LOI SUD-AFRICAINE SUR LE CANNABIS: La folle aventure du Dagga Couple

C’est une histoire qui pourrait être banale : un couple se fait arrêter en 2010 pour possession de cannabis à Johannesburg. Cette histoire aurait pu se limiter à quelques lignes dans la rubrique des faits divers. Cependant, ce couple a défrayé la chronique ces dernières semaines. Tout simplement parce qu’il a décidé de s'opposer à une loi qu'il estime injuste.
Jules Stobbes et Myrtle Clarke, couple uni, la cinquantaine, bien intégré socialement ont fait face à trois possibilités : accepter leur sentence et risquer jusqu’à 10 ans de prison, remettre un pot-de-vin à certains policiers, ou alors défier cette loi absurde qui envoie en prison les consommateurs de Dagga,  cannabis. Ils ont opté pour la 3e option et c’est ainsi qu’a commencé au mois d’août The Trial of The Plant, ou le procès de la plante. Le Dagga Couple poursuit 7 départements de l’État sud-africain pour promulgation de lois ‘illégales’. Le cas a été appelé à la Haute Cour de Pretoria, a duré trois semaines et la suite a été reportée à début 2018.
Durant les sept années passées à attendre le procès, le Dagga Couple s’arme des meilleures stratégies, des meilleurs conseils, s’entoure des meilleurs experts internationaux en la matière, fonde l’organisation « Fields of Green for All », et surtout des meilleures personnes qui soutiennent cette cause. Et pour cause…
Profitant de la présence de ces experts internationaux, ils organisent le Clinical Cannabis Convention qui voit la participation d’une diversité incroyable de personnes.
J’ai rencontré le Dagga Couple il y a un peu plus d’un an à une convention sur les politiques des drogues à Cape Town, et à plusieurs conventions internationales sur le même sujet par la suite. Ils m’invitent donc à la convention sur le cannabis médical. J’en profite pour rester quelques jours de plus afin d’assister au procès à Pretoria. Ce que je découvre m’impressionne, surtout lorsque j’établis un parallèle avec notre réponse nationale sur la question du changement des lois autour du cannabis à Maurice. Ce qui m’impressionne c’est la diversité des personnes soutenant la cause :
1.Les médecins : la convention sur le cannabis médical est organisée en partenariat avec le South Africa Medical Association, et les médecins qui y assistent peuvent y accumuler des CPD Points (Continuing Professional Development), ces points nécessaires à divers professionnels afin d’être à même d’exercer leur métier. À Maurice, cela se fait dans la profession médicale, légale, pour ne citer que cela.
2.Le secteur privé/les entrepreneurs : ils sont prêts, et aux aguets, car une autre ineptie de la loi sur le cannabis est qu’elle criminalise aussi le chanvre (plante cousine du cannabis qui ne crée pas d’effets psychoactifs, donc pas de « nissa »). Cette plante offre toute une panoplie d’usage industriel, allant de nourriture, vêtements, cordage, papeterie, matériaux de construction avec empreinte carbone positive, huile, biocarburants, etc).
3.La Recherche Universitaire : l’Université de Cape Town a lancé une étude sur l’impact économique potentiel du cannabis (ganjanomics.co.za)
4.L’environnement légal : une décision de la Haute Cour du Western Cape déclare, en mars de cette année, certaines sections du Drugs and Trafficking Act invalides et inconstitutionnelles, autorisant ainsi la consommation du cannabis en privé. Parallèlement, le South African Health Products Regulatory Authority supervisera l’introduction de médicaments à base de cannabis thérapeutique à travers le Medicines and Related Substances Act. Aussi, le Central Drug Authority (CDA), sous l’égide du Ministère du Développement Social prône la décriminalisation de toutes les drogues, voulant dire que les consommateurs de drogues ne devraient pas, selon le CDA, aller en prison pour simple consommation. Le CDA est l’organe qui supervise l’implémentation du Plan d’action national sur le contrôle des drogues en Afrique du Sud.
Le débat sur le cannabis évoluerait certainement ici si l’on arrivait à prendre en compte l’aspect médical, industriel, et récréatif, au lieu de se limiter à un débat stérile de la dangerosité (très limitée) du produit. Et pour cela, les professionnels devraient s’inviter au débat. Quand est-ce que le monde médical et le secteur privé, pour ne citer que ceux-là, commenceront-ils à se poser de vraies questions à ce sujet ?
En attendant, à Maurice, où en sommes-nous ? Un chanteur se fait arrêter pour possession de graines de cannabis, et l’on a pu lire récemment un article faisant état de la pénurie de cannabis sur le marché local, ouvrant ainsi ce marché à la prolifération de drogues synthétiques, qui est lui, potentiellement mortel. Nos lois criminalisent une plante, et certains pensent que nous sommes sur la bonne voie…