Législatives : la relativité d’une victoire absolue

Sur la table du salon, le téléphone vibre en permanence, dérangeant le calme plat qui règne dans la pièce. L’heure tourne, et même les personnages colorés de Tolstoï ne parviennent pas à attirer mon attention. Pour la première fois, j’aurais vécu une campagne en interne, au plus proche du candidat. Et qui plus est une campagne victorieuse. Vivre une campagne de l’intérieur, c’est un peu comme si vous étiez au cœur de l’information, vous êtes à la fois acteur et spectateur. Vous participez à la construction de quelque chose et vous en mesurez directement les conséquences. J’ai eu, par cette expérience, la possibilité de contempler la fin d’une ère politique, avec l’espoir qu’un véritable renouveau puisse enfin réconcilier les Français avec la politique.
Emmanuel Macron est, semble-t-il, en passe d’obtenir les pleins pouvoirs à l’Assemblée nationale. Au plus grand dam des partis à la déroute, La République en Marche (REM) a participé à la déconfiture des plus grands ténors de la classe politique française qui se retrouvent éliminés dès le premier tour des élections législatives: Jean-Christophe Cambadélis (PS), Nicolas Bay (FN), Henri Guaino (LR)…
Toutefois, ce premier tour rappelle le plus important : largement en tête, une fois de plus, c’est l’abstention qui bat un record national, puisque presque plus d’un Français sur deux a décidé de ne pas se déplacer pour mettre un bulletin dans l’urne. Ce résultat est bien la symbolique même de la défiance des Français envers des politiques qui se sont toujours un peu plus éloignés d’eux. La bataille perpétuelle qu’ont menée nos élus pour la protection de leurs intérêts personnels s’est traduite par une ignorance totale du mal français, les aveuglant dans la recherche de solutions concrètes pouvant résoudre les problèmes au fond. Ce sont autant de choses qui font qu’aujourd’hui les citoyens ne veulent plus y croire. Si vous sortez dans la rue à la rencontre des opposants, vous ne trouverez que ceux qui ont le plus pâti de la conjecture de ces dernières années. Celles et ceux qui ont été oubliés par ceux en qui ils avaient confiance. Ce sont ces gens-là qui doivent être convaincus, non plus seulement par des paroles, mais également par des faits. Et nous touchons là le cœur de ce qui se jouera demain au second tour des élections législatives.
Si cette semaine, Macron continue sur sa lancée, il y a fort à parier que nous nous retrouverons avec une majorité écrasante de députés en Marche (sans pour autant dépasser le record de 1993 obtenu par l’UDF-RPR qui sortait avec pas moins de 458 sièges sur 577! ). Cela signifie donc que E. Macron aura non seulement réussi à prouver qu’il est en mesure d’obtenir une majorité à l’Assemblée nationale, mais également qu’il n’échappe pas à la règle habituelle de la majorité présidentielle. Le résultat, c’est qu’il aura certes les mains libres pour exécuter son programme, mais pour autant qu’il n’aura pas le droit de décevoir les Français. D’autant que le nombre important d’abstentionnistes qui se rajoute à l’équation montre qu’il s’agit bien là d’une majorité relative, et que son défi sera de parvenir à faire passer ses mesures sans pour autant accentuer cette méfiance qui caractérise la relation entre le citoyen et la politique.
Pour ma part, j’observe, critique, mais satisfait jusqu’alors, les évolutions de ce renouveau politique. Il y a, bien sûr, les traces indélébiles de l’Ancien Monde que l’on retrouve chez les ministres qui ne sont pas novices en politique: les révélations sur R. Ferrand, la mise en cause de M. de Sarnez sur les assistants parlementaires au Parlement européen, quelques rares investis par la Commission qui s’avèrent être accusés de choses diverses et variées… Et c’est bien là une preuve qu’il faudrait une majorité présidentielle, car, si la proposition de loi sur la moralisation de la vie publique passe, c’est justement pour que les mauvaises habitudes trépassent.