Malgré les nombreux conseillers dont il s’entoure, malgré la MBC, il semble que le Premier ministre ait toujours du mal à se projeter. C’est peut-être parce que ses grands stratèges en matière de communication étaient trop occupés à se présenter et à parler d’eux-mêmes que Pravind Jugnauth s’est senti obligé de se “vendre” tout seul. En parlant longuement de lui-même et en se posant comme un « exemple » lors d’une sortie publique à Flacq jeudi dernier.

On a vu et entendu Ken Arian sous toutes les coutures le week-end dernier sur deux radios privées en début de semaine. Raj Meetarbhan, fraîchement nommé, s’est, lui, engagé dans un exercice d’explication quant à sa « brûlante envie de servir » — pour reprendre le litre de l’ouvrage de Lindsay Dookhit — qui ressemble fort à un désir irrépressible de se justifier.

On voudrait bien voir comment leur adhésion déclarée à la transparence va se traduire lorsqu’il sera question de rendre publics l’accord signé avec l’Inde sur Agaléga, selon l’engagement pris par Mahen Jhugroo devant l’auguste Assemblée nationale en avril 2017, ainsi que les rapports d’enquête sur la hausse faramineuse du salaire de Vijaya Sumputh qui avait atteint les Rs 323 000 mensuelles en février 2017 et sur la drôle de chaise musicale qui a fait passer Youshreen Choomka du poste de présidente de l’Independent Communication and Technology Authority à celui de directrice du même organisme.

La personne de ces deux conseillers de Pravind Jugnauth ne nous intéresse pas particulièrement. On se doit de parler de ces nominés politiques pour une bonne et simple raison : c’est qu’ils sont payés des fonds publics ou qu’ils bénéficient de facilités de l’État, tout en se déclarant « bénévoles ». Ils se distinguent et invitent aux commentaires parce qu’ils se perdent dans de grandes déclarations au lieu de faire leur boulot discrètement comme Claude Sérillon en tant que conseiller en communication auprès d’un François Hollande et d’un Bruno Roger-Petit auprès du président français Emmanuel Macron, bien que ses attributions lui confèrent la responsabilité explicite du porte-parolat de l’Élysée. Pravind Jugnauth a évoqué, toujours lors de l’inauguration d’une énième offi cine à Flacq, les grands bonds réalisés par Maurice en se targuant d’en avoir été l’artisan.

Il a ainsi parlé de Mo Ibrahim et de l’amélioration du classement des pays au chapitre du climat des affaires. C’est très bien tout ça, mais il a juste omis de commenter l’autre classement, tout aussi important, celui du “climat des affaires” dans sa version scandales et corruption. La veille même était pourtant tombé le classement de Transparency International pour 2017. Maurice a été rétrogradée de la 43e à la 54e place sur une liste de 180 pays. Une chute de neuf places. En Afrique, le pays n’est que 6e derrière le Botswana, les Seychelles, le Cap Vert, le Rwanda et la Namibie.

De ça aussi il faut parler. Si on veut se poser en figure tutélaire, on doit être comptable de tous les indicateurs, qu’ils soient bons ou mauvais, et nous faire part de ce qui a été entrepris pour améliorer la situation. Or, personne n’a été étonné que Maurice ait dégringolé dans le classement de Transparency International. Tout indique au contraire que l’on a davantage reculé sur le plan de la bonne gouvernance. Trois ans après l’arrivée de ce gouvernement, rien d’entrepris, si ce n’est la pratique du “family trust” qui consiste à ne nommer que des proches dans des postes de responsabilité, alors qu’ailleurs c’est un délit. Trafic d’infl uence, confl it d’intérêts, népotisme. Rien encore sur le fi nancement des partis politiques, ce qui est à la base même de la perversion du système démocratique. Rien sur la déclaration des avoirs. Rien de rien ! Il vaut mieux ne pas parler des institutions très critiquées d’ailleurs par Transparency pour leur laxisme et leur ineffi cacité. Alors qu’elles coûtent pas mal d’argent aux contribuables.

L’ICAC semble, depuis deux ans, agir comme un organisme d’appoint de la commission d’enquête sur la drogue. Elle traque le blanchiment. C’est certes une de ses missions, mais au niveau de la lutte contre la corruption, on n’a strictement rien vu depuis trois ans. La politique de recrutement dans les organismes publics, qui est une autre source de passe-droits et de favoritisme, au point où des habitants de RocheBois sont descendus dans la rue cette semaine, n’a rien de transparent, alors que ce gouvernement avait promis l’enregistrement vidéo des entretiens d’embauche par la Public Service Commission.

Non seulement il n’y a rien de tout ça, mais la PSC continue à déléguer ses pouvoirs à certains ministères pour qu’ils puissent recruter à partir de leur liste bloquée d’agents politiques. Et que fait l’Equal Opportunities Commission pendant ce temps ? Ben, elle dort tranquillement alors qu’elle aurait dû être avec l’ICAC et la Commission nationale des Droits Humains des références rassurantes pour le citoyen. On est passé d’un activisme salutaire d’un Brian Glover à la tête de l’EOC, qui n’hésitait pas à traquer les Michael Sik Yuen et les Vijaya Sumputh, à la léthargie de Khalid Tegally et de ses assesseurs. Si Pravind Jugnauth est à la recherche d’exemple, le vrai, il pourrait le trouver là où il est en ce moment.

À Rodrigues. Là-bas où, avec leurs moyens modestes, ils nous montrent la voie et qu’ils nous font systématiquement la leçon. Ils ont interdit le plastique avant nous. Pas de métro express au coût astronomique ni de « bijou » de complexe sportif dans sa propre circonscription pour appâter l’électorat, mais la création d’un écovillage à Rs 15 millions, un budget inférieur, par… exemple, aux honoraires de Rs 19 millions d’un Kailash Trilochun payés par l’ICTA. Un projet complètement intégré et autonome sur le plan énergétique et écologique. Encore une fois, bravo Rodrigues !