Le gouvernement de Pravind Jugnauth a sorti cette semaine deux cartes maîtresses qui auront une forte résonance dans la campagne électorale déjà engagée, à savoir la pension de retraite et le Metro Express. Elles sont annonciatrices de la dissolution imminente du Parlement et de l’approche à grande vitesse des élections générales.

L’annonce concernant l’augmentation de la pension de retraite, qui est actuellement de Rs 6 210 (en attendant de passer à Rs 6 710 en janvier prochain) à Rs 13 500 a, sur le coup, eu l’effet d’une bombe. L’ampleur de la hausse, plus de 100%, a une portée psychologie indéniable sur les principaux concernés.

Ceux qui se trouvaient au SVICC, qui était bondé de monde ce jour-là, ont immédiatement été gagnés par l’euphorie, au point de ne pas entendre que cette mesure électorale sera introduite durant le prochain mandat éventuel du gouvernement à une date qui n’a pas été précisée. Tout le monde est aujourd’hui dans l’attente d’une explication détaillée concernant le mode d’application de cette mesure. À commencer par les principaux acteurs politiques.

Ces derniers ont jusqu’ici évité soigneusement de tomber dans le piège tendu par le gouvernement en condamnant la promesse électorale, mais sans pour autant être dupes. Tous ont en effet considéré qu’une amélioration du traitement réservé aux retraités était nécessaire, tout en se demandant toutefois comment un projet d’une telle ampleur, dont le coût est estimé à Rs 40 milliards, sera financé et se questionnant sur l’impact d’une telle mesure sur l’économie nationale. Une hausse des allocations de retraite à Rs 13 500 provoquera en effet une forte pression pour que le salaire minimum soit porté au même niveau.

Avec pour conséquence que les petites et moyennes entreprises pourraient se retrouver en grandes difficultés.
D’autres s’interrogent également sur la pertinence d’une telle mesure électorale alors que les principaux indicateurs économiques, aussi bien sur le plan international que local, ne sont bons. La croissance économique mondiale a en effet été revue à la baisse, tandis que la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis affecte déjà le multilatéralisme et les échanges internationaux. Sans compter que le Brexit, qui fait actuellement l’objet d’intenses négociations entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne, aura des conséquences économiques et commerciales pour Maurice.

Sur le plan politique, le PTr qualifie cette promesse électorale « d’acte désespéré » d’un gouvernement en perte de vitesse. Le PMSD voit, lui, cette démarche gouvernementale comme une politique « démagogique et populiste » sans précédent. Quoi qu’il en soit, on s’attend de nos dirigeants, s’ils veulent être sérieux, qu’ils présentent une politique générale concernant la retraite prenant en compte le vieillissement de la population et la nécessité d’une meilleure protection des personnes âgées contre tous les prédateurs et les parasites susceptibles de les exploiter.

La deuxième carte maîtresse du gouvernement, à savoir l’entrée en opération du métro, à titre d’essai dans un premier temps, avant d’être accessible au public à partir de novembre, a déjà marqué les esprits. Il faut reconnaître que l’introduction de ce moyen de transport est devenue réalité et qu’elle ouvre une nouvelle ère dans les annales du transport public à Maurice. Il s’agira désormais de compléter le travail commencé, de veiller à la bonne gestion de ce système de transport et de l’harmoniser avec les autres moyens de transport existants dans le pays. Toutefois, la déclaration de Narendra Modi concernant le « leadership visionnaire » de Pravind Jugnauth n’est pas passée inaperçue. D’autant plus qu’elle est déjà utilisée par le MSM comme slogan de campagne.

La population est désormais suspendue à la dernière carte que jouera le Premier ministre, qui ne pourra être autre que la dissolution du Parlement et le lancement officiel de la campagne, avec des élections générales après la fête du Divali et la célébration de l’arrivée des travailleurs engagés.