" Le défi pour Maurice, c'est s'adapter au nouvel ordre mondial "

Mike Rees (Standard Chartered Bank)

Comme beaucoup d'autres pays, Maurice a pu s'en tirer tant bien que mal face à la crise globale de ces dernières années mais le défi désormais c'est de savoir comment s'appuyer sur la fondation solide qu'il s'est bâtie pour pouvoir s'adapter au nouvel ordre économique mondial et se positionner pour prendre avantage des opportunités nouvelles. C'est ce qu'a relevé Mike Rees,Group Executive Director et CEO Wholesale Banking de la Standard Chartered Bank dans une intervention à une fonction organisée cette semaine au Four Points by Sheraton par la Society of Financial Analysts of Mauritius (SFAM).

Observateur du développement économique de Maurice - il fait le déplacement au moins une fois l'an de Londres à Maurice en compagnie de sa famille -, Mike Rees, qui intervenait sur le thème " Opportunities and risks in a rapidly changing economic world ", a soutenu d'emblée que Maurice a pu se tirer d'affaires face à la crise financière et économique globale en adoptant des politiques appropriées et en reposant sur la robustesse de son secteur financier. " The policy response has heen good and there has been sustained economic growth through the crisis ", a noté Mike Rees. Le défi pour l'avenir, c'est de savoir comment exploiter cette fondation économique solide et faire face à un nouvel ordre mondial avec un transfert des pouvoirs économiques et financiers de l'Ouest à l'Est.

Sans pour autant apporter des éléments de réponse directs quant à la capacité de Maurice à relever ce défi, Mike Rees a voulu savoir si Maurice est en train réellement de saisir les opportunités en tant que porte d'entrée sur l'Afrique, notamment en termes de structuration des investissements étrangers destinés aux projets de développement des ressources naturelles du continent. Mike Rees a aussi posé la question de savoir si Maurice s'est penché sur le problème des infrastructures ou alors ne fait que combler le retard sur le développement du réseau routier et de l'infrastructure aéroportuaire. Le banquier s'est demandé si les entreprises mauriciennes, incluant les banques, se posent en concurrents efficaces sur le plan régional et international et s'est aussi interrogé sur le rôle des compagnies publiques locales en tant que forces motrices mobilisant la participation d'autres entreprises dans des activités régionales et internationales.

Opportunités en Afrique

" Mauritius has to find its own way playing to its own unique opportunities. Copying Singapore or Dubai in ambition and attitude is commendable but not in specific actions and initiatives ", a souligné Mike Rees. Il considère qu'il y a d'énormes opportunités en Afrique. Le développement du continent, nonobstant les problèmes internes à certains pays, a pris une trajectoire qui paraît durable. Le plus gros défi de l'Afrique demeure le développement de ses infrastructures, a-t-il indiqué. " Maurice a-t-il à ce jour élaboré une stratégie de pénétration du continent africain ? Et toute stratégie en ce sens doit-elle être précédée d'une vision ? Le gouvernement et le secteur privé mauriciens doivent pouvoir travailler ensemble pour la définition de cette stratégie africaine. Je pense que c'est le gouvernement qui doit montrer la voie ", a déclaré Mike Rees.

Dans la première partie de son intervention, Mike Rees s'est focalisé sur les changements qui s'opèrent au niveau de l'économie mondiale et qu'il qualifie de " 3rd economic supercycle ", un sypercyle étant une période croissance économique élevée et soutenue pendant une génération ou plus. Le premier supercycle, a-t-il rappelé, s'est produit à partir de 1870 jusqu'à la veille de la première guerre mondiale en 1913. Il était tiré par les nouvelles technologies émergeant de la révolution industrielle et la montée en puissance de nouvelles économies tels les États-Unis. La croissance moyenne de l'économie mondiale pendant cette période était de 2,7 %. Le deuxième supercycle s'est développé entre 1950 et le début des années 70 dans le sillage de la reconstruction post-2e Guerre mondiale. Il reposait sur les investissements majeurs dans la réhabilitation des infrastructures et l'émergence d'une classe moyenne dans les pays occidentaux. La croissance globale au cours de cette période avoisinait les 5 %.

C'est au début des années 2000 qu'a commencé le 3e sypercycle même si par la suite on a assisté à un ralentissement de l'économie japonaise, au démantèlement de l'Union soviétique, à la crise de la dette en Amérique latine, entre autres. " Basically there were no big drivers of the world economy ", a noté Mike Rees mais le produit intérieur brut (PIB) mondial a doublé entre 2000 et 2010 pour atteindre US$ 64 000 milliards, et ce malgré la crise financière et économique globale.

La Chine, No 1 mondial

Les estimations sont que sur une base normale, le PIB mondial pourrait s'élever à US$ 300 000 milliards d'ici 2030 ou à US$ 130 000 milliards en termes réels. La Chine deviendrait alors la plus grande économie mondiale avec une part de 24 % dans le PIB global, soit deux fois plus que celle des États-Unis. L'Inde posséderait 10 %. " Emerging Markets which to-day represent less than a third of global GDP will be over half global GDP ", estime la Standard Chartered Bank.

Selon Mike Rees, les pays émergents seront parmi les gagnants de ce nouvel ordre mondial car ils auront des moyens financiers accrus pour investir. Les pays riches en ressources naturelles seront aussi mieux lotis. Il y aura un troisième groupe de pays gagnants : ceux qui s'auront s'adapter rapidement au monde changeant grâce à l'innovation et la créativité.

Cependant, a fait comprendre l'intervenant, il y aura pendant les deux prochaines décennies des facteurs à risque : les problèmes environnementaux et le changement climatique, la démographie et le déséquilibre dans la répartition des ressources financières globales.

Le " policy response " et la confiance sont deux éléments clés de l'équation. " The policy response during the last two years has been exceptionally good ", constate Mike Rees. Il a évoqué les financial stimulus packages pour faire face à la crise. Toutefois, le banquier trouve qu'il y aura encore des problèmes à régler à l'avenir : hausse du chômage et rôle des banques et des institutions financières, gestion des déficits courants et budgétaires, entre autres, dans les pays occidentaux. Dans les pays de l'Est, il faudra éviter la surchauffe et l'explosion des prix des actifs, l'impact de la faiblesse de la demande sur les exportations des pays asiatiques, le contrôle du hot money arrivant des pays occidentaux.

La confiance est primordiale, estime Mike Rees. Il y a des signes de rétablissement des économies allemande, britannique et américaine mais il y a un risque réel de sous-estimation de l'impact d'une montée de la confiance dans les pays industrialisés.