Prendre le temps de savoir où l’on se positionne en tant que citoyen aujourd’hui. Ces derniers jours, je me suis sentie submergée de doutes…Je m’accroche à l’idée de rentrer, presque désespérément, un peu comme avec ces histoires d’amour maudites qui nous font endurer les pires déchirements, et pourtant nous nous accrochons. On te murmure avec une certaine bienveillance, « res laba mem, ki to pou vinn fer, somer? », « si to pena backing pena nanye pou twa » et j’en passe.
Alors forcément j’ai pris le temps de m’arrêter, de me projeter. L’urgence de se recentrer ; une manière de faire face à soi, aux craintes, aux contradictions et à toutes ces hésitations qui nous empêchent d’agir sur nous et sur notre environnement qui se délite sous nos regards. Je me suis positionnée sur ma petite île, c’est un peu notre centre du monde, n’est-ce pas? J’ai essayé de m’y voir, de nous voir…Un mur, une impasse, voilà ce que j’ai vu. Je suffoque un bon coup! Mais de me dire aussitôt que c’est sans doute signe que le moment est venu d’abattre ce mur qui nous sépare de ce que nous pourrions être en tant que Nation. Alors, je rassemble qui je suis à ce moment précis, moi Mauricienne et mon courage, et je me dis, qu’il n’est pas question de reculer, de ne pas rentrer. Mon pays a besoin de moi, tout comme il a besoin de chacun de nous, aujourd’hui plus que jamais pour se redéfinir. Il s’agit de la terre de nos ancêtres, celle où vivent les gens que l’on aime, nos familles, nos amis et ce spectacle d’autodestruction je ne le supporte plus et nous sommes nombreux à tourner en rond, telles des bêtes en cage à penser à une issue. Chacun dans notre coin, nous n’irons pas loin. Mais ensemble…C’est le moment de se rassembler, de s’organiser et de montrer ce qu’une société civile organisée peut faire. Il y a déjà des gens debout pour nous. Aidez-les, donnez-leur de l’élan, ou alors créez vos mouvements, mais rassemblez-vous! Il faut leur dire que nous sommes là et que nous n’assisterons plus à ces scènes affligeantes, eux jouant avec notre avenir, détruisant, bétonnant notre terre et qui s’enorgueillissent que rien ne les arrêtera, ou faisant des promesses incroyables à des investisseurs étrangers qui pourront ravager notre île, « removing any obstacles from their ways », des gens arrêtés par la police sans raisons claires, des ministres qui nous prennent de haut et qui sont prêts à tout pour leurs enfants, uniquement. Et vos vies, elles ont changé? Qui se soucie de savoir si nos hôpitaux sont suffisamment équipés, si les médecins travaillent dans de bonnes conditions ? Nous parlons de la santé quand même. Certainement pas ceux qui sont soignés dans des cliniques privées et qui ont le loisir de s’en aller sans payer, paraît-il. La vie est belle et pleine de couleurs et de largesses pour eux. Ceux qui administrent notre pays n’agissent plus en notre faveur. Je me demande parfois s’ils se souviennent pourquoi ils se sont lancés en politique. Et cela dure depuis 20 ans au moins. Il y en a un qui a largement contribué à ce chaos, même si aujourd’hui il ose se positionner en « sauveur ». L’allégeance aveugle à un parti n’est pas ce qui donnera du travail à vos enfants; pas à tous les enfants du moins, on ne peut pas nominer tout le monde non plus. Quand vous soutenez un parti, il faut déjà avoir la liberté de taper du poing sur la table et d’être écouté à ce niveau. Sinon comment espérer être écouté lorsqu’ils se transforment en demi-dieux par la magie des élections. Nous créons des monstres « pouvoiristes » par notre servilité.