Hier lors d’une cérémonie au Lunch room de l’Assemblée nationale, le ministre des Affaires étrangères a dressé un bilan de son parcours et de ses accomplissements, évoquant les projets phares de son ministère pour 2018.

Vishnu Lutchmeenaraidoo considère que Maurice est passé « d’un pays condamné à l’échec » à « un pays avec l’une des meilleures économies dans la région africaine ». Deux facteurs importants ont, selon lui, « contribué à cette réussite ». D’abord, dit-il, Maurice est une nation multiraciale, multiculturelle et multireligieuse dans une planète qui est toujours en guerre. « Maurice sera un exemple en termes de coexistence pacifique, de respect mutuel et de paix », soutient-il. Le deuxième facteur évoqué par le ministre est l’effort national. Depuis 1983, affirme-t-il, Maurice est une nation qui est disposée à travailler, à faire beaucoup d’effort et à prendre des risques. « En 2018, nous nous attendons à ce que le peuple puisse comprendre que le temps de critiquer, de juger et de condamner sans procès est derrière nous », avance-t-il.

Le ministre des Affaires étrangères estime que depuis 1968, « tous les gouvernements n’ont voulu que gagner des votes en faisant plaisir et en croyant vaincre le cœur des Mauriciens ». « Nous ne pouvons, en tant que classe politique ou gouvernement, nous comporter de manière à transformer les choses illégales en légales. Par exemple, il y a des personnes qui occupent des terres de l’État illégalement, mais qui plus tard voient leur situation régularisée. Nous ne pouvons légaliser ce qui est illégal », s’insurge le ministre.

Vishnu Lutchmeenaraidoo s’en est sévèrement pris aux nominés politiques. Il rappelle qu’à l’époque où il était ministre des Finances, il avait créé une ouverture du secteur public dans le privé, en instaurant des institutions devant fonctionner comme le secteur privé. « Nous avons pris le contrôle d’organisations qui étaient privées. Nous avons pris le contrôle des casinos en menaçant des hôtels. Nous avons aussi pris le contrôle d’Air Mauritius. Je n’aurais jamais cru que les gouvernements qui ont été au pouvoir après ces démarches auraient pu traiter ces institutions comme des orphelinats, des endroits où on pousse le maximum de protégés politiques à tel point que toutes nos institutions, créées avec une vision, vont faire faillite », déplore Vishnu Lutchmeenaraidoo.

Le ministre regrette que des groupuscules opèrent à l’intérieur d’Air Mauritius « sans aucune fidélité ». Chaque groupuscule, indique-t-il, représente un parti politique. « Ce genre de politique n’est pas bon pour le pays », soutient-il.

Stratégie économique

Revenant sur « la réussite de Maurice », Vishnu Lutchmeenaraidoo souligne que nous sommes passés « d’une stratégie de survie en 1983 à un pays avec un développement économique spectaculaire ». « Cette année, la situation est complètement différente. Nous ne sommes plus dans une situation économique de survie, mais plutôt une situation où nous pouvons aspirer à devenir une grande puissance régionale. Chaque Mauricien a le potentiel de construire le pays et d’en faire un pays phare. C’est d’ailleurs la phase deux de la stratégie économique ».

Le ministre des Affaires étrangères explique que la nouvelle stratégie est basée sur une vision de l’île Maurice en tant qu’État océan, un pays qui peut aspirer à gérer une zone maritime de 2,3 millions km2, connectée avec la région asiatique, africaine et australienne. Tout repose sur quatre piliers énumérés par le ministre, soit l’économie océanique, le port, la stratégie africaine et la tendance numérique.

« Maurice est appelé à devenir un centre numérique pour la région africaine. Dans dix années, nous serons, pour l’Afrique, un phare sur le plan numérique à tous les niveaux. Dans le secteur de la pêche, je suis en négociations avec Bruxelles pour la mise sur pied d’un système électronique de contrôle de prise de poissons », soutient le ministre.
L’intervenant est également revenu sur les smart cities. « En 2015, j’avais annoncé la création de 13 smart cities. La construction de cinq d’entre elles a déjà commencé. Ensuite, il y a des projets de modernisation à Port-Louis. La capitale sera appelée à devenir une ville importante pour vivre, pour le commerce et pour les loisirs. Le projet a été alloué à des compagnies du secteur privé ».

Vishnu Lutchmeenaraidoo annonce que le ministère des Affaires étrangères connaîtra divers changements dans les mois à venir. Une restructuration est à l’agenda. Ensuite, le ministère disposera d’une plateforme informatique pour les travaux et d’une plateforme de diplomatie économique. « Cette plateforme permettra à chaque officier, ensemble avec le consul honoraire et l’ambassadeur, de prendre des décisions dans les plus brefs délais ».
Pour lui, 2018 sera une année « challenging mais fertile ». Il a annoncé la création de deux ambassades, une au Kenya et une autre au Ghana. Ce sera aussi l’occasion de consolider un partenariat avec l’Europe, plus particulièrement avec Bruxelles. Maurice signera, en outre, trois accords multilatéraux, notamment avec l’Inde et la Chine. Maurice a ratifié un Trilateral FTA avec le COMESA, grâce à laquelle l’île touchera 800 millions de consommateurs.

Le ministre indique qu’il préside actuellement la COI. À partir de janvier, il présidera également le groupe de contact sur la piraterie pour combattre ce fléau dans l’océan Indien. Aussi attendus en 2018, le Maritime Security Meeting avec les pays de la région, une messe à Madagascar sur l’autosuffisance alimentaire, une messe à La Réunion sur le phénomène digital et enfin l’African Economic Platform prévue en mars 2018.
Par ailleurs, Vishnu Lutchmeenaraidoo a remis l’Exequatur au Dr Sheereen Bibi Banu Jaulim, nommée Consul honoraire de Maurice en Ohio, aux États-Unis. La jeune professionnelle dans le domaine médical, avance qu’elle a accepté cet honneur en toute humilité et dit vouloir être au service des Mauriciens aux États-Unis ainsi ceux qui souhaitent y aller.