Pour marquer le centenaire de l’armistice de 1918, Christine Chompton-Ahnee et Christine Renard lancent le livre Les Mauriciens dans la Grande Guerre (1914-1918). Cet ouvrage a pour objectif de contribuer à ce que les Mauriciens qui se sont enrôlés ne tombent pas dans l’oubli. Le livre est issu d’un projet pédagogique, “L’île Maurice et la Grande Guerre”, initié en 2014 par les coauteures du livre à l’École du Centre et au Lycée La Bourdonnais. Le lancement de l’ouvrage se fera le jeudi 1er novembre à l’Institut Français de Maurice.

Christine Renard et Christine Chompton-Ahnee

“Les Mauriciens ont tendance à penser qu’il n’y a eu que la Deuxième Guerre mondiale. On a totalement oublié ceux qui se sont engagés dans la Grande Guerre”, souligne Christine Chompton-Ahnee. Pour rectifier le tir et remettre cet événement au cœur de l’histoire mauricienne, Christine Renard et elle ont eu l’idée de publier le livre Les Mauriciens dans la Grande Guerre (1914-1918). “La Mission du centenaire, qui a financé le livre, voulait aussi profiter des quatre années du centenaire pour mettre en lumière tout ce qu’on peut encore retenir de la Première guerre mondiale avant que tout cela ne tombe dans l’oubli”, disent-elles.

Les Mauriciens dans la Grande Guerre (1914-1918) est un ouvrage de 267 pages de huit chapitres présentant une chronique des événements. Sont publiés des documents inédits, des correspondances bouleversantes, notamment sur les conditions de vie dans les tranchées. Sont également incluses des photos, dont certaines inédites. Le livre comprend également un répertoire des noms des Mauriciens engagés dans les armées pendant cette guerre.

Raoul Ferrat-armée française

Projet pédagogique.

Nous y apprenons, entre autres, qu’environ 2,400 Mauriciens s’étaient engagés dans les armées alliées pendant la guerre. Parmi eux, une centaine de Rodriguais. On y apprend également que la plupart étaient volontaires et qu’ils y allaient à leurs frais, certains au front et d’autres comme travailleurs. “Mille cinq cents Mauriciens sont partis pour travailler dans la logistique. Dans les journaux, on n’en faisait pas mention. Il faut savoir que c’était une presse coloniale. Il y avait un patriotisme fort, surprenant. Il y a cent ans, c’était un prestige d’aller à la guerre pour un homme. Ceci dit, il y avait également des femmes mauriciennes qui s’étaient engagées comme infirmières.

Pour nous, cela mérite autant de respect. Notons également qu’il y avait déjà une diaspora : les Mauriciens s’engageaient dans les pays où ils se trouvaient, au Canada, en France, en Inde ou en Australie.”

René Daniel-armée sud-africaine

Pour mieux saisir la genèse de ce livre, il faut remonter à 2014. Se rencontrant cette année-là, Christine Chompton-Ahnee et Christine Renard réalisent qu’elles ne partagent pas que le même prénom mais également une passion pour l’histoire du pays. “Nous avions envie, à l’occasion du centenaire de la Grande guerre, de travailler sur l’île Maurice pendant cette guerre.” Naît alors un projet pédagogique initié à l’École du Centre et au Lycée La Bourdonnais.

De nombreuses recherches ont été nécessaires pour l’aboutissement du projet pédagogique et, par extension, de l’ouvrage. “Nous avons mis à jour, rassemblé, trouvé des documents inédits. Il était dommage de laisser tout ça retomber dans l’oubli. Nous avons donc décidé de poursuivre le travail entamé et d’écrire ce livre. Cela fait cent ans que la Première guerre est finie. Il fallait faire en sorte qu’elle ne tombe pas dans l’oubli”, confie Christine Renard.

Carte des fronts Ouest et Orient

Ne pas tomber dans l’oubli.

Les coauteures indiquent qu’elles ont glané les informations auprès de trois sources principales : les archives, les journaux de l’époque et les familles. “Nous avons consulté des coupures de journaux à la Bibliothèque nationale. La presse de l’époque était très riche en informations. Les journaux recevaient des dépêches de Reuters. Dans ces journaux, on annonçait le départ de Mauriciens qui partaient à la guerre. Il y avait également plusieurs petites brèves disant que tel Monsieur avait pris le bateau pour aller à Londres ou tel Monsieur était revenu blessé”, confie Christine Chompton-Ahnee.

Richard Rivière, observateur dans l’armée française

Les familles ont été d’une grande aide et ont accepté que de nombreuses photos soient publiées, dont certaines inédites. Elles ont été très touchées par ce projet d’ouvrage. “Nous sommes allées leur remettre une copie du livre. Elles ont l’impression qu’on redonne de la place à quelque chose qui est tombé dans l’oubli. Il faut savoir que ceux qui revenaient de la guerre n’en parlaient pas. Patrick Ferrat, dont le père avait participé à cette guerre, nous a confié qu’en lisant le livre, c’était comme si son père lui racontait ce qu’il lui avait jamais dit.

Par nos recherches, nous lui avons fait mieux connaître ce que son père avait vécu. Il nous a dit qu’il comprenait mieux aujourd’hui le silence de son père. Le centenaire de l’armistice permet une mise en lumière de différentes manières.”

Victor Momphlait, armée australienne TIF
Manuel Arpadom Antony, Mauritius Labour Battalion