mili- tante très active sur les ré- seaux sociaux a dû quitter la favela d’Acari, où elle vit, “pour des raisons de sécurité”. Étudiante en sciences sociales, Buba a dû prendre des précautions quand Marielle Franco a publié sur les réseaux sociaux une vidéo dénonçant la violence policière à Acari, quatre jours avant sa mort.

Malgré les menaces fréquentes, elle continue à critiquer fortement les forces de l’ordre. “Je ne trouve pas que les policiers manquent de formation, bien au contraire. Ils sont formés pour poursuivre une poli- tique d’assassinat des Noirs, des pauvres et de toutes les populations marginalisées”. “La situation va empirer, mais nous allons continuer notre combat pour honorer le sang versé”, conclut-elle.

“Marina, chanteuse de samba “

“Je dis ce que je pense/ Je brandis des étendards”: les paroles de la chanson “Rueira” (de la rue) définissent la trajectoire de Marina Iris, qui n’hésite jamais à s’exprimer libre- ment en musique sur les questions de genre, de race et de classes sociales. “La musique a le pouvoir de parler à beaucoup de gens, c’est un instrument pour changer la société. En tant que militante, je ne me sens pas obligée de chanter uniquement des chansons engagées, mais je me sens utile quand j’arrive à toucher les gens”.

Marina a participé à un projet commun avec quatre autres femmes noires, pour montrer “la diversité des trajectoires de chacune, pour sortir du stéréotype de la femme noire”. La chanteuse a pris part activement à la campagne qui a permis l’élection de Marielle Fran- co en 2016, distribuant des tracts et créant même un jingle. “L’exécution de Marielle représente une tentative pour faire imploser un mouvement qui tend vers la diversité, vers une société plus égalitaire. Mais le symbole que Marielle est devenu nous donne de la force”.

Thula Pires est la seule professeure de droit noire de la PUC-Rio, prestigieuse université privée et catho- lique où Marielle Franco a étudié la sociologie. A 38 ans, elle ne se sent pas à l’aise dans le milieu universitaire, qu’elle fréquente pourtant depuis 15 ans. Elle se dit “en transit” entre la dure réalité de Sao Gonçalo, banlieue pauvre de Rio où elle a grandi et vit encore aujourd’hui, et cette faculté majoritairement fréquentée par de jeunes Blancs des quartiers chics.