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Pour respecter la tradition, nous vous proposons une sélection de questions et réponses puisées des principales interviews réalisées en 2018

Janvier 2018

Mme Ameenah Gurib-Fakim, présidente de la République :

— Avec en tête tout ce que nous venons de dire, comment voyez-vous l’année 2018 ?

— Je suis et je reste optimiste, car Maurice parvient toujours à trouver la solution à ses problèmes. Souvenez-vous que dans les années 1950, James Meade, prix Nobel d’économie, avait décrété que « Mauritius is a hopeless case ». On a joué sur tous les négatifs à Maurice. On a dit que nous étions trop loin de tout. Plus tard V. S. Naipaul, un autre prix Nobel de littérature, avait écrit que « Mauritius is an overcrowded barracoon ». Et messieurs Meade et M. Naipaul se sont trompés. Je dis que la géographie joue en notre faveur et que nous sommes aujourd’hui le pont entre l’Asie et l’Afrique, les deux continents émergeants dans tous les domaines. Maurice doit consolider ses liens avec nos alliés traditionnels, avoir plus d’ouverture et de flexibilité au niveau de nos institutions pour se mettre au diapason du monde et développer la fibre entrepreneuriale chez nos jeunes.

— Après vous avoir écouté, je me pose la question suivante : est-ce que vos malheurs et vos problèmes ne viennent pas du fait que vous avez plus tendance à réfléchir et agir comme une entrepreneuse/femme d’affaires que comme une présidente de la République ?

— J’ai dit dès ma nomination que je viens au Réduit avec un bagage scientifique et une expérience d’entrepreneur que j’allais mettre à la disposition de mon pays. Il faut le faire parce que le monde a de plus en plus besoin de voix scientifiques et entrepreneuriales pour se développer, réduire les inégalités et améliorer les conditions de vie sur la planète, car nous sommes maintenant globalisés. Avec mes compétences, mon expérience et mes contacts, surtout dans le domaine des idées, je compte continuer à travailler pour que Maurice avance et devienne une société meilleure. C’est en tout cas l’objectif que je me suis fixé jusqu’à la fin de mon mandat.

14 janvier 2018

Ram Seegobin porte-parole de Lalit

— Comment voyez-vous l’année 2018 ?

Ce sera évidemment une année qui sera dominée par la question des alliances politiques, malheureusement. La relative remontée du PTr va faire modifier la donne et aussi le fait que malgré sa majorité, le gouvernement est fragilisé. Il y a en son sein des parlementaires mécontents qui commencent à lorgner du côté du PTr. Certains hauts fonctionnaires du service civil, qui ont l’échine souple et la loyauté flexible, vont commencer à courtiser le PTr. J’ai dit malheureusement, parce que la politicaille va, une fois encore, occulter les débats fondamentaux sur l’avenir du pays. Par exemple : est-ce que l’industrie sucrière est encore viable ? Est-ce que nous devons arrêter de planter la canne dans l’avenir ? Je sais que pour certains c’est inimaginable, mais il ne faut oublier que le sucre ne représente aujourd’hui que 2 ou 3 % du PIB de Maurice, qui emploie un dixième des personnes qui travaillaient autrefois dans l’industrie sucrière. Il faut également débattre sur la stratégie de faire des PME un des piliers de l’économie quand les chiffres indiquent que 80 % des PME ferment après quatre ans. Nous avons besoin d’entreprises de coopératives axées sur la grande production agricole à tous les niveaux. Il faut également réfléchir sérieusement à la création d’une industrie de la pêche pour exploiter nos 2, 3 millions de kilomètres de mer comme le font les Seychelles avec leur industrie thonière. Les Rs 20 milliards que l’on voulait investir dans Heritage City ne seraient-elles pas mieux employées pour créer et développer une industrie de la pêche ? Ce sont des questions qui doivent devenir prioritaires dans le débat politique et économique, et interpeller aussi les syndicats, les forces vives. Il faut remettre en question le débat économique, trouver une alternative. L’actuel gouvernement se contente de gérer la situation au jour le jour, en laissant le développement économique au secteur privé.

21 janvier 2018

M. Sok Appadu, ex-directeur des services météorologiques

— Comment expliquez-vous le fait qu’en dépit des avancées technologiques, le Mauricien semble complètement dépassé face à des phénomènes naturels comme les grosses pluies en été ?

— C’est le résultat de l’industrialisation. On a oublié les données de base des cycles de la nature. Aujourd’hui, pratiquement tout le monde travaille, il y a une course à la réussite et le mode de vie a changé. Aujourd’hui, on ne respecte plus les équilibres, on construit sur les canaux et on s’étonne des inondations provoquées par les grosses pluies. J’ai entendu sur une radi— quelqu’un qui avait construit un mur sur un ruisseau se scandaliser parce qu’on avait fouillé un trou dans ce mur, sans doute illégal, pour laisser l’eau passer ! Nous devenons de plus en plus égoïstes et chacun ne s’occupe que de ses intérêts et se fiche de le faire aux dépens des autres. Quand il construit, il ne consulte pas ses voisins, il ne se demande pas si ce qu’il va construire peut gêner ses voisins, comme cela se faisait autrefois. Aujourd’hui, on ne s’occupe que de soi. Revenons à la mété— pour dire qu’en simplifiant les bulletins on a arrêté d’utiliser des termes qui avaient un sens précis.

— Où voulez-vous en venir ?

— Je vais vous expliquer. Avec toute cette pluie tombée sur Maurice depuis une semaine, la mété— n’a jamais utilisé le terme « pluie torrentielle », mais a préféré le terme « forte pluie ». Alors qu’on a eu plus de 100 millimètres de pluies en deux heures ! C’était une pluie « torrentielle » ou même « diluvienne », mais on ne l’a pas dit…

28 janvier 2018

Steeve Obeegadoo, membre du BP du MMM

— De votre point de vue, Paul Bérenger est-il le principal obstacle au changement du MMM que vous souhaitez ? Est-ce qu’il est la résistance à la modernité ?

— J’espère que non. Pour les militants, Paul Bérenger est le fondateur, l’inspirateur, c’est le MMM de 1969 à aujourd’hui. Personne ne conteste le rôle qu’il a joué, personne ne souhaite son départ, mais aujourd’hui, j’estime que lui-même doit réaliser la gravité de la situation. On ne peut expliquer la défaite à la partielle par des facteurs conjoncturels : la personnalité d’Arvin Boolell, les gens du MSM qui ont voté PTr, les divisions de voix par rapport à Tania Diole et Jack Bizlall. Nous en sommes à notre neuvième défaite d’affilée, on ne peut plus l’expliquer par des facteurs conjoncturels. Mon vœu le plus cher, c’est que Paul Bérenger soit le facilitateur de cette refonte du parti. Peut-on imaginer une seconde qu’après neuf défaites dans une ligue de football une équipe garde les mêmes joueurs, la même stratégie, le même entraîneur et le même capitaine ?

— Restons dans le foot. Donc, le capitaine Paul Bérenger doit s’en aller pour que l’équipe puisse se réinventer et recommencer à gagner des matches !

— Aujourd’hui, les militants sont en train de se réveiller et de comprendre que le monde, l’île Maurice ont changé, et qu’avec le même modèle, les mêmes codes, le même fonctionnement, on n’a plus la recette qui gagne. Ce que je veux, c’est un MMM qui entre de plain-pied dans le 21e siècle, qui soit pertinent, sache répondre aux aspirations des gens et redevienne un parti qui gagne.

— Un MMM avec ou sans Paul Bérenger ?

— Évidemment avec. Qui a dit qu’on ne veut plus de Paul Bérenger ?

14 février 2018

Me Hervé Lasémillante, vice-président de la National Prevention Mechanism Division (NPMD) de la Commission nationale des droits de l’Homme 

— C’est ahurissant ! Maurice a ratifié une convention internationale contre la torture et quand une phot— comme celle de dimanche dernier est publiée dans la presse, on débat sur qui a fait la phot— et s’il y a eu consentement de la personne photographiée ! On ne pose pas la question de savoir comment cet homme s’est retrouvé nu et enchaîné dans un poste de police ! Le Commissaire des prisons et le porte-parole des policiers justifient cette situation !

— Nos institutions sont en train de perdre la tête ! Nous vivons dans un pays qui prend une pente dangereuse à cause de la faiblesse de certaines de ses institutions. La Police Complaints Division a été informée depuis dimanche de cette situation et ce n’est que mercredi que M. Gaiqui a reçu une visite, celle de la NPMD.

— Mais à quoi sert donc cette division de la commission nationale chargée de veiller au respect des droits de l’homme dans les affaires de police ?

— C’est une question appropriée, que je me pose également. La réponse est la suivante : nos institutions sont trop affaiblies par les gens qui s’y trouvent. A Maurice nous avons un gros problème : on critique toujours les politiques pour dire qu’ils manquent de volonté, alors que le problème réside dans un manque de volonté institutionnelle. Nous avons trop souvent à Maurice de wrong men wh— are in the wrong places.

— Etes-vous en train de dire que celui qui préside depuis de nombreuses années la Commission nationale des droits de l’Homme n’est pas the right man at the right place ?

— Vous ne vous attendez tout de même pas à ce que je porte des jugements sur mon président ? !

25 février 2018

Patrick Assirvaden, président du PTr

— Vous dites que le PTr en train de se réinventer, de se reconstruire, etc. Cela veut dire que les blessures étaient profondes et que le PTr est encore en convalescence trois ans après décembre 2014…

— Définitivement, les blessures de 2014 étaient profondes, étaient dues à des choix et des décisions du passé, et à des erreurs dans la gestion du pays. Il ne faut pas croire que tout cela sera oublié du jour au lendemain, qu’il suffit de tourner une page et que cette défaite sera facile à assimiler. Tout cela prendra du temps pour que nous puissions nous parler entre nous, lancer les débats indispensables, faire converger les énergies, parfois divergentes à la direction du parti, pour aboutir à quelque chose de concret, d’acceptable pour que, demain, quand les élections arriveront, nous puissions présenter une alternance crédible.

— Il faudra donc inventer un new Labour…

— Il le faut. Nous avons besoin de créer un new Labour en nous basant sur les enseignements du passé pour affronter l’avenir.

— Comment fait-on pour créer un new Labour, alors que l’appareil du parti est contrôlé par des anciens qui fonctionnent selon les recettes du passé et où les jeunes n’ont pas leur mot à dire ? J’en veux pour preuve le fait qu’on n’entend plus les parlementaires rouges depuis des semaines…

— Premièrement, les parlementaires travaillistes ont leur propre autonomie et s’expriment au Parlement ou dans la presse, quand ils pensent que c’est nécessaire. Deuxièmement, nous ne sommes pas là au PTr pour rejeter qui que ce soit. Notre politique n’est pas de rejeter ceux qui dans le passé ont été très actifs et qui sont aujourd’hui âgés certes, mais qui ont encore un rôle à jouer. L’émergence des jeunes au sein du parti se fait graduellement et sera visible lors de notre prochain congrès annuel. Nous l’avons déjà dit, mieux, pris l’engagement que pour les prochaines élections, 50 % des candidats seront des nouveaux. C’est d’une certaine manière la réponse à votre question.

4 mars, 2018

Lindsey Collen, porte-parole du MLF

— La création d’un ministère de la Femme a-t-elle été une avancée significative ou un frein dans la lutte pour l’émancipation de la femme ?

— Au départ, quand le ministère était aussi celui des Droits de la Femme, c’était une avancée. Puis, le titre a changé au fil des années : il est devenu ministre de la Femme et de la Famille, ministre de la Femme et des Enfants, et aujourd’hui il est celui du fameux Gender Equity et même des entrepreneuses. Au fil des années, le système a récupéré ce ministère pour en faire un de ses instruments. À la fin des années 19990, le ministère de la Femme n’a plus seulement regroupé les associations féminines sous son aile, mais aussi les associations féminines socioreligieuses qui sont loin de promouvoir la libération de la femme. Au fil des années, les associations féminines ont été transformées en structures où on met en place des petites entreprises commerciales sur le modèle capitaliste, ce qui est une récupération du mouvement des femmes. Du coup, on s’est retrouvé dans une situation où des femmes sont devenues dirigeantes des petites entreprises employant des femmes pour générer des profits, pas pour leur apprendre à acquérir leur indépendance financière. Aujourd’hui, ces associations apprennent comment continuer à exploiter la main-d’œuvre féminine, comme le fait depuis toujours le système patriarcal capitaliste.

— Le fait que des femmes aient été nommées à la tête de l’État est-il une avancée pour la cause des femmes ou ce que certains qualifient de « eyewash » ?

— Ces nominations n’ont absolument aucune valeur dans la lutte pour l’émancipation et la libération des femmes. Peut-on dire, avec ce qu’on découvre sur la présidente de la République, qu’elle fait honneur à la cause de la Mauricienne ? N’oublions pas que la présidente a été nommée à ce poste sur un critère communal et parce qu’elle est une femme. Cela ne suffisait pas, et on le constate de plus en plus.

— Comment expliquez-vous que beaucoup de nominés politiques de l’actuel gouvernement se retrouvent dans des situations, disons, difficiles ?

— Tout simplement parce qu’il faut que la personne nommée à un poste, qu’il soit une femme ou un homme, ait fait preuve de responsabilité que ses capacités aient été testées. Il ne suffit pas d’être une femme et de faire partie d’un lobby communal pour être compétente. C’est pour cette raison, entre autres, qu’au MLF nous sommes contre le système de quotas et de discrimination positive pour les femmes. La finalité du combat est de permettre à toutes les femmes d’avancer, de se libérer, pas seulement à quelques privilégiées choisies par les hommes et qui, souvent, font pire qu’eux.

11 mars 2018

Vidula Nababsing, sociologue et ex-membre du MMM

— Quel est l’avenir de Maurice du point de vue sociologique ?

— Il faut d’abord dire qu’on ne peut pas séparer la sociologie de l’économie, qui détermine tout aujourd’hui. Il me semble que tout le monde est un peu perdu, même les pandits de l’économie et on n’a pas de solutions. Le problème de Maurice, c’est sa taille, et le fait que le peu de terres qui reste est alloué aux hôtels et aux IRS pour couvrir le pays d’une couche de béton. Nous sommes, quelque part, condamnés à continuer dans cette direction. Les IRS commencent à poser problème dans certaines régions du pays où les Mauriciens commencent à se sentir des étrangers dans leur propre pays et l’attitude de certains étrangers n’arrange pas les choses. C’est inquiétant.

— Il y a également une agressivité chez les Mauriciens.

— Mais il n’y a pas que l’agressivité, il y a aussi une déprime augmentée en ce début d’année par la météorologie. Et cela en dépit du fait qu’il y a eu des avancées, que les Mauriciens vivent mieux, en tout cas plus confortablement qu’il y a vingt ans. Mais la déprime est là, même chez les gens qui ont d’excellentes conditions de vie. Il est vrai que la situation mondiale est loin de pousser à l’optimiste. Les inquiétudes sur les plans climatique et économique augmentent le sentiment d’insécurité, de mal-être. Ici, ce sentiment d’insécurité est tellement fort que les gens deviennent facilement agressifs, souvent pour des prétextes futiles. Et cela se ressent tous les jours sur nos routes. Tout cela est accentué à Maurice à cause du manque de direction, de leadership fort.

— Sur le plan politique ?

— Forcément, on a besoin d’un sens de direction pour mener le pays à bon port et de quelqu’un pour l’incarner. Paul Bérenger est trop vieux, tout comme Anerood Jugnauth et Pravind Jugnauth semble trop jeune et qui manque d’expérience, et de l’autre côté, il y a Ramgoolam, qui est en train de jouer la carte du populisme et qui peut attirer la masse. Je pense que malheureusement nous allons dans cette direction. C’est dommage parce que Maurice aurait pû être autrement.

25 mars 2018

Rajesh Bhagwan, député et président du MMM

— Pour commenter l’absence du MMM de son comité (réclamant une commission d’enquête sur l’ex-présidente de la République) Xavier Duval a déclaré ce qui suit : « Je me demande si le MMM est encore dans l’opposition ou déjà dans le gouvernement. » Il y a des rumeurs qui disent que les négociations pour les prochaines alliances électorales ont déjà commencé. Pour « sauver le pays », le MMM irait-il jusqu’à contracter une alliance électorale avec le MSM ?

— Ou fine déjà tann dir ki chat boire dilé bouillante deux fois ? Ecoutez-moi bien : depuis les élections de 2014, les Mauriciens ne veulent plus entendre parler du mot alliance. Ils sont allergiques à ce mot. Des membres même de ma propre famille sont anti-alliance ! Le MMM a payé un très lourd prix pour l’alliance avec le PTr et il n’a aucune intention de recommencer l’expérience. Depuis plusieurs années, le mood de notre électorat est que le parti se présente seul aux élections avec Paul Bérenger comme Premier ministre. Ces rumeurs sont alimentées par le MSM et son NSS, le PMSD et le PTr. Au lieu de s’occuper du MMM, que Duval s’occupe des affaires de son parti, surtout après avoir perdu la caution de son candidat à la partielle de Quatre-Bornes ! Je suis catégorique : si le MMM scelle une alliance avec le MSM, il va disparaître politiquement ! Personnellement, je ne veux pas terminer la carrière politique dans la boue.

— Mais il peut arriver que pour des raisons « stratégiques », la direction du MMM décide d’une alliance.

— J’ai déjà dit à qui de droit que, si le MMM fait alliance, ce sera sans moi. Ma lettre est déjà prête…

—… votre flacon de lysol aussi ?

— J’étais contre l’alliance avec le PTr, mais j’ai suivi la majorité et je ne suis pas du genre à raconter ce qui s’est passé. Aujourd’hui, je dis que si le MMM se présente aux prochaines élections avec un autre candidat que Paul Bérenger au poste de Premier, ce sera sans moi. Face au fils Jugnauth et à Ramgoolam, Bérenger est le meilleur candidat…

29 mars, 2018

Pradeep Jeeha, ex-leader adjoint du MMM

— Vous avez fait partie des instances dirigeantes du MMM depuis des années et vous déjeuniez avec le leader au moins une fois par semaine. Vous êtes donc aussi responsable de ce que vous appelez le déphasage du MMM !

— Cela fait des années que je le dis en privé à Paul Bérenger avec qui j’avais une relation privilégiée. Par exemple, en avril 2014, j’avais dit à Bérenger qu’il ne fallait pas casser le remake MSM/MMM pour aller contracter une alliance avec le PTr juste parce que Navin Ramgoolam lui avait proposé le poste de Premier ministre pour cinq ans. Je considère que puisque j’avais donné mon opinion au leader, j’avais fait mon devoir par rapport au parti. Il m’a reproché après la défaite de ne pas avoir été plus forceful par rapport à mon opposition à l’alliance avec le PTr. Mais souvenez-vous ? À l’époque, tout le monde et surtout les membres du MMM et du PTr pensaient que l’alliance allait gagner par 60/0. Je me suis laissé emporter par la vague. Nous étions en total déphasage avec l’électorat et les Mauriciens. Quand j’ai été nommé adjoint leader du parti, j’ai continué à dire mon opinion à Bérenger lors de nos tête-à-tête : plus de 800 de 2008 à 2018. Parfois, il m’a écouté ; parfois, il a fait le contraire de ce que je lui conseillais. Un des sujets sur lesquels il ne m’a pas écouté est le cas Obeegadoo. Bérenger a fait une fixation sur la personne de Steeve Obeegadoo. Et le MMM se retrouve sans sa situation actuelle à cause de cette obsession de son leader.

— Tous ceux qui contestent au MMM remettent en question la direction et ses choix, mais pas le leader qui, nous le savons, impose sa décision. Même Obeegado— dit qu’il faut repenser le parti sans remettre en question son leader. C’est un bel exercice d’hypocrisie !

— C’est le problème du MMM. Depuis le début, Bérenger a fait partir tous ceux qui n’étaient pas d’accord avec lui.

— Mais alors, comment êtes-vous devenu leader adjoint ? Parce que vous étiez obéissant, soumis, béni-oui-oui ?

— J’ai toujours dit ce que je pensais et c’est une des raisons de ma proximité avec Bérenger. Il appréciait mon franc-parler et mon indépendance d’esprit. Mais quand j’ai commencé à dire ce que je pensais dans les instances du parti, nos relations ont commencé à changer.

15 avril, 2018 Mme Ramjabal Sungeelee, ex-exportatrice de vieille ferraille

— Qu’elle a été l’évolution de l’industrie de la vieille ferraille à Maurice ?

— La récupération de vieille ferraille existe depuis que Maurice utilise des machines, c’est-à-dire depuis les débuts de la colonisation. Dans les années soixante du siècle dernier, le marché était dominé par trois compagnies : Scrap Supplies, Still Scrap et la société Runghen. Nous achetions directement, ou à travers des courtiers, les grosses pièces usagées des moulins, les vieux fils des télécoms et du CEB, ainsi que les pièces usagées des usines de la zone franche pour les exporter tels quels, en tant que vieille ferraille. Le tout avec des reçus et des certificats du vendeur local. On pouvait exporter plus de 20 000 tonnes métriques par an achetées en devises étrangères et nous payions des taxes au gouvernement. Les choses se sont déroulées sans problèmes, jusqu’aux débuts des années 1990 avec l’arrivée d’une nouvelle entreprise : Samlo, dirigée par le politicien Mahen Gowressoo.

— C’est effectivement un membre du PTr qui « obtient » du ministère de l’Agriculture l’ancienne usine de thé de Belle-Rive, qu’il va transformer, plus tard, en fonderie pour vieille ferraille. Ce qui va provoquer beaucoup de protestations, mais pas beaucoup de sanctions.

— On n’a pas compris pourquoi le gouvernement de l’époque avait donné l’usine de Belle-Rive à Gowresso— qui, jusqu’alors, était un marchand de grains secs. Curieusement, malgré toutes les protestations, Saml— n’a jamais été vraiment inquiétée par les autorités. On pourrait même dire qu’elle était protégée. On l’a découvert quand, pendant le premier gouvernement travailliste de 1995, le ministre Jeetah, qui voulait soi-disant mettre fin au monopole sur l’importation des fers de construction, a fait aux ferrailleurs une drôle de proposition. Il nous a demandé de donner une partie de notre stock de vieille ferraille à Saml— qui allait les fondre pour en faire des fers de construction. Pourquoi fallait-il faire cadeau d’une partie de notre stock à Saml— ? Nous avons refusé. On n’arrivait pas à comprendre pourquoi le gouvernement intervenait directement en faveur d’une entreprise dans une petite industrie qui en comptait plus d’une douzaine. Mais ce n’était que le début des protections. Durant le premier mandant du gouvernement travailliste, beaucoup d’efforts ont été déployés pour que Saml— obtienne le monopole de l’exportation de la vieille ferraille à Maurice. Toutes les autres entreprises du secteur se sont mobilisées et ont réussi à faire capoter ce projet.

— Vous êtes en train de dire que tous les malheurs des ferrailleurs sont dus au patron de Saml— ?

— Comme tous ceux qui connaissent le secteur de la vieille ferraille, je dis que tout a changé avec l’arrivée de Samlo. Il y a eu d’une part les pressions pour qu’il obtienne le monopole, mais avec lui sont aussi arrivés les nouveaux petits acheteurs avec des brouettes et les vols de ferraille. Jusqu’alors tout se déroulait sans problèmes et les entreprises se partageaient le marché, il y avait du travail pour tout le monde et surtout pas de vols. Et puis, il y a eu l’arrivée de Saml— et des Indiens sur le marché, ce qui a cassé les prix et cela a coïncidé avec une poussé de la consommation de la drogue. Beaucoup de toxicomanes sont tombés dans le vol pour pouvoir acheter leur dose quotidienne de drogue. Les brouettes sont apparues, les vols se sont multipliés, les gens ont pensé que c’étaient les ferrailleurs qui étaient les responsables. Ce n’était pas vrai. Les entreprises qui sont sur le marché depuis des années achètent de la vieille ferraille au lieu de les voler.

24 avril 2018

Astrid Dalais, porte-parole de Porlwi by light

— Etes-vous amère de ne pas avoir pu monter le quatrième festival ?

— Aujourd’hui il y a la sérénité d’avoir accompli nos missions, d’avoir mis en lumière le potentiel de la ville, des bâtiments de notre patrimoine, d’avoir permis à des artistes, des artisans de pouvoir créer dans des espaces inhabituels. Aujourd’hui, il y a le souvenir d’avoir partagé des moments forts avec les Mauriciens. Il y a la satisfaction d’avoir pu démontrer qu’on peut faire aboutir son rêve, mais il y a aussi la tristesse d’avoir dû faire une pause et mieux revenir, si on revient.

— Qu’est-ce qu’il faudrait pour que Porlwi by Light revienne : uniquement les 30 % du gouvernement dans le financement du budget ?

— Non. Le financement ne suffit pas. Il faut surtout la volonté, clairement exprimée, de tous les acteurs de ce festival pensé et réalisé par des Mauriciens pour les Mauriciens. Mais il faut aussi des ressources, possiblement des mesures fiscales pour encourager les initiatives. Il faut aussi concevoir une politique culturelle — qui n’existe pas à l’heure actuelle — pour répondre aux besoins et aux demandes des artistes et du public mauricien. Il y a une ébullition culturelle en cours qu’il ne faut pas étouffer.

20 mai 2018

Ajay Guness, secrétaire général du MMM

— Le MMM est souvent en retard sur les faits. Je vous donne comme exemple la tentative d’aller soutenir l’action de l’ONG Aret kokin nu laplaz à Pomponette. Autrefois, le MMM aurait été à l’avant-garde d’un tel combat, aujourd’hui il arrive au milieu de la bataille dans ce qui pourrait ressembler à une tentative de récupération.

— Il n’y avait aucune tentation de récupération dans cette action. Nous sommes seulement allés donner un coup de main aux ONG qui ont lancé cette action depuis des mois. Ce coup de main a incité le ministre Jhugro— à faire une descente sur le terrain et les promoteurs à nous faire parvenir une copie de l’EIA Report. Je reviens à la question sur les élections. Le MMM ira seul aux prochaines élections. Les Mauriciens savent à quoi ressemble la gestion du pays par Navin Ramgoolam et par Pravind Jugnauth. Ils savent que seul le MMM peut sauver le pays…

— Avec Paul Bérenger comme Premier ministre ?

— Pourquoi pas ? Quel tort a-t-il fait au pays pendant ses deux ans comme Premier ministre ? Il a déjà démontré qu’il avait les compétences voulues. Paul a déjà dit qu’il était disposé à être candidat pour cinq ans, mais qu’il était également disposé à ce qu’il y ait un partage de ce poste au sein du MMM. La dernière assemblée des délégués a voté pour que Paul Bérenger soit présenté comme Premier ministre pour un mandat entier. Mais si la réflexion évolue au sein du parti et si nous trouvons qu’il faut que le mandat soit partagé, nous aviserons.

Jocelyn Chan Low, historien

— Est-ce que vous pensez que la plate-forme annoncée par Steeve Obeegado— (avec principalement Pradeep Jeeha et Françoise Labelle) pourrait devenir une force politique ?

– Une fois Sir Seewoosagur Ramgoolam a dit à une personne : la plus grande erreur qu’un politicien puisse faire, c’est de devenir un dissident. Parce que quand vous quittez votre parti, vous existez difficilement. Voyez Ivan Collendavelloo, il est obligé d’entretenir une relation de vassalité avec le MMM pour exister. Voyez le MP qui, malgré une campagne agressive à Quatre-Bornes, n’a pas réussi à tirer la caution de sa candidate à la partielle de cette ville. Qu’est-ce que la nouvelle plate-forme de Steeve Obeegado— et ses amis amèneront de nouveau sur le terrain politique ? Pas grand-chose. C’est une initiative vouée à l’échec, d’autant que les trois dissidents ne sont pas des élus et sont loin d’avoir une base solide. Une des solutions pour eux serait d’intégrer un grand parti. On dit que le PTR, qui a le vent en poupe, pourrait être intéressé par des candidats avec un profil électoral symbolique bien déterminé.

— Question d’actualité : comment voyez-vous l’évolution de la politique locale jusqu’aux prochaines élections ?

– Pour moi, il est clair que nous allons vers un face-à-face Navin Ramgoolam/Pravind Jugnauth, à moins que des problèmes judiciaires surviennent pour l’un et l’autre. Ce sera une bataille impitoyable entre deux individus qui ont amassé énormément de comptes à régler et de vengeances à assouvir. Cette lutte prendra de telles proportions qu’il faudra que les autres partis choisissent leur camp, car, comme dit un proverbe africain, « si tu ne manges pas le lion, il te mangera. »

17 Juin 2018

Jouber Joomaye, député MSM

— De tous les politiciens qui se sont exprimés sur ce qui s’est passé sur la place d’Armes* vous êtes le seul à avoir dit que Maurice est une république laïque où toutes les religions sont pratiquées et où tous les Mauriciens peuvent vivent comme ils le veulent, dans le respect des autres. Pourquoi les autres politiciens sont-ils évasifs sur cet événement ?

— La plupart des dirigeants politiques occultent le fait que la communauté musulmane a une histoire commune avec le reste de la population mauricienne, fait partie intégrante de cette population et a contribué à son développement. Ici et ailleurs, la communauté musulmane prône le vivre-ensemble, le partage, la solidarité et l’entraide, mais malheureusement on a toujours tendance à accorder trop d’importance à des groupuscules qui ont parfois des interprétations fondamentalistes de la religion, qui entraînent une forme de repli et d’exclusion. Certains religieux, toutes confessions confondues, ont accaparé leur religion à des fins personnelles et s’amusent à jeter de l’huile sur le feu.

— Comment expliquez-vous le fait que ce n’est que le 8 juin, et par votre intermédiaire, que le gouvernement a fait une déclaration sur ce qui s’est passé le 2 juin. Pour sa part, l’opposition a émis un commentaire, du bout des lèvres. Les politiciens mauriciens auraient-ils peur de ce groupuscule ou d’antagoniser les musulmans en condamnant ce qui s’est passé à la place d’Armes ?

— Je pense que les leaders politiques de l’opposition n’ont pas su comment réagir et communiquer par rapport à cet événement…

O… tout comme le gouvernement !

— Il a réagi.

— Je viens de le souligner : presque une semaine après les faits !

— Dans ce cas précis, une réaction à chaud aurait pu avoir des conséquences incontrôlables. Au lieu de calmer les choses, une mauvaise réaction aurait pu les exacerber. Le gouvernement a préféré étudier la situation et prendre connaissance de tous les éléments à travers ses différents services avant de communiquer. Tout comme ceux qui étaient présents au Caudan et ceux qui étaient sur la place d’Armes ont le droit de s’exprimer, mais en respectant la loi. Ces derniers n’ont pas demandé l’autorisation nécessaire. Nous savons que dans beaucoup de pays une manifestation peut provoquer une contre-manifestation, c’est un des aspects de la démocratie.

(*) Contre-manifestation a la marche des libertés organisée par le LGBT

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1er juillet 2018

Rita Venkatasawmy, l’Ombudsperson for Children

— Revenons à l’affaire de la fillette de 13 ans, mariée, enceinte et morte. Certaines personnes essayent de conduire cette affaire sur le terrain religieux.

— Je suis une laïque qui est responsable d’une institution des droits humains et je réagis selon les lois de Maurice. Mais cela ne veut pas dire que je n’écoute pas d’autres points de vue et je vous signale que je viens tout juste d’avoir une réunion avec les membres du Conseil des religions. Je comprends la dimension religieuse et culturelle que certains voient dans cette affaire, mais « at the end of the day » c’est la loi de la République qui doit primer. C’est à cette conclusion que sont arrivés les membres du conseil : quelles que soient les lois religieuses, c’est la loi du pays qui doit prévaloir dans n’importe quelle circonstance. D’ailleurs, dans les deux cas dont nous discutons, les deux jeunes hommes qui ne sont pas de la même communauté, et qui ont eu des relations sexuelles avec ces filles de 13 ans ont été tous les deux arrêtés, parce que les relations sexuelles avec des mineures de moins de 16 ans sont un délit.

— Avec l’évolution physique et psychologique des jeunes, cette interdiction sexuelle d’avant l’âge de seize ans n’est-elle pas dépassée ?

— Je suis très consciente du fait qu’aujourd’hui les adolescents — et même les enfants — sont soumis à une intense stimulation sexuelle à travers leurs ordinateurs et autres portables. Je crois qu’il faut éduquer les jeunes à une sexualité responsable. Si la loi interdit d’avoir des relations sexuelles avant 16 oui 18 ans, il faut respecter cette loi. Il faut éduquer les garçons et leur faire comprendre qu’avec ou sans consentement, une relation sexuelle avec une fille de moins de 16 ans est un délit puni par la loi.

8 juillet 2018

Reza Uteem, député et nouveau président du MMM

— Depuis l’élection à Belle-Rose/Quatre-Bornes, le MMM occupe la une de l’actualité avec ses problèmes internes. On a eu droit à la remise en cause du choix de la candidate à cette partielle, la contestation de la direction par Steve Obeegado— et ses amis, les expulsions, les menaces, etc. On dirait que la cuisine du MMM est moins bien tenue que celle du MSM !

— Absolument pas ! Au MMM, il existe une culture du débat et tout un chacun peut s’exprimer librement dans les instances du parti. Cela fait dix ans que je suis au MMM et je peux vous dire que j’ai assisté à des échanges violents, notamment au moment des alliances politiques et de la mise en place des stratégies. Ce qui a changé, c’est qu’autrefois la discipline du parti était respectée. Une fois une décision prise après des confrontations débouchant sur un consensus, personne n’allait dans la presse ou les radios pour prendre position contre cette décision. Cette discipline n’est plus respectée depuis les débats autour de l’alliance MM-PTr de 2014, les différentes cassures, le départ des transfuges, et la contestation d’Obeegado— et de ses amis. Tout cela influe négativement sur l’image du parti.

22 juillet 2018

Roubina Jadoo-Jaubouccus, ministre de l’Egalité des genres

— Vous parlez souvent du Children’s Bill à venir. Est-ce que cette loi, que l’on promet depuis des années, contiendra des recettes miracles pour régler tous les problèmes des enfants mauriciens ?

— Je l’ai déjà dit, le Children’s Bill ne sera pas une baguette magique. Il contiendra beaucoup de solutions aux problèmes des enfants, mais ce ne sera pas la panacée. C’est une loi complexe qui nous concerne tous et qui concerne plusieurs ministères puisqu’il traite du bien-être de la famille ainsi que du développement et de la protection des enfants, entre autres. Des comités interministériels travaillent déjà sur des rapports et des propositions qui devront faire partie du projet de loi. Il faut que chaque ministère donne son avis sur des questions précises avant que toutes les propositions soient résumées en termes légaux. Mais il n’y a pas que les ministères, des groupes religieux et socioculturels, des associations et des ONG, bref, de représentants de la société civile ont été invités à réfléchir et à faire parvenir leurs propositions. Le Children’s Bill sera possiblement présenté au Parlement cette année. C’est un projet de loi complexe puisque concernant des activités et des services de plusieurs ministères et institutions. Je ne peux pas répondre sur le long temps que ce projet de loi a pris, mais je peux vous dire que nous faisons tout pour qu’il soit présenté dans les meilleurs délais. La plupart des recommandations faites, il y a des années, sont aujourd’hui dépassées et nous devons pratiquement recommencer les consultations, car, entre-temps, les choses, les gens, les attentes et les demandes ont changé.

12 juillet 2018

Mme Maya Hanoomanjee, Speaker du Parlement

— Qu’est-ce qui a donc changé entre la dernière législature et celle-ci ?

— Je pense que c’est une question d’attitude et de mentalité. Qui est le député qui ne sait pas que quand le Speaker se met debout tous les parlementaires doivent s’asseoir ? Les vétérans du Parlement qui ont été Premier ministre, ministre, Speaker, députés, ou récemment Deputy Speaker, comme M. Adrien Duval, ne le savent-ils pas ? Pourquoi ne respectent-ils pas cette règle de base du Parlement, dont ils disent vouloir rétablir la crédibilité ? Allez leur poser la question.

— Ils disent que vous êtes beaucoup plus sévère pour l’opposition que vous ne l’êtes avec les membres de la majorité.

— Je les mets au défi de venir prouver par des faits établis ces fausses accusations. Tous les travaux du Parlement sont enregistrés et archivés et je leur demande donc de venir démontrer mon supposé parti-pris. D’ailleurs, je vous rappelle que l’opposition avait déposé une motion de blâme contre moi et que ses auteurs n’ont même pas pu la soutenir et la faire voter. Ils veulent créer la perception que je suis de parti-pris, que je ne maîtrise pas les standings orders, mais ils ne peuvent le démontrer. Le niveau du Parlement ne dépend pas que du Speaker, mais aussi et surtout des parlementaires, et de leur comportement. Un comportement que, il faut le souligner, les Mauriciens peuvent suivre en direct à la télévision et faire leur propre jugement sur leurs élus.

— N’aidez-vous pas l’opposition dans la diffusion de cette mauvaise perception en expulsant au moins un parlementaire de l’opposition par semaine ?

— Je n’ai pas le choix et je vais être obligé de continuer, si rien ne change.

19 août 2018

Me Antoine Domingue, avocat

— Dans la mesure où la commission (*) n’a pas le pouvoir de sanctionner, la tentative de coup d’État constitutionnel, si elle était avérée, va rester impunie…

— On ne peut pas toucher à l’immunité de la présidence, mais on peut librement critiquer ses décisions. Ce qui est une punition pour ceux qui attachent de l’importance à leur image. Mais cela étant, il faut aussi réfléchir sur l’immunité et l’indépendance que la Constitution accorde au président de la République et trouver une clause de sauvegarde pour éviter les mauvaises surprises.

— Certains pensent que le gouvernement a peur que l’ex-présidente n’en dise trop dans ses prochaines dépositions…

— Je ne le crois pas. Que pourrait-elle dire que nous ne sachions déjà ? Souvenez-vous, elle avait annoncé une conférence de presse pour le lendemain de sa démission et celle-ci n’a jamais eu lieu. Et aujourd’hui, elle viendrait dire encore qu’on l’a laissé tomber ? Vu son comportement et ses déclarations lors des événements, est-ce qu’elle méritait qu’on la soutienne ?

— On dirait que l’ex-présidente ne trouve pas grâce à vos yeux ?

— C’est le cas. C’est quand même une personne qui a dévalué, au niveau international, l’image de marque de la plus haute institution de notre pays ! Et en plus, après avoir été obligée de démissionner, elle part avec une retraite plus que dorée, payée des fonds publics. Comme les Mauriciens, je ne comprends pas comment une personne qui démissionne de la présidence, dans les conditions que l’on sait, puisse bénéficier de bénéfices importants tournant autour de Rs 300 000 mensuellement ! Une personne ayant le sens de l’État, et surtout de l’honneur, aurait refusé cette retraite dorée et ses avantages…

(*) nommée pour enquêter sur les circonstances ayant conduit à la démission forcée de l’ex-présidente de la République.

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26 août 2018

Me Yousouf Mohamed, avocat

— Savez-vous que beaucoup s’étonnent, se disent même choqués, que vous ayez, cette semaine, déposé devant la commission d’enquête (sur l’ex-présidente) en violant la confidentialité des échanges entre un client et son avocat ?

— L’ex-présidente avait déjà révélé à la commission la teneur de nos conversations. Avant, elle avait déjà nommé une commission d’enquête en refusant de suivre mes conseils. C’est elle qui a violé la confidentialité de nos échanges…

O…mais en tant qu’avocat, vous n’êtes pas lié par la clause de confidentialité même si un ex-client décide de parler ?

— Si l’ex-client parle sans faire quoi que ce soit la confidentialité existe. Mais si le client ne suit pas les conseils de son avocat puis rend publiques ses conversations, la clause de confidentialité ne tient plus.

2 septembre, 2018

Le cardinal Maurice Piat

— Si je reprends les thèmes abordés depuis le début de cette interview, je pourrais dire que la société mauricienne est bien malade.

— Oui, on pourrait le dire. Mais, en même temps, heureusement, il y a des Mauriciens qui disent et font des choses bien. Et, malheureusement, on en parle peu. Il faudrait donner priorité à toutes les choses positives que font la société civile et les citoyens de Maurice. Il faut aller chercher ceux qui font des choses valables au lieu de se cantonner dans le sensationnalisme. Certains journaux le font, mais pas suffisamment.

— Nous venons de célébrer le cinquantième anniversaire de l’Indépendance. Un rapide bilan ?

— C’est vrai que nous avons fait du progrès depuis l’Indépendance et que nous avons des raisons d’être fiers en nous regardant dans la glace. Mais Maurice a deux taches dans son histoire : les Chagos et le Best Loser System. Comme tous les Mauriciens, je vais suivre ce qui va se passer à La Haye la semaine prochaine. Les Chagos c’est une cause qui unit tous les Mauriciens en dépit de leurs différences, donc le vivre-ensemble est possible. On a été obligés au moment de l’Indépendance d’instituer le Best Loser System pour calmer certaines peurs et le manque de confiance dans les autres. Mais on ne fait pas une Constitution pour ces raisons-là. Il faut qu’aujourd’hui quelqu’un du pouvoir se lève et demande d’éliminer ce Best Loser System de la Constitution. Ce sera un très grand pas pour le pays et ses habitants.

— Vous voyez un de nos politiciens, élus selon le système électoral en cours, faire cette déclaration ?

— C’est une question qui se pose à toutes les personnes qui ont des responsabilités à Maurice, que ce soit dans la politique, les affaires ou la société civile. Il faut dénoncer ce système qui provoque une situation qui n’est pas saine pour le pays

16 septembre 2018

Le chef inspecteur Boojhawon, président de la Police Officers Solidarity Union

— Est-ce que pour vous, le problème principal de la police mauricienne est son Commissaire ?

— Le Commissaire de police doit agir comme un papa dans une famille. Il doit veiller à ce que tout se passe bien dans sa maison, doit être au courant de ce que font ses enfants et régler leurs problèmes. Le Commissaire a les moyens de savoir qui sont les officiers qui ne font pas honneur à leur uniforme. Il peut les appeler pour leur donner des avertissements ou même les renvoyer de la force en utilisant les pouvoirs dont il dispose et en respectant les règlements. Il ne le fait alors que dans son entourage, des officiers – des Divisionnal Commanders – sont en train de faillir à leur tâche, sont en train de « faner ». Je vous donne un exemple : dans le Sud, un ACP avait fait transférer une policière qui avait pris en contravention un président de Conseil de village. Cette affaire est arrivée au Parlement où le ministre Mentor a déclaré qu’il s’agissait d’un transfert punitif, a demandé qu’une enquête soit ouverte et que des actions soient prises contre le responsable. Quelques jours après, le Commissaire a déclaré qu’il n’y avait pas de transfert punitif dans la police ! Deux mois après, rien n’a été fait, on ne sait où en est l’enquête et le responsable n’a rien eu. Si un policier prend une mauvaise décision, il est puni sur-le-champ et transféré immédiatement, mais quand c’est un haut gradé qui fait une erreur, le Commissaire de police ferme les yeux. Autre exemple : une policière a porté plainte pour harcèlement contre un ACP. Le cas a été envoyé au DPP qui a préconisé que des actions disciplinaires soient prises contre cet officier, mais le dossier a été rangé dans un tiroir. Quand le syndicat a soulevé un tollé, savez-vous ce que le Commissaire a fait : il a transféré l’ACP puis, après une question parlementaire, il a accepté que l’ACP prenne sa retraite en catimini, sans qu’aucune action disciplinaire ne soit prise contre lui. Il y a plusieurs cas comme ça dans la police, surtout au niveau des hauts gradés Et vous voulez que le moral des simples policiers soit bon ?

11 novembre 2018

Me Hervé Duval, président du Bar Council

— Votre mandat se termine en janvier de l’année prochaine. Et si cette initiative (le concept du 3 I) sur laquelle le BC a tout misé pour remettre de l’ordre dans l’association ne fonctionnait pas, si elle n’était pas suivie ?

— Certains m’ont dit qu’il fallait que l’équipe en place reste pour un deuxième mandat pour faire fonctionner l’initiative. C’est une erreur. S’il faut que l’équipe qui a présenté l’initiative reste une année de plus pour la défendre, c’est que nous aurions raté notre cible. Nous sommes satisfaits d’avoir fait ce que nous avions promis de faire. Nous ne savons pas encore si notre objectif sera atteint, mais en tout cas nous aurons essayé, parce qu’en tant qu’avocats, « we cannot afford t— let the profession g— t— the dogs. » Et le Bar Council est déterminé à faire aboutir le projet, car nous savons que la majorité des Law Officers se considèrent des avocats avant tout, qu’ils ont la même volonté d’affirmer leur indépendance et le même désir que les avocats du privé quand il s’agit pour la profession de retrouver ses lettres de noblesse, et que de nouveau la profession d’avocat fasse rêver plein d’idéalistes.

— Nous allons conclure cette interview en disant que le monde appartient à ceux qui rêvent.

— Non. Le monde appartient à ceux qui font d’un rêve un projet.

11 décembre 2018

Le Dr Ashwin Pulton, gynécologue

— Vous affirmez que Maurice fait face à un sérieux problème de baisse de natalité. Quelle est votre thèse ?

— Ce n’est pas une thèse, mais une analyse fondée sur des statistiques officielles. A l’Indépendance, l’écrivain V. S. Naipaul avait décrété qu’à cause de sa surpopulation, Maurice était un « overcrowded barracoon ». Du coup, après l’Indépendance, pour faire face à cette surpopulation, les autorités mauriciennes ont mis en place deux politiques. La première : le Family Planning qui a connu un très grand succès et dont la réussite est, depuis, citée comme exemple dans tous les congrès internationaux de natalité. La deuxième : l’émigration des Mauriciens vers des pays comme l’Australie et la France principalement sous l’impulsion de Sir Gaëtan Duval, quand il entra au gouvernement après l’Indépendance. Le problème c’est que cinquante ans plus tard, le Family Planning a été un tel succès que nous sommes passés d’un taux de fécondité de 4.7 à l’Indépendance à un taux de 1.3 actuellement. Il faut savoir que pour renouveler une population, un taux de fécondité de 2.1 est nécessaire. Cela signifie que si l’on continue ainsi, si aucune mesure appropriée n’est prise, le Mauricien, tel qu’on le connaît aujourd’hui, est une espèce en voie de disparition. Un des sujets qui focalise l’attention des Mauriciens en ce moment, dans le cadre des débats autour de la réforme de la Constitution, est le recensement ethnique. Et si on n’arrive pas à augmenter le taux de fécondité à Maurice, bientôt le recensement lui-même n’aura plus lieu d’être !

30 décembre 2018

M. Paramasivum Pillay Vyapoory : président p. i de la République

— Qu’est-ce qu’il faut vous souhaiter personnellement pour 2019 : la fin de la période d’intérim, qui dure depuis neuf mois ou la nomination comme président de la République ?

— Cela relève, je vous le répète, de la prérogative du Premier ministre, du Cabinet, puis de l’Assemblée législative. Je ne sais pas quelles sont les intentions des décideurs, mais je pense que faire perdurer l’intérim pendant encore une année n’est pas une chose à souhaiter pour le pays.