Les places Decaën et Immigration qui se trouvent aux deux extrémités de Port-Louis, à proximité des gares Victoria et du Nord, respectivement, prennent finalement vie et de la couleur. La résistance des marchands ambulants menés par leur chef de file, Hyder Raman, aux mesures gouvernementales en vigueur depuis le 18 avril s’est étiolée au fil du temps face à l’intransigeance des autorités de faire respecter le jugement de la Cour suprême, longtemps ignoré par les marchands ambulants et pas appliqué par les autorités. Il était grand temps de libérer certaines rues de Port-Louis d’une occupation marchande illégale afin de rendre les trottoirs aux passants et redonner aux magasins leur droit de cité. Et le réalisme a finalement primé chez les marchands ambulants.
Malgré un dernier baroud d’honneur traduit par la menace de reprendre les activités le week-end dernier, les colporteurs qui faisaient le sit-in près de la municipalité de Port-Louis ont dû se résoudre à abandonner le mouvement devant les menaces d’interpellation des grévistes pour des actes illégaux et le coup de semonce donné par le Premier ministre SAJ lui-même, lors d’une fonction à Plaisance,  mercredi dernier, où il déclarait sans ambages que le gouvernement ne retournerait pas sur sa décision d’interdire les rues de la capitale. “Marchands ambulants capave envoler”, devait-il dire en substance aux colporteurs.
Loin de l’agitation des environs de la municipalité de Port-Louis, depuis deux semaines, d’autres colporteurs de la capitale ont eux commencé à occuper le lieu dédié à leur activité : aux places Decaën et Immigration. Depuis le 18 avril, ceux qui s’étaient préparés au renoncement de leurs privilèges et la nécessité de travailler coûte que coûte se sont regroupés sur ces deux sites. Selon les autorités, ils sont maintenant environ 150 à 200 à y opérer en attendant d’être rejoints par les grévistes qui le souhaiteraient. Et en fin de semaine, ils étaient de plus en plus nombreux à investir les lieux.
Les places Decaën et Immigration commencent, donc, à ressembler à de véritables Hawkers place, moins le confort voulu, c’est-à-dire, le manque d’aménités pourtant indispensables à ces travailleurs de rue. Et pour le reste, tout est loin d’être parfait. À coté de ceux qui ont eu légalement le permis d’opérer, se trouvent des squatteurs qui sont sources de conflits parce qu’ils gênent le passage et se sont approprié des espaces plus grands que ceux alloués. Mais il y a aussi d’autres problèmes qui relèvent de l’organisation et de la logistique sur place, en particulier à Decaën. Des embouteillages sont provoqués par les vans de colporteurs et certains autobus ont vu leur point de départ déplacé. Ce qui perturbe les passagers.
En outre, des problèmes de sécurité se posent avec acuité vu la proximité du raccordement de la gare routière avec l’autoroute aux heures de pointe. Avec le flux d’autobus et de voitures empruntant cet axe, il existe un réel danger pour les piétons qui se rendent vers cette destination. Enfin, la problématique du nettoyage des nouveaux sites après les opérations demeure une source d’insatisfaction pour les opérateurs et le voisinage qui exigent une présence policière aussi bien pendant l’activité des marchands ambulants que pendant les heures de calme plat.