Les cinq jeunes universitaires mauriciens qui avaient commencé une grève de la faim, il y a une semaine, ont décidé de mettre fin à leur épreuve après qu’ils ont obtenu du gouvernement l’assurance, dans l’immédiat, d’une offre d’emploi formelle. Il sont tous détenteurs d’un HSC et revenus de l’Union soviétique où ils ont fait de brillantes études pendant six ans en pêcheries : ichtyologie (branche de la zoologie qui traite des poissons) et technologie de la pêche (organisation de la pêche, élevage des poissons, recherche) à l’Institut de pêche d’Astrakan, une des meilleures institutions pour cette discipline dans le monde.

Tout est bien qui finit bien: les cinq jeunes Mauriciens qui faisaient grève de la faim depuis samedi dernier, ont interrompu, hier, à midi, leur jeûne volontaire, après avoir reçu l’assurance du ministre de la Pêche, lui-même, qu’ils seront tous employés dans le service des Pêcheries d’ici un mois.

Deux d’entre eux, Diewakar Gangaparsad et Baboo Rathacharan, recevaient, hier vers 11h, une lettre recommandée du gouvernement leur offrant immédiatement de l’emploi comme Technical officers avec des salaires de base de Rs 2 200 par mois, tandis que leurs camarades, Shyama Rataccharen (qui a donné naissance à un fils après deux jours de grève), Devendra Naidoo et Phosun Kallee, obtenaient de leur côté du ministre de la Pêche, Iswardeo Seetaram, venu s’entretenir avec les grévistes à la salle de St-Patrick, d’être employés dans les mêmes conditions dans un mois au plus tard.

Assurés d’une offre d’emploi formelle du gouvernement, Diewakar Gangaparsad et Baboo Ratacharen décidaient, toutefois, par esprit de solidarité envers leurs camarades, qui n’ont eu, somme toute, qu’une promesse verbale, d’attendre la régulation officielle de la situation de leurs camarades avant d’occuper leurs fonctions.

C’est avec une énergie renouvelée et une joie qui faisait plaisir à voir qu’ils ont mis fin à leur action de grève, hier, après une semaine, jour pour jour, d’un régime extrêmement pénible, ne s’alimentant que d’eau !

Le ministre de la Pêche s’est rendu à Saint-Patrick à 10h pour porter la bonne nouvelle aux grévistes qui paraissaient en bonne condition physique malgré les longs jours de jeûne qu’ils s’étaient imposés. Quelques heures plus tard, arrivaient, par express delivery, les lettres confirmant les offres d’emploi du ministre Iswardeo Seetaram.

« Nous allons non seulement donner du travail à ces cinq jeunes gens, mais nous sommes en mesure d’affirmer que tous ceux qui poursuivent actuellement des études en pêcheries à l’étranger n’ont pas à s’inquiéter, car des perspectives d’emploi, selon leurs mérites et leurs qualifications, s’ouvrent à eux », déclarait le ministre des Pêcheries à Week-End.

Iswardeo Seetaram devait ajouter que le « mouvement de protestation de ce premier groupe de gradués de l’université d’Astrakan a coïncidé en fait avec la mise en pratique d’un important programme de développement de la pêche à Maurice. Nous avons institué plusieurs comités qui sont chargés d’étudier la mise en place des infrastructures nécessaires pour une réorganisation complète du service des pêcheries et désormais notre politique future sera axée aussi bien sur la recherche, l’expansion de nos ressources marines dans nos lagons et dans les eaux qui font partie du patrimoine mauricien: Agaléga, Saint-Brandon, Saya de Malha, etc. Nous allons nous mettre tout de suite au travail et, dans un mois, ce plan qui s’inspire d’une approche rationnelle et scientifique par l’utilisation optimale de nos ressources physiques et humaines démarrera. Dans ce contexte, l’apport de cadres dynamiques et hautement qualifiés comme ces cinq diplômés d’Astrakan sera indispensable », a poursuivi le ministre. « Il y aura, bien sûr, des problèmes au niveau de l’équipement et de la main d’oeuvre, il nous faudra des bateaux de pêche et des pêcheurs professionnels, mais dans le cadre de ce vaste projet de développement, nous envisageons de mettre sur pied des entreprises de pêche mixtes (joint ventrues) avec des partenaires locaux et étrangers. Nous étudierons toutes les possibilités, même une coopération plus étroite dans ce domaine avec des pays voisins, tels les Seychelles et les Comores, pourquoi pas? »

Le ministre a rappelé d’autre part qu’il a établi des contacts utiles lors de son dernier périple en France, en Inde et en Corée du Sud, toujours dans la perspective de donner une nouvelle impulsion à notre industrie de la pêche. « La pêche mauricienne, est restée au stade artisanal, alors que d’autres pays ont une vision plus moderne, donc plus réaliste de l’avenir de l’exploitation de leurs richesses marines. Il est temps, pour nous aussi, de bouger, de suivre le courant »,a dit le ministre

Lundi à 10h, les grévistes diplômés de l’Institut de pêche d’Astrakan (URSS) auront une entrevue avec le ministre Seetaram pour discuter des détails de leurs futures activités dans le cadre de la nouvelle orientation que va prendre l’industrie de la pêche mauricienne.

Les grévistes, qui ont perdu cinq kilos, ont fait un premier repas très léger hier sur le conseil d’un médecin appelé par le père Henri Tostée, curé de la paroisse de Saint-Patrick, à qui ils avaient demandé l’hospitalité. Dans l’après-midi, hier, ils recevaient la visite de monseigneur Jean Margéot, évêque de Port-Louis et du capitaine Valéran, principale de l’École Navale.

« Il faut bien comprendre que nous n’avons pas fait tout cela seulement que pour avoir des jobs, non. Nous voulions surtout sensibiliser l’opinion publique et attirer l’attention du gouvernement sur un problème qui inquiète des milliers de jeunes de ce pays, la politique d’orientation professionnelle des étudiants. C’est un problème urgent et capital pour l’avenir et le progrès de l’île Maurice, et en même temps nous remercions le Premier ministre, sir Seewoosagur Ramgoolam qui, nous dit-on, serait intervenu personnellement en notre faveur. Nous le supplions d’accorder toute son attention au problème que nous venons d’évoquer et surlequel nous avons voulu attirer l’attention pendant ces sept jours de grève », ont déclaré les grévistes de la faim.