Quelques slogans pas mal trouvés, des cris de joie frisant parfois l’hystérie, des défilés, des djembés et des tambours et quelques fêtards en uniforme déjà bien alcoolisés en matinée. Le rendez-vous annuel de la proclamation des résultats de Higher School Certificate a, vendredi, été comme les précédents, festifs et comme une délivrance pour les uns, et source de questionnements multiples pour les autres. Et chaque année livre son lot d’enseignements.

Ceux qui deviennent lauréats ont un profil type, enfants de cadres moyens ou supérieurs, qui n’est pondéré que par de rares exceptions, fils ou filles de cordonniers, de chauffeurs et de skipper. Encore que cette année, on peut être surpris par le nombre assez élevé de lauréats dont les mères sont “femmes au foyer”. On sait que le taux de chômage est assez élevé chez les femmes, mais qu’un bon nombre de personnes qui doivent être dans la catégorie d’âge des 38-50 ans ne travaillent pas paraît assez singulier. C’est sans doute, pour quelques-unes, par choix, parce que le seul salaire de l’époux suffit pour couvrir les dépenses du ménage et peut-être aussi qu’avec l’objectif d’avoir un lauréat dans la famille, un des parents, la mère en l’occurrence, décide de se consacrer exclusivement aux enfants, à leurs études et à leur bien-être. Ce n’est pas non plus exclu que ces femmes ne trouvent pas ou n’aient pas décroché l’emploi pour lequel elles ont des compétences.

Cela peut paraître un peu expéditif et même injuste que de porter un jugement sur les bénéficiaires de la bourse de fin d’études secondaires la plus convoitée du pays mais, comme chaque année, il y a toujours un ou deux lauréats qui sortent du lot par la qualité de leur propos et la pertinence de leur réflexion. Celui qui a eu la réaction la plus originale est, à n’en point douter, un des lauréats du collège Royal de Port-Louis, Sakthivelan Ramen, qui, invité à dire son sentiment d’être parmi les lauréats juste après la proclamation des résultats, a lancé qu’être lauréat “ça fait du bien mais que ce n’est qu’un titre”, ajoutant avec une bonne dose de maturité qu’”on va nous oublier dans quelques semaines. C’est un titre qu’on ne doit pas glorifier mais on doit aider le pays à avancer”.

Voilà qui est tout à fait bien dit et qui a le don de pousser à la relativisation tout ce système qui, en effet, glorifie quelques-uns qui n’ont finalement devancé leurs concurrents que de quelques points. Mais comme dans tout système basé sur la compétition, il y a toujours la tête, le milieu et la queue du peloton.

Bien envoyé aussi le propos de Mukul Seebaruth, lauréat du collège Royal de Curepipe, qui observe que certains jeunes passent trop de temps sur les réseaux sociaux au lieu de se concentrer sur ce qu’il y a de bien plus fondamental dans la vie. Une position qui rejoint celle de Faatimah Bhugaloo, lauréate de Rajcoomar Gujadhur SSS de Flacq, qui a estimé que “les élèves sont trop distraits par les réseaux sociaux notamment”. Et c’est elle aussi qui a préconisé des matières comme la philosophie et le théâtre. C’était alors qu’ils étaient interrogés sur le nombre de credits requis pour accéder au HSC et de la baisse de performance en SC. Même tonalité pour Terry Jowree qui, lui, a déclaré que “je pense que les élèves ne s’impliquant pas assez… ils prennent tout pour acquis… ils devraient se rendre compte à quel point le travail est important”. Ils ont d’ailleurs, avec quelques nuances près, été quasi-unanimes à valider le seuil de cinq credits pour accéder en HSC.

Ayant eux-mêmes fourni les efforts personnels qui ont permis leur consécration, ils doivent savoir ce que c’est que de se sacrifier et de persévérer. Que restera-t-il de l’acquisition des connaissances et de l’apprentissage de la vie si tout est offert sur un plateau? Pas de récompense sans effort. Ils en savent quelque chose. Si bon nombre d’entre eux ont dénoncé la corruption, le népotisme, dans la politique notamment, et qu’ils ont prôné plus de méritocratie et que certains se sont alarmés du taux de criminalité ou déploré le manque de valorisation des études et des métiers autres qu’académiques, on peut toutefois regretter qu’ils n’aient finalement très peu parlé de la planète et du changement climatique. Ce n’est pas trop tard. Peut-être commenceront-ils à s’y intéresser lorsque l’écologie sera jugée suffisamment importante pour être invitée à l’école dès le plus jeune âge.

Il y a le côté reluisant de la médaille, mais il y a aussi son revers qu’on ne peut pas ignorer. Comme la contre-performance des collèges confessionnels. Un seul lauréat, celui d’un brave garçon du St Esprit. Personne chez les filles, alors qu’elles sont connues par faire toujours mieux que les garçons vu des écarts qui taquinent parfois les 10%. Jadis pourvoyeurs de personnes à la tête bien faite et au cœur assez grand pour épouser les grandes causes humaines, ils sont aujourd’hui visiblement à la traîne. Ce n’est peut-être qu’un accident de parcours, mais il y a quand même une tendance. Oui, il y a peut-être un ou deux élèves qui ont fait leurs classes au St Esprit ou ailleurs et qui ont intégré le collège Royal de Port-Louis et de Curepipe, et qui sont devenus lauréats. Cela n’explique pas tout.

Et c’est aussi un fait que les collèges confessionnels pratiquent le système du mélange des aptitudes, ce qui réduit le phénomène d’aiguillon que l’on retrouve chez les compétiteurs du même niveau et qui les poussent à se surpasser. C’est vrai aussi que pendant que les usines à lauréats concentraient tous leurs efforts sur l’académique, les responsables de collègues confessionnels décidaient de prendre à bras le corps l’épineux problème de la drogue dans leurs établissements. Mais la question qu’il faut se poser aujourd’hui est celle de savoir si les acteurs du confessionnel croient toujours dans le système. Qui est bouleversé à chaque alternance. Si oui, comment mieux s’y adapter pour retrouver son lustre d’antan, sans pour autant perdre son âme.