Le débarquement des premiers wagons du métro a été suivi avec émotion et admiration par tous ceux qui se trouvaient sur le terminal 2 du quai 4 de Mer-Rouge jeudi.

La fierté se lisait dans le regard de tous ceux qui avaient été conviés à cet événement historique. Pour tous ceux qui ont été engagés dans le projet depuis le début, c’était le soulagement de voir se matérialiser un projet qui n’était encore que sur papier il y a deux ans. Au-delà de toutes considérations politiques et partisanes, il faut reconnaître que les wagons de l’Urbos 100 se présentent désormais comme le symbole de la modernisation de Maurice. Alors que l’on félicite ceux qui sont à l’origine de la métamorphose du système de transport public local, on se doit d’avoir une pensée spéciale pour tous ceux qui ont souffert et subi des inconvénients en raison de l’arrivée du métro : les personnes déplacées après l’acquisition obligatoire de leurs biens immobiliers, ceux qui vivent non loin du tracé ferroviaire et qui ont subi toute sorte de pollutions.

Sans oublier bien sûr la végétation qui a été sacrifiée mais qui, espère-t-on, pourra être replantée. Nous sympathisons avec ceux qui, modernisation oblige, subiront le même sort lors de la deuxième phase de la voie ferroviaire entre Rose-Hill et Curepipe.
Si les dirigeants qui étaient à la barre à l’époque n’avaient par abandonné les voies ferroviaires en 1964, il y a 55 ans, pour céder la place à la route du sucre pour le transport de « l’or blanc », peut-être que cette transformation aurait été moins pénible et moins coûteuse. Il faut reconnaître aujourd’hui que Maurice dispose des moyens intellectuels et économiques pour mieux se projeter vers le futur. L’avenir s’écrit aujourd’hui. C’est aujourd’hui qu’il faut imaginer l’avenir pour nos enfants et nos petits-enfants. C’est aujourd’hui qu’il faut prendre au sérieux les effets du changement climatique et du réchauffement de la planète, et s’assurer que les générations futures bénéficieront d’un écosystème sain. “Moris nou zoli pei” ne doit pas un être un slogan électoral, mais un engagement sincère et pérenne pour faire de notre île ce jardin dont nous rêvons tous. C’est maintenant qu’il faut réfléchir et se préparer à produire l’énergie du futur.

Mais il n’y a pas que l’abandon du train qui a été une mauvaise décision; il y a eu également le déracinement des plantations de thé. Aujourd’hui, on est obligé de recommencer la plantation des théiers. On a compris que le thé mauricien était un produit bio parce qu’aucun produit chimique n’est utilisé dans les champs. Le thé mauricien se vend aujourd’hui au prix fort dans les grands centres commerciaux de l’île et à l’étranger.

On se demande si, dans un avenir plus proche, on ne se ruera pas à nouveau vers les champs abandonnés pour replanter la canne à sucre. Patrick Chatenay, membre du conseil d’administration d’Alteo, que nous avions rencontré récemment, nous expliquait que l’éthanol produit à partir de la canne pouvait être une source efficace d’hydrogène pour alimenter les voitures électriques. Dites-vous bien que la presse internationale annonce que des constructeurs comme Hyundai et Nissan, ainsi que d’autres, misent sur une technologie permettant de fabriquer de l’électricité par le biais d’une pile à combustible remplie de bioéthanol. Les premiers véhicules seront d’ailleurs commercialisés dès l’année prochaine à l’occasion des Jeux Olympiques de Tokyo.

D’ici 50 ans, peut-être que nos champs de cannes pourraient être utilisés pour la production de pétrole vert. Par ailleurs, rien n’empêche d’utiliser un mélange d’éthanol-essence dans les voitures dès aujourd’hui.

Pour le moment, les Urbos 100 se présentent comme la pierre angulaire de la campagne électorale. « Sa train-la, se enn kado gouvernman Lepep a Moris », lance déjà Nando Bodha, qui a toutefois oublié d’ajouter « aux frais des contribuables ». Car si nous sommes reconnaissants à l’Inde pour avoir subventionné 50% du coût du projet, on n’oublie pas que l’autre moitié, elle, sera financée par les fonds publics.