LÉGISLATIVES FRANÇAISES: Dépositaires ou croquemorts du socialisme?

Débandade! Agonie! Naufrage! Chaos! Les qualificatifs n’ont pas manqué pour décrire la déroute du Parti socialiste qui n’aura pu faire élire qu’une poignée de candidats. Le droit d’inventaire s’impose et il serait tentant de soutenir que les valeurs de la gauche ne trouveraient désormais plus créance auprès des Français. Que ces notions qui puisent leurs racines dans le tumulte sanglant de la Révolution française devraient aujourd’hui être rangées au placard comme reliques pour le divertissement intellectuel des générations futures. Que la promotion des idées progressistes serait maintenant ringarde. Tout comme serait démodée cette conception généreuse des combats à mener pour assurer davantage de justice sociale et que serait dépassée cette notion d’égalité qui pourfend les privilèges attachés à la naissance.
Erreur! Car il ne faudrait pas confondre le socle idéologique de la gauche avec ceux censés le porter. Michel Rocard, visionnaire, livrant à l’hebdomadaire Le Point son testament politique en juin 2016 en fera la démonstration: «…Oui, la gauche a perdu la bataille des idées, et pas seulement en France. La crise est profonde, mondiale… » Il ajoutera: «…Nous sommes aussi vaincus par l’individualisme. J’en ai beaucoup voulu à Manuel Valls de vouloir changer le nom du parti. L’histoire nous a dotés du seul mot qui fait primer le collectif sur l’individu: le ‘socialisme’… » Rocard tentera aussi la démystification d’une icône de la gauche, François Mitterrand, qu’il qualifie d’« homme de droite », ajoutant : «…Ce qui a scellé la qualité de nos relations, c’est quand j’ai écrit, pendant la guerre d’Algérie, qu’il était un assassin. Ministre de la Justice, il refusait d’instruire les demandes de grâce des condamnés à mort. Il faisait la grève administrative pour tuer… » Il réservera l’estocade pour les contemporains Emmanuel Macron et Manuel Valls: « …Ils n’ont pas eu la chance de connaître le socialisme des origines, qui avait une dimension internationale et portait un modèle de société... »; « …La conscience de porter une histoire collective a disparu, or elle était notre ciment. Macron comme Valls ont été formés dans un parti amputé. Ils sont loin de l’histoire… » Mais, c’est en abordant la parole discréditée du politique qu’il lâchera cette phrase si forte de symbole, celle qui explique la déchéance du parti socialiste: «…Oui, et elle n’est pas près d’être recréditée…»
Le quinquennat de François Hollande aura été en effet marqué par les promesses bafouées: l’inversion de la courbe du chômage, la réduction de la dette publique, le calibrage de la fiscalité des entreprises en fonction des investissements, le non-cumul de la fonction de ministre avec un mandat local, pour ne citer que celles-là. Mais l’engagement non tenu qui aura surtout frappé les esprits aura été ce combat sans merci promis contre la finance par, entre autres, l’interdiction aux banques d’exercer dans des paradis fiscaux doublée d’une augmentation des impôts sur leurs bénéfices. Tout au contraire, car l’État français offrira au patronat 41 milliards d’euros d’allégements de charges dans le sillage du très controversé “pacte de responsabilité”. Tandis que, concurremment, les “socialistes” accentuaient leur dérive libérale en verrouillant le Code du Travail pour attenter aux pouvoirs des syndicats, faciliter les licenciements économiques et rétribuer moins les heures supplémentaires à un moment où le coiffeur du Président touchait dix mille euros brut par mois!
Il est désormais interdit à ces “socialistes” de revendiquer ce trait de caractère qu’on leur attribuait: la spontanéité à s’indigner face à l’injustice. En revanche, on leur laissera volontiers l’inconstance permanente et le non-respect d’une parole donnée. De dépositaires des valeurs de la gauche, ils se sont mués en croque-morts. Jean-Luc Mélenchon ne pouvait mieux dire quand il refusa tout rapprochement avec le Parti socialiste, le qualifiant de “corbillard”. Mais fort heureusement, les idées transcendent le temps. D’autres reprendront le flambeau.