Les larmes de CAP-MALHEUREUX

Comment énumérer tous les maux de ce pauvre village qui, sous son image de carte postale, présente des aspects moins reluisants.
Les petits habitants du lagon, tek-tek, maman tek-tek, hache d’armes, bambaras, bebet di vin, crabes, crevettes etc. ont depuis longtemps disparu, chassés par la pollution. Si une bonne partie des pêcheurs est respectueuse de l’environnement, l’autre partie n’hésite pas à faire des vidanges de moteur directement dans la mer, ou à enterrer dans le sable les huiles de vidange.
On peut tous les week-ends, remplir, en marchant sur la plage de 200m de long, deux gros sacs-poubelle de 100 litres, avec des sacs en plastique, des bouteilles, des polystyrènes de "take-away" etc.
Qui plus est, des « discothèques » sauvages s’installent quelquefois en toute illégalité près de la chapelle et bombardent les habitants de décibels jusqu’à 6 ou 7 heures du matin sans que les nombreux appels à la police n’aient un effet quelconque.
Un des pires fléaux du village est sans aucun doute le bruit des motards qui font pétarader illégalement leurs échappements libres à toute heure du jour ou de la nuit. Malgré des courriers envoyés aux autorités et les nombreux coups de fil à la police, rien n’y fait ! C'est tous les jours le même cirque. Un habitant a même été menacé de mort récemment par un motard à qui il avait demandé de ne pas faire de bruit à cause des enfants qui dorment.
Un terrain de foot au cœur d'un quartier résidentiel, officie de manière arbitraire jusqu'à 21 heures tous les soirs au grand dam des riverains abreuvés de cris et de hurlements.
Le village voisin de Pavillon est, lui, un haut lieu de la drogue synthétique. Les 'pensionnaires' d’un centre de redressement pour mineurs « font le mur » régulièrement et sèment parfois le trouble aux alentours. Ce centre est entouré de barbelés, sauf sur la porte d’entrée non gardée !
Le pauvre cimetière quant à lui a failli être encore une fois un peu plus défiguré quand le District Council, sans consultation aucune avec les habitants, avait commencé la construction d’un mur en bloc avec grillage et poteaux en tuyaux galvanisés. De justesse, un groupe d’habitants du quartier a pris les choses en main et c’est maintenant un muret décoré de bois qui borde le cimetière côté route. Mais trop tard pour les arbres qui étaient sur le passage du mur : tous déracinés. Le cimetière est mal entretenu et certaines tombes sont souillées par des pratiquants de magie noire et bien sûr que la police ne fait rien.
Qui plus est, une jeune touriste allemande de 20 ans se fait violer devant le cimetière. Son agresseur écope de 12 mois de prison ! Imaginez sa détresse, celle de ses parents. Et imaginez la bonne image qu’on envoie de notre pays avec une sentence aussi légère.
Les vols avec effraction sont légion, presque journaliers dans le village et dans la région. Une jeune fille se fait menacer dans sa chambre par un intrus muni d’une arme. Si la Police attrape un voleur sur vingt, c’est beaucoup.
Des touristes se glissent dans l’église lors de mariages et enterrements pour faire des photos.
En fait, le village a perdu son âme quand la « boutique sinoi » a fermé ses portes. Son âme s’en est allée quand les vieux du village ne sont plus venus « koz koze sous la varangue ». Cette boutique, probablement une des plus pittoresques de l’île avec son toit en tôle et son « Phœnix » peint dessus, était la vieille complice de l’église. Elles faisaient la beauté même du village. Elle est maintenant abandonnée, pillée, livrée aux mains des promoteurs. Elle sera peut-être démolie, déplacée, transformée en je ne sais quoi. Et quand elle ne sera plus là, on criera au scandale : « Ayo bonhomme, c’était tellement joli cette boutique-là ! Dommage hein.» Mais il sera trop tard. S'il y a une boutique à sauver et réhabiliter sur l’île c’est bien celle-là !
En fait Cap Malheureux n’est pas seul dans son malheur ! Tellement de villages sont ainsi. Ils sont à l’image de notre pays : à la dérive, dans l’indifférence, l’incivilité et le chaos.
Et si nous devenions un pays civilisé ?