L’on parle, ces derniers temps, de renouveau politique, de sang neuf dans des partis dits « traditionnels », suivant ainsi une tendance mondiale, qui semble vouloir redonner à la jeunesse la possibilité de dessiner elle-même sa vie future. Cependant, combien de ces jeunes politiques parviennent à gravir les échelons, ou du moins à aspirer exister aux côtés de leurs « leaders » ? A Maurice, bien que de plus en plus présents ces derniers temps, entre ceux qui tentent la nouveauté et ceux qui intègrent les partis « mainstream », ces jeunes sont, soit discrets, soit réduits au silence. Attendent-ils patiemment leur tour ou au contraire rongent-ils leurs freins  ? Week-End a contacté quelques-uns de ces jeunes ou « nouveaux ». Certains ont joué la carte de la transparence, d’autres ont réclamé l’anonymat, et surprise, quelques-uns ont préféré, pour l’heure, se taire.

Du sang neuf, oui, des idées nouvelles, un peu moins. Avec la passion qui leur est propre, les jeunes sont nombreux à rejoindre les rangs des partis politiques dits « traditionnels ». Et ce, dans l’espoir de changer le monde… Cependant, les choses ne se passent jamais comme dans les films, et bien souvent, ces jeunes recrues se retrouvent dans les derniers rangs. Et ils réalisent que lorsqu’on décide d’intégrer un parti déjà établi avec un système hiérarchique bien précis, le petit nouveau a bien souvent du mal à sortir la tête de l’eau. Sur ce point-là, nos jeunes politiciens, indistinctement de leur allégeance politique, « agree to disagree ».

Joanna Bérenger, Shakeel Mohamed, Yannick Cornet et Jean-François Leckning sont unanimes : la politique, cela s’apprend. Il y a d’abord une phase d’adaptation et d’apprentissage, expliquent-ils. Une phase qui peut durer une vie entière pour certains, sauf si l’on parvient à se démarquer. Pour Joanna Bérenger, du MMM, entrer en politique était une évidence, voire une nécessité. Très réceptive, elle explique que le MMM reste ouvert aux jeunes. « Le MMM n’a pas été au gouvernement depuis 2005 et, depuis, la situation dans le pays n’a cessé de se dégrader, en voyant s’enchaîner un après l’autre les gouvernements Ramgoolam, Jugnauth et Duval. En 2010, et malgré mon jeune âge, je dressais un constat déjà accablant et je ne voulais pas que mes futurs enfants grandissent dans un contexte aussi malsain. J’avais deux options : rester les bras croisés et continuer de me plaindre ou m’engager aussitôt que possible pour apporter ma contribution et essayer de faire changer les choses. J’ai choisi la deuxième. Le MMM étant le parti qui représentait le mieux les valeurs en lesquelles je crois, un parti s’inspirant du socialisme, de la gauche humaniste, démocratique et progressiste, il était naturel que je m’investisse à travers lui », dit-elle.

Yannick Cornet, membre du PMSD, âgé de 36 ans, s’est lui aussi mis à la politique, guidé par cette même envie de changer les choses. Il explique qu’ainsi, il a pu ramener le débat énergétique et écologique sur la sellette politique. « La seule façon de faire connaître le problème de CT Power, c’était le combat politique », dit-il. Un besoin de s’exprimer, et surtout de se faire entendre, quasi symptomatique chez les jeunes politiciens, quitte à s’embrouiller et à « clasher ».

En dépit de sa « jeunesse » bien entamée, mais peu visible, Shakeel Mohamed est le chef de file des Rouges au Parlement. Un choix imposé au parti par le résultat électoral. Il fait ressortir que depuis 2014, des changements ont eu lieu au sein du PTr, qui travaille sur une nouvelle Constitution du parti, et également sur une autre façon de faire de la politique pour que véritablement la méritocratie prime à Maurice. Pour lui, « avoir des divergences d’opinion n’est pas néfaste. Ce sont des ‘clashes’ d’idées, mais pas de personnalités. Et même si je n’hésite pas à dire ce que je pense, le leader Navin Ramgoolam a un grand respect pour moi. C’est cela la démocratie ».

« Nous avons tout intérêt à écouter ce que les jeunes ont à exprimer »
Se faire entendre et se faire écouter, tel est le challenge des nouvelles têtes. Au sein du MMM, les opinions convergent et divergent. Si Joanna Bérenger est d’accord sur le fait qu’il est, en effet, difficile en tant que jeune de se faire écouter, elle ajoute que rien n’est impossible et qu’il faut persévérer. « En général, c’est souvent plus difficile de se faire entendre quand on est jeune, parce qu’on n’a pas l’expérience des aînés. Mais nous avons tout intérêt à écouter ce que les jeunes ont à exprimer, non seulement parce qu’ils représentent une grosse tranche de notre population, mais aussi le futur de notre pays. Au parti, on est pour l’égalité : la parole des jeunes a le même poids que celle des autres. La même considération est donnée à nos suggestions, critiques ou commentaires. Et c’est ce qu’on voudrait voir dans notre société », dit-elle.

Même son de cloche du côté du PMSD. Yannick Cornet affirme, « on m’a donné la chance de m’exprimer. En vérité, les jeunes ont la perception que les partis politiques sont un groupe de personnes qui ont la mainmise sur tout. Il faut changer cela. Les jeunes ont une vision utopique des choses. On arrive à se faire entendre au PMSD. D’ailleurs, je suis entré au Bureau politique en 2015. L’on sent que nos idées sont écoutées ».

Gravir les échelons, intégrer le Bureau politique n’est pas une mince affaire, mais un véritable parcours du combattant. C’est ce qu’ils affirment tous. Néanmoins, la politique intéresse encore les jeunes quoiqu’on en dise. C’est du moins ce qu’estime Joanna Bérenger. « Au MMM, nous avons une aile jeune très dynamique dont le président participe activement au Bureau politique. A travers cette instance, nous avons l’occasion de nous exprimer sur tous les sujets que nous souhaitons. Depuis 2015, nous appliquons la parité : chaque régionale ayant un représentant du sexe féminin ainsi qu’un représentant du sexe masculin dans l’aile jeune nationale qui choisit par la suite leurs représentants au Comité central. En dehors de ça, nous avons aussi vu l’émergence de plusieurs jeunes à l’élection récente du nouveau Bureau politique, tels que Yannick Catherine, Nitin Jeeha, Kheshaw Jhummun, Neera Seebarun, Hurmila Routho. Cette dernière a d’ailleurs été nommée secrétaire générale adjointe et responsable des réseaux sociaux. C’est là une preuve de la crédibilité accordée aux jeunes dans le parti. Nous avions aussi proposé beaucoup de jeunes candidats pour les municipales de 2015 et nous en proposerons tout autant aux prochaines élections générales de 2019. Les jeunes ont donc leur place au MMM, et j’invite, par ailleurs, ceux qui sont intéressés à nous rejoindre dans notre lutte à prendre contact avec nous, c’est avec plaisir que nous les accueillerons », dit-elle.

Une envie de renouveau
Un droit à la parole visible sur les réseaux sociaux. Un petit pas, certes, mais un grand pas pour ces jeunes politiques qui essaient de se faire comprendre. En effet, tous les partis politiques ont désormais une page Facebook. Yannick Cornet souligne que le PTr et le MMM ont aussi cette même vision. « Les choses changent. Par exemple, il y a quatre ans, les partis politiques n’avaient pas de pages Facebook. D’après vous, comment se sont-ils mis à la page ? Ils ont dû évidemment écouter des jeunes et se sont adaptés. C’est ainsi que l’on fait avancer les choses. La politique ne concerne qu’un certain groupe d’âge. Il faut savoir oser », dit-il.

Shakeel Mohamed est, pour sa part, catégorique et affirme que le PTr a su évoluer au fil des décennies. Et aujourd’hui encore, dit-il, témoin de la « cuisine » du PTr depuis 2005, cette évolution continue de façon positive. Quant à la place des jeunes dans ce parti, il se réfère aux élus de l’Assemblée nationale où siègent, « 90 % des jeunes », qui n’hésitent pas à exprimer leur point de vue. A l’intérieur du Bureau politique, confie-t-il, « ça chauffe, il y a des clashes d’idées ». Cependant, tout cela est une bonne chose qui fait évoluer le parti, estime-t-il, « les différents points de vue sont tolérés et acceptés par le parti, et par le leader ». Le député rouge, qui a également fait partie du MSM à ses débuts en politique, compare les deux partis : « Si le MSM est le plus jeune parti du mainstream, ce parti agit de façon vieillotte. » Il ne mâche pas ses mots quant à la « cuisine interne » du MSM.

« D’un côté, il y a la nomenclature avec la vieille garde MSM, dont Showkutally Soodhun, Bodha, etc., gravitant autour de Sir Anerood Jugnauth. Et, de l’autre, il y a la cuisine moderne du jeune leader Pravind Jugnauth qui fonctionne cependant comme la cuisine de SAJ, avec des jeunes autour de leur leader, qui n’ont toutefois pas voix au chapitre », avance-t-il.

Un jeune politicien, membre de la majorité gouvernementale, qui a goûté à plusieurs « cuisines », a préféré s’exprimer sous le couvert de l’anonymat. Il connaît mieux que quiconque les défis que les jeunes ont à relever, mais garde espoir. « Bien qu’il existe des ailes jeunes, etc., les jeunes n’ont pas vraiment la possibilité de s’exprimer au sein des partis traditionnels à Maurice. Dans ces partis, il y existe un semblant de démocratie », explique-t-il. Il cite le PTr où « l’exécutif est nommé par le leader qui décide qui il veut prendre avec lui ! Est-ce cela, la démocratie ? Alors que d’autres personnes, dont des jeunes, peuvent avoir des idées et une manière différentes de gérer pour redorer le blason du parti dans l’intérêt de la population… »

Notre parlementaire, politicien aguerri, regrette que les partis traditionnels n’accordent pas de véritable espace et de plate-forme aux jeunes pour exister et s’exprimer, sauf peut-être pour le Mouvement patriotique. Selon lui, « le système de démocratie » prôné par ces partis est tel que les jeunes qui les intègrent ne peuvent émerger. « Ils n’ont pas droit à la parole, car la parole, le pouvoir sont accaparés par une certaine clique qui croit qu’elle sera là tout le temps », dit-il. Cela engendre des frustrations naturellement, d’où la raison pour laquelle, ajoute-t-il, les jeunes en général ne s’intéressent plus à la politique.
Ce député déplore aussi le manque de renouvellement au sein des partis. Selon lui, le MMM est « le best among the worst. Même si ce n’est pas parfait, ce parti organise et tient des élections. Ce qui démontre un certain effort de démocratie ». C’est pourquoi, affirme-t-il, il y a autant d’indécis parmi les votants, et la partielle de Quatre-Bornes vient de le démontrer. « Il n’y a pas eu de participation des jeunes, car ils ne se retrouvent pas dans les partis traditionnels », dit-il. Il se dit déçu qu’aujourd’hui, au lieu de véhiculer des idéologies, et d’apporter des changements, la politique se résume à une affaire de cliques, de familles, et à de la concurrence entre les partis.

L’optimisme reste cependant de mise, car malgré un environnement hostile, il y a une poignée de jeunes qui continue de s’intéresser à la politique, « mais ces jeunes, qui ont des idées neuves, une idéologie, veulent se faire entendre, brûlent de passer à l’action. Ils ne veulent pas suivre ce système de “Oui, oui, oui” prôné par les partis traditionnels ». Eux tentent «l’aventure de la création de nouveaux partis avec tous les macadams que cela comporte aujourd’hui ! »

Et l’avenir ?
Sont-ils, donc, voués au silence, voire à l’oubli ? « Les Mauriciens ne vont pas faire confiance à un parti nouveau, qui n’a pas d’histoire. Alors, que faisons-nous ? On se cache ou on intègre un parti traditionnel ? » relève Yannick Cornet. Shakeel Mohamed garde, lui, espoir. S’il devait recommander aux jeunes qui souhaitent faire de la politique quel parti intégré, il leur dirait : « Regardez ce qui se passe à l’Assemblée nationale. Voyez le ‘frontbench’, et observez vos représentants, qu’ils soient au gouvernement ou dans l’opposition. Et dites-vous quel parti compte des personnalités, qu’ils soient jeunes ou vieux, qui peuvent faire la fierté et l’avenir de Maurice ». Pour le député rouge, le plus important lorsqu’on veut faire de la politique, c’est de croire dans son pays. « Il faut avoir une vision et ce n’est pas nécessaire de suivre à la lettre les directives d’un parti, mais collaborer pour faire avancer le pays. C’est à travers les discussions, et même les différences idéologiques, que l’on peut évoluer », dit-il.

Jean-François Leckning : « Ce qu’on attend de nous, c’est de distribuer des roses pour la Saint-Valentin »

C’est avec en tête des rêves et des idées que Jean-François Leckning s’est s’engagé politiquement. Lui qui, par hérédité, aurait dû choisir le PMSD, son père Cyril ayant été membre de ce parti, a décidé d’intégrer le MMM. « J’ai voulu faire le pas, parce que je crois que nous pouvons changer les choses. L’opinion publique s’est posé beaucoup de questions sur la façon dont on fait de la politique et moi je partais du principe que je pouvais changer certaines choses, bien sûr pas seul, mais en équipe, au sein d’un parti », dit-il.

Il est connu pour avoir la langue bien pendue et pour ses prises de position radicales sur les réseaux sociaux. Cependant, depuis son adhésion au MMM, l’an dernier, Jean-François Leckning s’est tu. S’il confie que ce choix est, avant tout, une question de discipline, il avoue aussi qu’il n’a pas eu de « forum » pour s’exprimer. « J’avais surtout l’ambition d’être un maillon dans le projet de reconstruction du MMM. A 44 ans, je pense avoir fait mes preuves, mais il se trouve que le MMM est prisonnier de son extrême démocratie. Par exemple, lorsque j’adhère à la régionale 18, ça s’arrête là. Je ne peux pas prétendre arriver au Comité central. Raison pour laquelle je ne me suis pas présenté aux élections, après avoir consulté Paul Bérenger, lui-même. Je savais que je n’allais pas me faire élire. C’est vraiment une vieille école de pensée, les gens ne veulent pas quelqu’un de nouveau, car quand ils voient une nouvelle tête, ils ont des doutes », explique-t-il.

Après près d’une année au sein du parti, Jean-François Leckning ne cache pas sa déception, voire sa désillusion, en tant que jeune politicien. « A l’époque, on m’a vendu un projet vers la reconsolidation du MMM. La personne qui m’avait abordé m’avait fait comprendre que l’avenir du parti passait par l’arrivée de nouvelles têtes. Malheureusement, en réalité, les choses ne sont pas ainsi, et ce malgré ma profonde admiration pour Paul Bérenger. Les jeunes ne sont pas utilisés à leur juste valeur. J’ai l’impression que l’on souhaite que les jeunes professionnels intègrent une régionale, et pas plus. Du moins dans un premier temps. On ne fait pas de la politique et cela est très frustrant. Ce qu’on attend de nous, au sein des régionales, c’est de distribuer des roses pour la Saint-Valentin, d’aller organiser des pique-niques, ou de mobiliser des gens pour un congrès. »

Il poursuit : « On ne peut pas faire avancer les choses. J’ai des idées précises et j’aimerais contribuer au débat, par exemple il est évident que les campagnes tapageuses ne passent pas. Il y a une nouvelle génération de Mauriciens qui ne s’identifient plus à cette méthode et elle la condamne ouvertement. On a changé d’époque et il faut pouvoir changer cette école. Il est donc urgent que le MMM revoie sa façon de communiquer. Je l’ai dit, hors des structures : l’on devait stopper cette méthode de conférence de presse tous les samedis, avec un seul orateur. Sauf que je n’ai pas eu le forum », explique-t-il.

Jean-François Leckning garde espoir et l’envie de voir pousser de nouvelles têtes. « Je suis juste un membre inactif et inutile. Mais je pense sincèrement que Paul Bérenger est la personne qui peut contribuer à faire avancer Maurice, malgré son âge. Il a encore de l’énergie et de la matière grise. Je n’ai rien contre l’homme, mais ce n’est pas l’homme qui fait le parti », dit-il.

Yuvan Beejadhur : « Il n’y a pas de sauveur suprême. Ça, c’est du marketing politique »

Yuvan Beejadhur s’est fait connaître lors de la récente partielle dans un nouveau parti qui a déjà disparu. Plein d’idées, il croit au changement. Avec son nouveau parti EnForce Maurice ! il veut montrer que la politique n’est pas la chasse gardée d’un certain groupe de personnes. Il répond à nos questions.

Quelles ont été vos motivations premières pour entrer en politique ?
La raison est très simple : c’est la volonté de prendre en main nous-mêmes notre destin. Il ne suffit pas de dire : je suis pour la méritocratie, pour une vie meilleure, pour une île Maurice meilleure, pour plus de justice, moins d’inégalités, ou même simplement plus de paix, plus de tranquillité ou que notre élu nous aidera. Il ne suffit pas de le dire, il faut le faire, le mettre en œuvre.

En tant que jeune, sentez-vous que vous êtes écouté ?
Ce plafond de verre auquel nous, jeunes politiciens, nous nous heurtons, il faut le faire sauter. Pas par goût du dégagisme ou du jeunisme, ça, je n’y crois pas. Nous devons le faire sauter parce qu’il est le principal obstacle à une plus grande transparence de la vie publique, à la confiance retrouvée entre les Mauriciens et leurs représentants. Il est le principal obstacle à une île Maurice qui avance. Nous devons aider nos jeunes à faire face à leurs craintes et à atteindre leurs objectifs, que ce soit pour créer une entreprise ou étudier à l’étranger. Nos enfants veulent une nouvelle façon d’être gouvernés avec une éthique plus forte et, surtout, des résultats rapides. Ils veulent prendre leurs propres décisions. Les politiciens traditionnels sont devenus un turn-off et ne donnent clairement aucune place aux jeunes. Il incombe à la fois aux anciens partis et aux nouveaux groupes de lancer un dialogue intergénérationnel pour que le flambeau puisse se passer sans heurts. C’est un domaine sur lequel nous nous concentrons chez EnForce Maurice !

Pourquoi, selon vous, de nombreux jeunes ont des difficultés à s’imposer dans les partis dits traditionnels ?
Le culte de personnalités fortes et le népotisme prévalent, combinés à une hiérarchie abrupte, où les jeunes politiciens sont sans voix et finissent par faire le sale boulot. Avoir la possibilité de briller quand vous êtes jeune, sans que les autres essaient de vous abattre, n’a pas toujours été possible dans ces partis, à moins, bien entendu, que votre père soit le leader. On aura besoin d’une révolution politique avec de nouveaux cadres, du sang neuf et de nouvelles méthodes de fonctionnement, avec zéro tolérance pour la corruption, le castéisme, le communalisme, le copinage et le népotisme. D’autre part, les jeunes doivent faire leurs preuves, mais c’est triste que tout le monde veut être numéro 1 à tout prix.

Pourquoi n’avoir pas intégré aucun parti jusqu’ici ?
Parce que je crois nécessaire une différente et profonde métamorphose de la représentation politique. Contrairement à ce que veulent faire croire nos politiciens d’aujourd’hui, il n’y a pas de sauveur suprême. Ça, c’est du marketing politique, c’est mentir à nos concitoyens. En revanche, nous pouvons apporter notre part d’imagination, de temps, d’attention, de liens pour inventer les outils et les comportements qui feront vivre la démocratie de demain. Plutôt que penser le pouvoir comme celui de « dominer l’adversaire » ou comme celui de « s’opposer pour s’opposer », je veux mettre l’accent sur le pouvoir de créer, d’avancer, d’aider, de soigner, de progresser, d’aimer, de se cultiver, d’imaginer

Ramgoolam, Jugnauth, Berenger, Duval : Maurice a pris l’habitude de faire rimer démocratie avec dynastie. SAJ a été élu la première fois (1982), à peu de chose près, en même temps que Ronald Reagan (1981). Imagine-t-on Ronald Reagan, en 2018, ministre mentor de son fils ? Le drame, c’est que cela conduit à l’inertie. Moi, je crois à la biodiversité politique. Je crois que c’est une richesse.

Y a-t-il un parti traditionnel qui représenterait quelque part vos idéologies ?
Malgré tous ces obstacles, tous les partis traditionnels ont contribué à la nation. Certaines décisions ont été prises pour le plus grand bien et d’autres moins. Le PTr reste le plus grand parti de notre pays. Le leadership et certaines décisions du Dr Ramgoolam et de ses pairs ont été déterminants pour notre pays. Mais aujourd’hui, les partis traditionnels nécessitent de se réinventer sérieusement et apporter des changements s’ils veulent survivre à la nouvelle vague.