Ce n’est un secret pour personne que les Foo Kune ont le badminton dans le sang.  Qui n’a pas en mémoire les performances des parents Cathy et Jacques Foo Kune, médaillés d’or en double mixte lors de la 2e édition des 2es Jeux des Îles de l’Océan Indien en 1985 (Maurice) ou encore ceux de la grande soeur, Karen, qui faisait il n’y a pas si longtemps  la fierté du pays. Kate Foo Kune fait également partie de cette génération dorée, elle qui à 22 ans peut se targuer d’être aujourd’hui la référence du pays dans cette discipline sportive. No 1 africaine et bien placée pour se qualifier pour les Jeux Olympiques de Rio l’année prochaine, elle a été élue, à l’unanimité, meilleure athlète de la saison 2015 par la rédaction sportive de Week-End. Choix évident et plus que logique.
Triple médaillée d’or (simple dames, double dames avec Yeldy Louison et en équipe) aux JIOI 2015 à La Réunion (1-9 août) et doublement sacrée aux 11es Jeux d’Afrique (4-19 septembre) au Congo-Brazzaville (simple dames et en équipe mixte), Kate Foo Kune a connu une année faste avec notamment de nombreux tournois auxquels elle a pris part à l’étranger et la victoire en novembre dernier aux Internationaux de Zambie (Lusaka). Une sacrée performance pour une athlète qui a fait beaucoup de sacrifices dans sa carrière. « C’est une grande fierté pour moi d’être reconnue par mes pairs mais je tiens à préciser que je ne compte pas m’arrêter en si bon chemin. J’ai encore une belle marge de progression et je ne vise ni plus ni moins que les JO de Rio », affirme notre grande gagnante. Elle soutient, « J’ai eu à maintes reprises à me remettre en question, à travailler très dur, à faire beaucoup de sacrifices et, plus important, j’ai adopté une meilleure hygiène de vie qui m’a rendue beaucoup plus performante ».
Enfant hyperactive
Sa mère Cathy nous raconte que sa cadette était plus jeune, « une fille hypéractive qu’il fallait à tout prix canaliser. Elle a pratiqué beaucoup de disciplines sportives dans sa jeunesse notamment les arts martiaux (karaté), judo, natation, danse classique et elle était aussi très douée à l’école lors des épreuves de courses à pieds, notamment les cross-country. » C’est d’ailleurs à 4 ans que la petite prodige du volant touche pour la première fois  sa première raquette. Elle ne l’a quittera d’ailleurs plus jamais. « Nous lui avons fabriqué sa première raquette. Elle n’avait alors pas beaucoup de force et elle a commencé à se familiariser avec le badminton. Je lui ai inculqué quelques prlncipes fondamentaux qu’elle n’a jamais oubliés », explique sa mère, toute émue.
À l’âge de 8 ans et demi, Kate Foo Kune met le cap sur l’Australie en compagnie de sa mère et parvient jusqu’en finale de la catégorie poussine. Deux années plus tard, elle se rend à Singapour et se distingue une nouvelle fois. « Je crois que c’est cette adrénaline qui me plaisait. J’avais toujours un peu les mains qui tremblaient car j’avais hâte d’en découdre et de faire mes preuves. À cet âge, on ne réfléchit pas trop et on se lance. Je pense que j’ai toujours été une compétitrice dans l’âme », a-t-elle avoué. Cathy abonde dans le même sens, « C’est une bosseuse qui déteste la défaite. Elle s’est toujours donné les moyens d’atteindre ses objectifs. En tant que mère, je ne peux qu’être fière de son parcours car il ne faut pas oublier que le badminton est un sport très exigeant. Être doué ne suffit pas; il faut aussi la condition physique qui va avec ainsi qu’un mental à toute épreuve. Elle a encore de belles années devant elle car n’est que le tout début de sa jeune carrière », souligne sa maman. Pour la petite anecdote, sa mère et son père se sont connus sur un court de badminton. Pas étonnant que Kate Foo Kune soit tombée dans la marmitte à peine sortie du ventre de sa mère.
Les Jeux d’Afrique : le moment fort
Après le succès des JIOI, Kate Foo Kune avait à coeur de briller aux Jeux d’Afrique pour conserver son titre de championne d’Afrique. Et elle n’a pas raté le coche. « C’est le moment fort de ma saison et ma plus grosse satisfaction de l’année car je voulais à tout prix briller lors de ces Jeux et conforter mon statut de no 1. Je me suis adjugé le plus précieux métal dans la finale simple dames contre Grace Daniel pour la deuxième année consécutive et ce précieux succès m’a rapporté beaucoup de points pour la qualification olympique. Je me devais aussi de confirmer car je ne voulais pas qu’on dise qu’elle avait eu de la chance lors du premier titre en 2014. J’ai mis tout le monde d’accord en étant double championne d’Afrique. Je suis très contente et j’estime avoir mérité tout ça », poursuit-elle.
Issy Les moulineaux : Un cadre familial propice au succès
Cette année est celle de la confirmation pour notre compatriote. Elle précise toutefois que son arrivée au club français Issy Les Moulineaux y a été pour beaucoup dans sa progression. « Je me suis entraînée en Angleterre et en Malaisie mais je pense que le cadre ne me convenait pas. Par contre, depuis mon arrivée en 2013 au club d’Issy Les Moulineaux, je trouve que j’ai beaucoup progressé. C’est surtout le cadre familiale dans lequel je me trouve qui fait la différence. Je suis le genre de personne qui a besoin d’être bien entourée et soutenue dans tout ce que je fais. C’est primordial à mon épanouissement. C’est d’ailleurs pour cette raison que je figure parmi les 70e mondiaux à la Badminton World Federation. Je joue beaucoup plus relâché ». En parallèle, elle effectue ses études à l’École de Commerce à la Sports Management School du Groupe EDC à Paris.
En bonne voie pour les Olympiades
Kate Foo Kune n’a jamais caché son envie de prendre part aux Jeux Olympiques de Rio. Elle est d’ailleurs en très bonne voie. « En tant que no 1 d’Afrique, je suis qualifiée pour les JO mais rien n’est encore joué. Il faut que je me batte jusqu’au bout. Et de par rang de 25e mondiale lors des qualifications olympiques, je peux prétendre à une place à ce grand rendez-vous. Mais il faut que je garde la tête froide et que je reste concentrée jusqu’au bout », explique-t-elle. En effet, la concurrence est rude face à la Nigériane Grace Daniel et l’Égyptienne Hadia Hosny. Les Jeux de Rio ne sont toutefois pas une fin en soi pour la badiste qui vise ni plus ni moins que le Top 50 mondial. « Je me suis fixé cet objectif et j’arriverai à mes fins. Je suis une personne très déterminée et je suis d’avis que j’ai la capacité d’atteindre les 50 meilleurs de la planète. Si j’y parviens, ce serait alors formidable ».
Un message aux jeunes
À tous ceux qui voudraient suivre l’exemple de Kate Foo Kune. Le message est simple; il faut être passionné. « Il faut avant tout aimer ce qu’on fait. C’est primordial pour réussir et il faut aussi se fixer des limites. Par moment, il faudra savoir dire NON à certaines choses pour privilégier sa passion. Ce n’est parfois pas évident mais le mental doit suivre. Et je le dis toujours, il faut prendre du plaisir à jouer. C’est de là que vienne l’envie, la persévérance et l’abnégation. Un champion ne se construit pas en un jour. Vous devez faire face à l’adversité en étant sérieux, appliqué et plus important, avoir une bonne hygiène de vie ». Une bonne alimentation est d’ailleurs la clé du succès. « En tant que Mauricien, nous avons toujours eu cette facheuse habitude de consommer des aliments vite faits. Nous sommes des adeptes de fast food ou encore de Dholl puris (rires). J’ai appris à manger convenablement et je dois dire que c’est grâce à cette bonne nutrition que j’ai été en mesure de faire la différence. Nous devons changer nos mauvaises habitudes », ajoute-t-elle.
Appel aux autorités
Kate Foo Kune n’a pas manqué de rappeler qu’à Maurice, nous bénéficions d’une incroyable pépinière de talents qu’il faut à tout prix encadrer. « Je profite de l’occasion pour lancer un appel aux autorités concernées pour que les sportifs en général, bénéficient de beaucoup plus de soutien. Ça équivaut à beaucoup plus de frottements à l’étranger pour progresser, notamment des participations à des tournois à l’étranger. Il faut donner la chance à ces sportifs de défendre au mieux le quadricolore national car n’oublions pas qu’ils sont nombreux à être gifted », a-t-elle conclu. Kate Foo Kune n’a sans doute pas encore fini de nous surprendre. Talent confirmé, elle aura à coeur de faire vibrer le coeur des Mauriciens lors des prochaines échéances à venir. La ‘Wonder Woman’ local n’a pas encore fini de faire parler d’elle. Chapeau pour cette saison magnifique en tout point.