À l’occasion de son 88e anniversaire, le ministre mentor, sir Anerood Jugnauth, est monté avec un enthousiasme surprenant en première ligne jeudi dernier au Château Labourdonnais, où le SAJ Fan Club célébrait la longévité de celui que certains qualifient affectueusement de « légende vivante ». Sa détermination n’a échappé à aucun invité à cette occasion. D’ailleurs, à l’animateur qui s’apprêtait jeudi soir à lui demander de dire quelques mots à l’assistance, sir Anerood a immédiatement rétorqué qu’il avait « beaucoup plus que quelques mots à dire », se dirigeant derechef vers le micro. Il avait le coeur aux combats politiques qui, semble-t-il, se profilent à l’horizon.

Sa démarche permet de penser qu’aux âmes bien nées, la vivacité et la combativité ne dépendent pas du nombre des années. Sir Anerood Jugnauth a très vite amené l’assistance à jeter un regard sur le passé et le présent et, surtout, à prendre conscience de l’héritage qu’il laisse au pays. Ainsi a-t-il fait comprendre que c’est « grâce à lui » que le “welfare state” a été maintenu jusqu’à aujourd’hui. De la même manière, la consolidation et la diversification de l’économie sont également le fait des actions de ses gouvernements successifs. Il rappelle également que c’est aussi lui qui a tenu tête aux forcings du FMI et de la Banque mondiale pour abolir les subsides et autres privilèges propres à l’État providence alors que « d’autres camarades » (il ménage volontairement son ex-ministre des Finance de 1982, Paul Bérenger) estimaient qu’il n’y avait pas d’autres choix. Il se considère également comme le père de la République moderne et comme celui ayant jeté les bases pour l’avenir à travers son projet « Vision 2030 ». À Navin Ramgoolam, « qui voudrait s’approprier la modernisation de l’économie et des infrastructures » du pays, il lance : « Li pa mank toupe ! ». Le discours de sir Anerood Jugnauth résonne comme l’énoncé d’un testament mettant en lumière l’héritage qu’il laisse à la nation.

Tout observateur politique est désormais tenté de rechercher le sens profond de cette intervention. Se proposerait-il de se mettre en retrait de la vie gouvernementale, qui consomme une grande partie de son énergie. Anticiperait-il un retrait de la politique à court terme ? Mais sir Anerood Jugnauth récuse toute idée d’abandon du champ politique. Tout au contraire : il s’interpose entre Pravind Jugnauth et Navin Ramgoolam et se tient prêt pour un dernier combat avec celui qui se présente comme le principal adversaire de son fils. Il adresse du même coup un avertissement sans équivoque au leader des rouges, le prévenant que lors des prochaines élections générales, « pu bizin marse lor mo kadav pu tus enn seve Pravind ou nu bann solda ». Et de lancer un appel à la mobilisation de la population derrière le Premier ministre et le gouvernement.
Assistons-nous à un début de campagne électorale ? Acheminons-nous vers des élections générales anticipées ? Autant de questions dont nous n’avons pas encore de réponses. Déjà, le leader du Muvman Liberater, Ivan Collendavelloo, n’a pas manqué de rappeler au bon souvenir de sir Anerood Jugnauth les conditions dans lesquelles ont été créées Lalians Lepep en 2014. « Nous sommes venus au secours d’un pays en danger et qui était menacé. Vous étiez l’architecte de cette alliance. L’histoire se souviendra de la manière dont vous avez construit un nouveau pays », a-t-il lancé. Voulait-il dissiper les doutes autour des velléités de divisions au sein du gouvernement ?
Pravind Jugnauth, pour sa part, devait annoncer que l’alliance MSM-ML est « solide ». Mais personne n’est dupe, sachant que les manœuvres en vue d’éventuelles alliances entre les différents partis actifs sur l’échiquier politique local ont déjà été enclenchées.

Au MMM, Rajesh Bhagwan a été gentiment rappelé à l’ordre lundi dernier après son interview accordée à Week-End, dans laquelle il affirmait que sa lettre de démission était prête en cas d’alliance avec le MSM. Un regroupement des partis de l’opposition est observé autour du Ptr, même si son leader affirme qu’il se rendra seul aux élections générales. La démission d’Ameenah Gurib-Fakim semble, elle, être déjà reléguée au passé. Dans les coulisses, la marmite politique est en pleine ébullition. On ne sait ce qui en sortira. Souhaitons pour terminer une joyeuse fête de Pâques à tous les Mauriciens.