C’est ça la nouvelle stratégie de communication de Pravind Jugnauth ? Se montrer vulgaire devant les femmes en un 8 mars et parler de ceux qui « fann lagrain » ? C’est ça que certains des attachés de presse du Premier ministre appellent faire de la politique autrement ? Que dire de l’exercice de vendredi ? Personne n’a compris ce que le chef du gouvernement a voulu exactement faire en convoquant la presse. Pour ce qui, finalement, était un soliloque d’une grande monotonie.

Un communiqué indiquant que la présidente partirait entre la garden party du 13 mars à la State House et la rentrée parlementaire du 27 mars aurait suffi comme clarification, celle qui était obligée à la veille des célébrations nationales au lieu de faire venir les journalistes pour, ensuite, leur interdire les légitimes questions qu’ils se posent et auxquelles la population, elle aussi, voudrait avoir des réponses adéquates.

Parce que le feuilleton, lui, se révèle assez sordide. Les dépenses extravagantes de la présidente avec une carte de crédit mise à sa disposition par son associé Sobrinho au sein de Planet Earth Institute ont gagné la place publique et provoqué un très vif émoi dans l’opinion certes pas dupe, mais suffisamment choquée que quelqu’un qui touche la bagatelle de Rs 370 000 par mois et, de surcroît, exempté d’impôts, ait besoin de la carte d’un individu controversé pour payer ses factures de restaurants, de magasins et de bijoutiers. Tous ou presque, toutes familles politiques confondues, étaient arrivés à la même conclusion : la dame ne pouvait pas rester et ne pouvait surtout pas se pavaner à côté des invités étrangers attendus dans le cadre du 50e anniversaire de l’indépendance. Attendu, avec raison, comme un grand rendez-vous national.

Après la fuite en avant orchestrée par la présidente et son risible ultimatum, le Premier ministre, visiblement pas convaincu, paraissait inhabituellement résolu. On attendait donc une décision rapide et tranchée. Non, on a eu droit à tout. Et surtout à rien, si ce n’est une situation rocambolesque. Celui qui avait proposé sa présidente, Ivan Collendavelloo, a pris fait et cause pour sa protégée, estimant que chacun est libre de dépenser son argent comme bon lui semble, comme si c’était vraiment le sien, tandis que son collègue de parti Ravi Rutnah, plus médiocre que jamais dans ses outrances, tentait une nouvelle fois de tout justifier. Le mentor, lui, jamais à court d’une explication tirée par les cheveux, est venu dire qu’il a recueilli les confidences de la présidente à l’effet qu’elle avait déjà remboursé les sommes dépensées. Et que, selon lui, l’affaire s’arrêtait là.

Le psychodrame a ensuite duré toute une semaine, chaque jour apportant son lot de surprises. Culminant avec l’organisation d’un Conseil des ministres spécial actant l’obligation de retrait d’Ameenah Gurib-Fakim. Les choses iraient très vite, a alors pu penser le bon peuple. Parce que, si un Conseil des ministres décide qu’un président doit s’en aller, la dignité et le sens de l’honneur le plus élémentaire commandent que l’on s’exécute, d’autant que cela peut aussi ouvrir la porte à la liberté de s’expliquer. Débarrassée de ses responsabilités officielles, la simple citoyenne Ameenah Gurib-Fakim aurait eu tout le loisir de venir donner sa version des faits.

Au lieu de tout cela, un triste épisode avec des négociations à la petite semaine. Un coup c’est le tandem Jugnauth Jr-Collendavelloo qui est dépêché à la State House pour aller discuter, puis c’est au tour du mentor d’utiliser ses bons offices, puis nouvelle rencontre présidente/-Premier ministre. Et, entre tout ça, un affichage joyeux présidente-Premier ministre adjoint, le temps du lancement d’un bouquin retraçant le chemin parcouru du Réduit à la State House. Enfin, du Réduit au Réduit.

C’est au terme de ces tractations de boutiquiers que l’annonce a été faite que la dame partirait avant le 27 mars. La date restant un mystère pour des raisons que seuls les négociateurs connaissent. Comme la participation ou non de Pravind Jugnauth à la garden party et autres activités organisées par la présidente. Et pendant que le Premier ministre assurait la nation qu’il avait fait tout ça dans l’intérêt du pays, un grand nombre de médias tant régionaux qu’internationaux évoquaient le départ de la présidente en parlant de scandale et de corruption. Belle publicité qui ne sert en aucun cas l’intérêt de la République de Maurice.

Pourquoi une telle résistance de la part d’Ameenah Gurib-Fakim ? Peut-être que la présidente estime qu’elle ne peut pas payer toute seule. Que d’autres sont aussi impliqués jusqu’au cou dans toute cette affaire qui défraie la chronique depuis que Week-End avait, le 26 février 2017, révélé que des licences bancaires avaient été délivrées à Alvaro Sobrinho, soupçonné d’avoir détourné des milliards de la banque Espirito Santo au Portugal et que, plus sensible encore comme information, c’est qu’il était très lié à la chef de l’État mauricien, Ameenah Gurib-Fakim. Elle doit sûrement savoir que d’autres ont été aussi intéressés qu’elle de dérouler le tapis rouge pour l’ami Sobrinho.

Peut-être qu’elle estime qu’elle n’a pas plus fauté que toutes ces femmes du gouvernement MSM-ML qui se sont particulièrement distinguées ces derniers temps. Peut-être se considère-t-elle un modèle comparée à Vijaya Sumputh, autre femme “symbole” du Muvman Liberater, dont le rapport d’enquête sur son extravagante augmentation salariale dort toujours dans un tiroir, tout comme celui portant sur Youshreen Choomka, la présidente devenue directrice tout en monnayant son statut d’intermédiaire auprès d’investisseurs aussi crédibles qu’Alvaro Sobrinho. Peut-être qu’elle se dit pourquoi moi et pas les autres, ces proches de la famille royale régnante qui se partagent postes et commerce de biscuits ou cette dame qui a été promue ministre avant même que la commission d’enquête sur la drogue ne statue sur ses visites à la prison pour rencontrer 37 détenus.

La question qui reste aussi posée c’est pourquoi le Premier ministre a-t-il finalement choisi de contourner le recours à un tribunal comme prévu par la Constitution. Qui a peur d’une enquête ? Qui, sur cette affaire, veut faire l’économie de la vérité que l’on devine mais qu’on voudrait voir éclater au grand jour ? Ceux qui sont les complices de madame la présidente, ceux qui ont, eux aussi, bénéficié des largesses d’Alvaro Sobrinho ?

Au final, ce qu’on est en train de vivre, c’est le summum du ridicule. On a connu de multiples exercices dans ce pays, l’opération lev paké alé, qui avait fait des ravages considérables après les élections de 2005, celui de lev paké resté de SAJ en janvier 2017 lorsqu’il s’est rétrogradé pour laisser sa place à son fils et, aujourd’hui, on a le lev paké atann. Qui a dit qu’on n’innovait pas assez en ces temps de célébrations du 50e anniversaire de l’indépendance et des 26 ans de la République ?!