Pendant une quarantaine de minutes, le Premier ministre a répondu aux questions de la presse principalement sur le volet politique, notamment les tractations d’alliance, la teneur du prochain discours-programme, la réforme électorale ou encore le dossier de l’économie. Il devait rejeter les allégations de panique, même s’il déclare dormir que quatre heures par nuit. Il a longuement commenté la situation au sein de la compagnie aérienne nationale, Air Mauritius, et la prochaine confirmation d’Andre Viljoen en tant que Chief Executive Officer, ou encore la mise en chantier du projet de partenariat stratégique pour Air Mauritius avec deux candidates déjà en lice, soit Air France et Qatar Airways.
Ci-dessous, les grandes lignes de ces échanges
Q : Dans la conjoncture politique, le Premier ministre affiche-t-il la sérénité ?
R : Ou éna pou guette mo figir…
Q : Dimoune déor pé dir ou pé paniké…
R : Mo finn fek explik ou…
Q : Leader de l’opposition pé dir ou pé paniké…
R : Ou ankor croire li… Si mo ti paniké, ou croire mo ti pou alle de l’avant pou réklam enn vote de confiance ? Ou croire mo ti pou alle dimand bann éclaircissements prézidan la répiblik lor sa zafer challenger politik-là ?
Q : L’absence remarquable des ministres et des membres du Parti Travailliste à la Garden Party offerte par le président de la République à l’occasion des fêtes de l’indépendance a créé un malaise malgré les garanties données au préalable quant aux relations avec sir Anerood Jugnauth ? Quels sont vos commentaires à ce sujet ?
R : Il y a plusieurs éléments à tenir en ligne de compte. Le Chief Guest pour les fêtes du 12 mars, le président James Alix Michel, devait quitter Maurice vers les 16 heures ce jour-là. Toutefois, le programme de visite avait accumulé du retard. Les discussions avec le président des Seychelles sur la gestion commune de l’Extended Continental Shelf, un dossier important, ont duré plus mongtemps que prévu. J’avais fait comprendre au président de la République que j’allais faire de mon mieux pour être présent à la Garden Party.
L’avion du président des Seychelles avait décollé de l’aéroport vers 16h05. Vu que c’était le Chief Guest, j’ai attendu à l’aéroport après le décollage que tout allait être en ordre avant de quitter l’aéroport. Je suis arrivé à ma résidence entre 17h et 17h15.
Il y avait ensuite le dossier de la prorogation de l’Assemblée nationale. J’avais prévu de m’attaquer à ce dossier mercredi matin. Mais je me suis ravisé car je me suis rendu compte de la campagne qu’aurait menée l’opposition avec la prorogation décidée dans la matinée de mercredi. L’opposition aurait trouvé que j’aurais pris la fuite en prenant connaissance de la liste des PQs pour la séance annoncée du mardi 20. Zot ti pou dire Navin finn paniké.
Alors, je suis descendu au bureau pour mettre au point les procédures pour la prorogation en analysant les dates, les jours fériés, avec le Vendredi Saint du 6 avril et le vendredi 13 avril, même si je ne suis pas superstitieux. La fête Varusha Pirappu est célébrée au cours de cette même période. C’est une affaire assez complexe et nous avions choisi la date du lundi 16.
D’autre part, il faut savoir que les cartons d’invitation ont été distribués au moins deux semaines avant la Garden Party. Il y avait un climat d’incertitudes par rapport au positionnement sur l’échiquier du président de la République. Zot pa ti sir kot ti pou été. Mais je dois dire que dans les photos j’ai vu des Travaillistes à la Garden Party…
Q : Qu’en est-il des défections au sein du Parti Travailliste pour aller rejoindre l’autre camp politique ?
R : Péna ditou…
Q : Est-il question que vous réclamiez la démission de sir Anerood Jugnauth en tant que président de la République ?
R : La question ne se pose pas…
Q : Comment réconciliez-vous le fait que des ministres boudent des convocations venant du président de la République ? Le dernier épisode en date est celui du ministre des Administrations régionales, Hervé Aimée…
R : Ena enn sel sef… Mo pa finn dire li pas allé. Mé li pé suivre bann avis légal…
Q : Au sujet de la controverse sur la visite avortée en Inde pour le centenaire de l’État du Bihar, la présidence de la République s’est empressée d’émettre un communiqué pour apporter de précisions. Pourquoi la State House n’a pas adopté la même procédure pour ce qui est du démenti à l’implication de sir Anerood Jugnauth dans le Remake 2000 ?
R : Quand j’avais rencontré le président de la République à ce sujet, il m’a fait comprendre qu’il n’était pas impliqué dans ces tractations d’alliance. Je n’avais aucune raison de mettre en doute ses explications. Je lui ai demandé si je pouvais faire état de ces éléments en réponse aux questions des journalistes. Il n’avait pas d’objection. Mais à la place de sir Anerood Jugnauth, j’aurais émis un communiqué officiel…
Q : Êtes-vous satisfait de la situation au gouvernement ?
R : Oui…
Q : Mais il y a des tentatives de déstabiliser votre gouvernement ?
R : J’ai des informations au sujet du porteur de valises allant faire des offres à des parlementaires. Savez-vous qui est le dernier parlementaire en date ? C’est l’honorable Dhiraj Khamajeet. Quand il avait à faire face à ce « ti problem » avec ses mandants, quelle campagne n’avait pas menée l’opposition pour réclamer sa démission. Aujourd’hui, ils tentent de le débaucher contre des promesses. Mais il est un fidèle du parti. C’est ce qu’ils oublient…
Q : Vous dites que vous êtes satisfait de votre majorité…
R : Oui…
Q : N’empêche que pendant les trois prochaines années vous risquez de vous retrouvez dans la même situation avec des tentatives de débauchage des parlementaires de la majorité et le risque de vous retrouver en minorité…
R : Dois-je vous rappeler que sir Seewoosagur Ramgoolam avait dirigé le pays pendant cinq ans avec une majorité d’un seul député. Des fois, son gouvernement était même en minorité. Vous faites face à des problèmes quand la majorité est trop importante. Au faitenn ti majorité pli bon. Qu’est que dit Carcassonne ? Une majorité simple. C’est exactement ce dont je dispose.
À ce stade de la réponse, Navin Ramgoolam avait fait état d’une déclaration de Margaret Thatcher en compagne électorale au sujet de la majorité et le coup de semonce (un coup de sac à main) de celle-ci en pleine conférence de presse contre un dirigeant travailliste britannique qui avait osé la contredire sur cette question.
Q : Mais vous risquez de vous retrouver l’otage du partenaire de l’alliance pour maintenir cette majorité…
R : Xavier Duval, le PMSD et le Parti Travailliste constituent une seule équipe. Jamais au grand jamais. Pa ékout sa bann rumeurs-là : bel-bel problem avek PMSD. Tout cela est faux. Nous rigolons un bon coup quand nous entendons cela.
Q : N’avez-vous pas émis de critiques lors de la nomination de proches parents du leader du PMSD ?
R : Jamais ! Toutes ces nominations font l’objet de discussions. Nous voyons ce qui est bon et ce qui ne l’est pas.
Q : Et la réforme électorale dans le discours-programme ? Et vos ambitions en tant que président de la République ?
R : Je le repète que 44 ans après l’indépendance, la déclaration de l’appartenance ethnique nous est imposée à chaque élection. Plus grave, il y a trois communautés, hindoue, musulmane et sino-mauricienne. Puis un quatrième panier, celui de la population générale, pour accommoder les autres. Il y a de quoi pour comprendre l’exaspération des créoles. Nous devrons penser en termes d’unité et de culture. Nou bizin azir kouma enn vraie nation.
Une certitude : je ne serai pas partie prenante d’un système où une communauté quelconque se retrouve exclue. Puis, il y a la question d’élections de président au suffrage universel. Le MMM soulève une objection, que je trouve valable. Il y a le risque qu’au premier tour l’on se retrouve avec plusieurs candidats représentant les différentes communautés. Il y a danger. Seul, je ne dispose pas de majorité nécessaire. Mais avec le MMM, nous aurons les trois-quarts. Mo très satisfait avec le système actuel. Zamé mo pou fer enn sanzman zis pou nou lintéré, zis pou satisfer moi ek pou gagn pouvoir…
Q : La réforme électorale a été au centre des discussions au cours de ces derniers mois. Maintenant, avec l’élaboration du discours-programme, vous avez en main les cartes. Peut-on savoir quelles sont les propositions envisagées en termes de réforme électorale ?
R : Mo péna mazorité. Je n’ai pas la maîtrise de toutes les cartes. J’ai peut-être l’initiative. Il faudra tenir en ligne de compte les changements sur le climat économique. Il est impératif que nous soyions plus efficients. Une remise en ordre des corps para-étatiques est également nécessaire. Il y a encore la réforme électorale.
Q : Quelles sont vos relations avec sir Anerood Jugnauth. Pravind Jugnauth fait état de fuites d’informations du Prime Minister’s Office ?
R : Mo l’information reste dans mo latet. Combien de personnes étaient au courant de la prorogation de l’Assemblée nationale ?
Q : Le Best Loser sera-t-il à l’ordre du jour ?
R : Nous devrions aborder la question.
Q : Qu’en est-il de la tenue des prochaines élections muncipales ?
R : Nous avons le discours-programme du 16 avril. Puis le 1er-Mai. Mais il faudra attendre de voir les conclusions de la contestation du MSM sur le redécoupage des arrondissements urbains.
À ce stade, la question sur le Law and Order donne l’occasion au Premier ministre de commenter favorablement le travail abattu par les hommes du commissaire de police, Dhun Iswur Rampersad.
Q : Lors de vos consultations avec le leader de l’opposition sur la réforme électorale, avait-il été question d’alliance politique ?
R : Non…
Q : Dans le budget présenté vendredi, le ministre des Finances de l’Inde a accordé de nouveaux pouvoirs au département de l’Income Tax pour se pencher sur les dossiers des investissements venant de l’offshore de Maurice. Mais des risques subsistent contre ce secteur. Que compte faire le gouvernement à ce sujet ?
R : La Capital Gains Tax est un sujet très complexe. Pour ce qui est de l’Income Tax, je ne trouve pas à redire. Li bon pou la juridiction Maurice et le traité de non-double imposition n’a pas été touché. Un comité a été institué entre les deux pays. Nous allons continuer à discuter…
Q : Le discours-programme comportera-t-il un volet consacré aux investissements, en particulier la question de partenariat stratégique pour Air Mauritius et la cotation à la Bourse de Mauritius Telecom ?
R : Nous ne pouvons inclure le partenariat stratégique d’Air Mauritius dans le discours-programme. Tout relève d’une question de shareholding. Je n’ai pas d’objection pour la cotation de Mauritius Telecom. Toutefois, j’entends beaucoup de faussetés sur Air Mauritius. Dans le monde entier, des compagnies aériennes traversent des difficultés. (Il cite l’exemple d’Air Seychelles, d’Air France ou encore de Gulf Air). Pa zis Maurice.
La compagnie aérienne nationale doit faire face à deux problèmes. L’un conjoncturel avec les problèmes de l’euro et du cours mndial du pétrole. Ensuite, le problème structurel. Andre Viljoen sera titularisé au poste de CEO. Je suis attristé de prendre connaissance des commentaires négatifs du leader de l’opposition à l’encontre de cet homme compétent et très capable.
Je dois dire que ces dernières années, quand Air Mauritius réalisait encore des profits, il était question de faire l’acquisition de nouveaux avions. J’avais objecté à cette décision car le problème de l’euro pointait du nez. J’avais proposé la mise à exécution d’une étude stratégique pour revoir la situation et établir les enjeux au sein de la compagnie aérienne.
Le rapport a été soumis le mois dernier. Une injection de capitaux s’impose. Nous aurons besoin d’un partenaire stratégique. Une forte délégation d’Air France est venue à Maurice pour des discussions. Si Air Mauritius ne disposait pas d’atouts, croyez-vous qu’Air France aurait démontré un intérêt quelconque ?
Le Qatar est également intéressé. Les responsables ont établi des contacts à cet effet. Nous avons pris la décision d’avoir recours à un exercice de due diligence et de lancer des Requests for Proposals avant de prendre les décisions qui s’imposent.
À ce stade, le Premier ministre est amené à commenter de manière négative le deal passé avec France Telecom dans le passé. Il trouve qu’il faut éviter une telle répétition avec Air Mauritius. Ensuite, il reprend ses explications sur les problèmes d’Air Mauritius avec notamment la dernière acquisition d’Airbus A 340, avions nullement fuel-efficient et des types en fin de série. Il reviendra sur la renégociation de ce contrat avec Airbus avec le soutien de l’ancien président français Jacques Chirac  et des économies de 30 millions d’euros.
« Si ti gard sa deal-là, Air Mauritius ti pou fini fer faillite dépi lontan. Si dimoune kontinyé rode lagratel, zot pou gagné. Li ti enn mauvais deal », ajoutera-t-il. Il critiquera également l’accord intervenu avec Emirates en affirmant que le partenariat stratégique aurait dû être conclu à cette époque.
Q : Quand vous menacez avec « lagratel », voulez-vous dire que des commissions auraient été versées ?
R : Mo pa pou dire…
Q : Vous dites que vous êtes satisfait de votre équipe gouvernementale. Qu’en est-il du remaniement ministériel ?
R : Mo bizin dir ki mo éna enn lékip bien soudée. Zot fer de zot mieux. Péna remaniement à l’horizon…