Vous écrivez le silence avec des mots qui ne vous appartiennent pas pour faire écho au silence en vous. Il vaut mieux sans doute en finir avec ce silence. Que les mots se taisent enfin! Que l’espoir des mots cesse! Mais vous écrivez tous les jours. Le plus souvent quelques mots, ici et là, ou sinon vous crachez des mots, par centaines, semblable à un incendie qui se propage dans votre sang. Que valent ces mots ? Que disent-ils ? Rien sans doute. Ils sont éphémères. Ils demeureront en ce lieu pour un moment. Ils s’inscriront dans l’imaginaire. Avant de s’enliser dans le silence. Qui est votre silence. Mais vous ne vous arrêtez pas.

Parfois, à vrai dire, vous n’avez plus envie, vous vous lassez d’eux, des mots. Mais qu’êtes-vous sans eux ? Quel est votre alibi alors pour justifier votre existence ? Méritez-vous seulement d’exister ? Pourquoi s’exercer à ce qui n’a guère de sens ? Parce que vous ne pouvez faire autrement. Parce que vous les aimez. Les mots. Excessivement. Parce que c’est votre façon imparfaite d’être au monde. Parce que c’est votre façon, en les sculptant, de dire la beauté, la haine, la fascination, l’absence, de dire et dire, tout et rien, rien et tout, tout ce qui vous hante, vous ronge, de dire le monde, de dire le silence. Peut-être qu’ils vous accompagneront jusqu’au dernier souffle. Ou peut-être qu’un jour vous parviendrez à vous en libérer. Vous vous contenterez alors de lire les mots des autres. Vous les aimerez toujours. Mais autrement. Le désir dans la pos- session de l’objet du désir. Peut-être. En attendant, le silence enfle en vous, il n’est rien de plus vaste, de plus puissant et le silence exige les mots. Et vous écrivez. Encore et encore. Et vous écrivez. Envers et contre tout. Envers et contre soi-même.

UMAR TIMOL