C’est un anniversaire dont on parle à peine dans ce monde où il se passe tant d’événements médiatisés qui retiennent l’attention. Et puis, il est vrai que l’on préfère des nouvelles réjouissantes aux informations qui peuvent mettre mal à l’aise et obliger à remettre en cause ses supposées valeurs. Cela fait un an, ces jours-ci ,que l’exode des Rohingyas de la Birmanie des généraux — dont une des dirigeantes a obtenu le Prix Nobel de la Paix ! — a commencé.

En moins d’une année, presque un million d’êtres humains rejetés pour leur appartenance ethnique et religieuse ont été chassés de leur pays dans le cadre de ce que des agences internationales ont qualifié de génocide. Ils ont été chassés de leur pays, où une majorité d’habitants pratique le bouddhisme, religion et philosophie de la non-violence et de la compassion ! Les Rohingyas se sont réfugiés au Bangladesh, pays voisin de la Birmanie où ils sont tout juste tolérés et beaucoup exploités. Même dans les cas de grande détresse l’homme demeure un loup pour son semblable. Cela fait un an que ce déracinement de tout un peuple existe dans l’indifférence des grandes puissances, si rapides à donner des leçons et des conseils, mais si lentes à les appliquer en prenant des mesures concrètes.

Le président américain Donald Trump ne se contente pas d’envoyer des tweets délirants sur les réseaux sociaux ou de faire des déclarations qui semblent sortir de comédies burlesques. Entre deux tweets et trois déclarations, il est également en train d’asphyxier économiquement un pays de 83 millions d’habitants, l’Iran. Il est vrai que depuis que les Ayatolahs ont remplacé le Shah, ami des USA, on ne peut pas dire que le niveau de la démocratie ait sensiblement augmenté dans l’ancienne Perse. Il est vrai que les guerres civiles, les purges politiques et religieuses ont fait des dizaines de milliers de victimes. Mais n’est-ce pas le cas dans d’autres pays de la région avec qui les grandes puissances — dont les Etats-Unis — entretiennent des liens tout en disant le contraire ? Prenons l’exemple de la Syrie qui a été mis à genoux, des centaines de milliers de ses habitants tués et le reste de sa population réduit à la misère ou à l’exil et les villes et les villages détruits par des années de bombardements et d’affrontements armées. Bilan : plus d’un demi-million de morts et deux millions de blessés. Malgré ce carnage, dans tous les sens du terme, les grandes puissances continuent à donner du Monsieur le président à Baschar Al Assad. Mais Donald Trump n’aime pas l’Iran et quand il n’aime pas, il asphyxie en utilisant toutes les armes à sa disposition et elles sont nombreuses.

La plus importante est l’économie et la place que le billet vert occupe dans le monde. Parce que Donald Trump n’aime pas l’Iran, il a décidé que non seulement les Etats-Unis allaient rompre les relations économiques avec ce pays, mais qu’il va également forcer les autres grands pays et les multinationales à faire de même. Et le diktat du président américain est suivi ! Les grandes entreprises se retirent de l’Iran, tout comme les banques internationales qui redoutent les sanctions économiques américaines. En effet, commercer avec l’Iran implique que l’on s’exclut du système économique mondial contrôlé par les USA. Au début de ce millénaire, alors que l’on croyait que l’esclavage et la colonisation étaient des maux d’un passé heureusement révolus, le monde est en train de faire un grand retour en arrière. Dans son jeu, le président américain est soutenu par le monde dit civilisé qui accepte la politique de l’asphyxie économique. C’est tout juste si ce monde-là n’applaudit pas les décisions du président américain.

Le monde dit civilisé ne peut pas — et peut-être ne veut pas — empêcher Donald Trump d’asphyxier l’Iran. Et pourtant ce pays est la 29e puissance économique mondiale, produit du pétrole et possède dans son sous-sol la plus grande réserve de gaz naturel au monde. Si le monde civilisé ne peut rien faire pour l’Iran, malgré ses ressources économiques indéniables, pourquoi se fatiguerait-il pour les Rohingyas qui n’ont plus rien ? Même pas de nationalité.

Jean-Claude Antoine