LETTRE OUVERTE À PRAVIND JUGNAUTH, PREMIER MINISTRE: La saga BAI, deux ans après

Monsieur le Premier ministre, je viens d’écouter votre discours à l’occasion de notre fête nationale et si je me permets de vous écrire en ce moment, c’est qu’en tant que citoyenne de l’île Maurice et ayant servi mon pays pendant très longtemps, en ce jour de fête, j’ai le cœur très lourd, avec le sentiment qu’à plusieurs reprises, j’ai été trahie par mon pays, mise à l’écart, dénigrée, persécutée, harcelée et souffrant de discriminations et d’exclusion dans un programme d’inclusion
Malgré tout cela, en écoutant votre discours, je réussis à mettre de côté mes revers personnels mais j’ai surtout le profond regret de vous dire que pour nous les victimes de la BAI (actionnaires de la Bramer Banking Corporation Ltd, détenteurs de polices d’assurances Super Cash Back Gold, investisseurs dans la Bramer Asset Management Ltd, etc.), ce jour de fête n’est pour nous qu’un autre jour de tristesse. Voilà, depuis deux ans, nous ne savons plus ce que fête signifie. Il est difficile pour nous d’accepter qu’après les longues années de dur labeur pendant lesquelles nous avons servi notre pays, nous avons été propulsé dans la pauvreté quand le gouvernement Lepep a provoqué le crash du conglomérat BAI, et ce, après que plusieurs membres du gouvernement avaient retiré leur argent de la Bramer Bank.
Jusqu’au 3 avril 2015, date à laquelle le gouvernement a nationalisé la BAI, nous vivions tranquille de nos économies et des intérêts ou dividendes. La BAI n’a jamais raté un paiement, donc ce sera difficile de nous convaincre du contraire. De toute façon, la vraie vérité provient des Facts and Figures  et non de ce que tout un chacun puisse dire – pourquoi ne pas soumettre les chiffres. Pourquoi ne pas avoir une Commission d’enquête. Ce que nous constatons, c’est que (1) d’une part, les biens de la BAI ont été bradés ou pratiquement donnés en cadeau (2) le gouvernement est devenu propriétaire du coeur même de la compagnie, sans rien payer et sans dédommager les victimes. Par exemple, combien le gouvernement a-t-il investi dans la National Commercial Bank, devenue Maubank et dans la NIC ? (3) En tant qu’actionnaire minoritaire, j’attends toujours une explication concernant les transactions boursières massives qui ont été effectuées après les élections de décembre 2014 jusqu’au crash. (4) Le rapport NTan couvre-t-il cette période. Il devrait dont refléter ces transactions ainsi que les retraits massifs effectués pendant cette même période par les entités gouvernementales. Pourquoi ne pas rendre ce rapport officiel ?
Pendant ce temps, presqu’un cinquième de la population de l’ile Maurice ainsi que de nombreux étrangers sont victimes d’une situation pénible depuis deux ans. On a déduit injustement une partie de nos économies et de nombreuses personnes n’ont pas récupéré un sou à ce jour. ‘To add insult to injury’ un certain nombre de victimes, après avoir été référés à la FIU, vivent dans l’angoisse, ne sachant pas à quelle institution, (ICAC, IRSA, CCID ou autre) leur dossier sera envoyé. Les institutions locales ont failli à leurs tâches. Qui décide qui doit être remboursé ? La NPFL ou autre? Ce que nous savons c’est que ceux qui sont chargés du remboursement font ce qu’ils veulent, incluant ou excluant qui ils veulent. Que fait-on des recettes de la vente des différents actifs de la compagnie? Par exemple, BAML avait investi dans plus de 90 terrains et immobiliers. BDO rend son tablier ; combien de ces actifs ont été vendus, à quel prix, où sont les recettes de la vente de ces bien tout comme, où est l’argent d’Apollo Bramwell?
Parmi les clients de la BAI, il y avait beaucoup de personnes âgées et le crash  a eu comme impacte que plusieurs personnes sont décédées, certaines victimes ne savent plus comment faire pour survivre, comment payer leur loyer, comment se procurer leurs médicaments ou payer les frais d’opération qu’ils doivent subir. D’autres personnes ont dû interrompre l’étude de leurs enfants et certains vivent dans l’angoisse de voir leur maison ou terrain être saisi, ne pouvant plus rembourser leurs emprunts.
Le monde dans lequel nous vivons depuis deux ans est un monde infernal, rempli d’angoisse, d’incertitude pour l’avenir, de détresse et de chagrin. Il vous faudrait revoir ce que le gouvernement  Lepep a créé en nationalisant le conglomérat BAI et quand vous dites que vous avez diminué la pauvreté, c’est en grande partie à notre détriment, car nous, nous sommes tombés dans la pauvreté. De plus quand vous parlez de progrès pour tous, vous ne vous rendez pas compte que nous, Mauriciens et étrangers, victimes de la saga BAI, sommes retournées toute une vie en arrière et que nous n’avons aucun moyen de recommencer.
Monsieur le Premier ministre, je suis apolitique, donc il n’y a aucune influence politique dans ce que j’écris et de plus, il n’y a aucune diffamation car tout peut être vérifié et tout est vérité. Vous invitez de nouveaux investisseurs à venir au pays — on a bien vu comment le gouvernement défend certains investisseurs tandis que ceux qui ont investi dans la BAI sont dénigrés et pénalisés. Avec tous ces étrangers, (dont certains ont investi après que l’ex-Premier ministre et autres ont retiré leur argent de la Bramer Bank) qui sont venus ici sur la base des publicités vantant le pays comme étant un paradis, c’est une mauvaise publicité pour l’île que de leur priver de leurs investissements et de les faire sombrer dans la pauvreté.
La Bramer Bank devenue Maubank et l’assurance BAI devenue NIC, sans oublier la Bramer Asset Management Ltd formaient les plus gros actifs du conglomérat. Ils sont toujours là et il n’y a donc aucune raison de ne pas rembourser les victimes dans la totalité. Vous ne pouvez devenir propriétaire de quoi que ce soit sans payer.
Monsieur le Premier ministre, c’est en toute humilité que je vous prie de revoir la situation des victimes de la BAI (SCBG et BAML) et de soulager, dans les meilleurs délais, la souffrance et la détresse de ces milliers de personnes.
Je vous prie de croire,, Monsieur le Premier ministre en l’expression de ma très haute considération et vous en remercie par avance.