Depuis le 1er juin, les chasseurs sont de nouveau sur la piste des grands gibiers. La chasse est l’une des activités humaines les plus anciennes, et la passion des chasseurs est réputée. Mais il existe des métiers autour de cette activité qui sont moins connus. C’est au cœur du Domaine Ravenales à Sébastopol que Scope retrouve Jérôme Cangy, assistant directeur du chassé, pour parler de ces hommes et femmes ayant en commun l’amour de la chasse et qui travaillent afin que les chasseurs puissent pratiquer leur activité.

Pour “être né dedans” comme le confie Jérôme Cangy, la chasse – et tout ce qui entoure cette activité – est un univers qu’il connaît et maîtrise. Elle lui permet d’allier sa passion à ses autres responsabilités en tant qu’assistant directeur du chassé Domaine Ravenales. Avant d’aborder les dispositions et rouages mis en place sur les 700 arpents de terrain situés dans les hauteurs de Sébastopol, le trentenaire confie : “À Maurice, la chasse aux cerfs et d’autres gibiers fait partie du paysage. Mais cela ne plaît pas à tout le monde. Certaines personnes restent fixées sur le fait qu’un chasseur est un criminel. En réalité, on oublie qu’un chasseur est un protecteur de la nature.”

Responsabilités partagées.

Rencontrer des chasseurs peut surprendre, impressionner ou choquer : équipements, fusils, munitions, chiens… La chasse obéit à des règles de sécurité strictes et tient un rôle très important dans la gestion de la faune et de la flore et du peuplement des bêtes sauvages.

Pour que la partie de chasse se déroule dans de bonnes conditions pendant la saison de la chasse aux cerfs, qui a lieu du 1er juin au 30 septembre, Jérôme Cangy et d’autres employés sont constamment sur le terrain. “Il y a un gros travail à faire avant et durant la saison, pendant les parties de chasse, mais aussi tout le long de l’année.” Même s’ils sont peu connus, les métiers autour de la chasse sont nombreux. À Maurice, il existe une centaine de chassés à travers l’île, dont une certaine concentration dans deux régions de l’Ouest (de Casela à Bel Ombre) et dans l’Est (de Mahébourg jusqu’à Vuillemin, en passant par Sébastopol). Le propriétaire du chassé “a toujours le dernier mot sur toutes les décisions à prendre pour le bon déroulement des opérations et des activités”. Les responsabilités sont réparties entre plusieurs employés en charge de l’administration, de l’entretien, de la surveillance des animaux présents sur le domaine et des parties de chasse.

Se retrouver en pleine nature.

Au Domaine Ravenales, Didier Rosine, le directeur du chassé, dresse et contrôle la liste des actionnaires (ceux qui payent une action pour chasser) et vérifie la validité des permis de chasse. Il doit gérer toutes les démarches administratives au niveau de la police et du département des bois et forêts, et s’occupe également du financement, des dépenses et de la paye des employés. Durant les journées de chasse, il est présent sur le terrain pour rappeler les consignes de sécurité, présenter la carte du domaine, préciser le sens de la traque. À la fin de chaque partie, ses tâches sont les suivantes : ramassage des cerfs, faire le rapport et le décompte des coups de fusils tirés.

À 35 ans, Jérôme Cangy est sur pied dès 3h du matin de Goodlands pour se rendre à Sébastopol “chaque matin, de lundi à dimanche, et quasiment toute l’année”. Son métier d’assistant directeur que lui a confié son père, Gérard Cangy, propriétaire du Domaine Ravenales, est loin d’être une contrainte : “C’est un rêve que je vis tous les jours et je me sens très chanceux de pouvoir me retrouver ainsi en pleine nature. C’est grâce à ma passion que je suis aujourd’hui à nouveau sur pied.” En effet, dans ses habits de camouflage et ses grandes bottes, impossible d’imaginer qu’une longue période de maladie l’a pratiquement paralysé et cloué au lit.

Des espèces sauvages et libres.

Depuis trois ans maintenant, il est en poste et donne les directives à son équipe de maintenance. Un travail à plein-temps pour mettre en valeur la forêt, les plantes endémiques et toutes les autres ressources environnements présentes sur le domaine afin de délimiter le territoire de chasse. Mais son rôle principal est de suivre l’évolution des animaux afin d’être en mesure d’indiquer au directeur et propriétaire du chassé le quota de gibiers à abattre. On y trouve les cerfs suivants : jeune biche (des cerfs de première année qui n’ont pas encore mis bas); daguet (mâle de première tête, qui a sorti ses deux premières petites cornes); vieille biche (qui ne peut plus faire des portées, soit vers l’âge de 8 à 10 ans); Trois cornichons (c’est-à-dire le daguet au bout de trois ans); et Trophée (gros cerfs, âgés de 10 à 15 ans).

C’est en 1992 que le domaine a été acheté. À l’époque ont été introduites une trentaine de biches et une dizaine de mâles. C’est après une période de conservation de cinq ans que les parties de chasse ont été lancées. À ce jour, la population avoisine une centaine de têtes, sans compter la présence de sangliers et de lièvres. Autant de bêtes que Jérôme Cangy a appris à côtoyer. “Dans un chassé, les cerfs évoluent dans un enclos, mais ils demeurent des espèces sauvages et libres. Ce n’est pas facile de les approcher. Sans empiéter sur leur habitat et territoire, je dois savoir m’y prendre pour surveiller chacune de leurs habitudes de vie : les coins où ils s’abritent, se nourrissent et boivent, se reproduisent, ainsi que la naissance des petits.” Cette surveillance des gibiers permet de réguler la population dans le respect d’un ratio mâle/femelle, adulte/jeune.

Chasse à la battue.

Comme bras droit, l’assistant directeur peut compter sur le gardien de chasse, dont la présence de chaque instant peut limiter les dégâts du braconnage. Au Domaine Ravenales, ils sont trois à être mandatés par le propriétaire “pour être la police du chassé”. Matin et soir, ils font la tournée des 350 arpents et peuvent ainsi notifier tout dommage de la clôture. Pendant les parties de chasse, ils peuvent aussi se mettre dans la peau d’un guide pour accompagner et diriger les chasseurs vers les miradors. “Ils sont très souvent sollicités par les chasseurs pour leur connaissance redoutable du terrain et leur atout à identifier la présence d’un gibier”, précise Jérôme Cangy.

Durant la saison de la chasse aux cerfs, c’est principalement le mode dit “battue” qui animera les parties. Cela consiste à ramener le gibier vers des endroits spécifiques. Lors d’une chasse à la battue, il y a deux types de rôles : les tireurs postés sur les miradors et les rabatteurs, aussi appelés “tourneurs” à Maurice. Ces derniers sont très sollicités pour conduire et diriger les chiens de chasse. D’autres, comme les bouchers, les taxidermistes, les éleveurs de chiens de chasse, s’ajoutent à liste des métiers qui seront impliqués durant cette nouvelle saison de chasse aux cerfs.