La répression n’a pas fonctionné. À Maurice comme ailleurs le durcissement des lois et des peines pour des délits liés à la drogue n’ont pas empêché le problème de prendre de l’ampleur. Bien au contraire, ce système a rendu la situation plus difficile avec des déséquilibres sociaux et économiques importants. C’est pourquoi ailleurs, plusieurs pays ont opté pour une nouvelle approche à travers la dépénalisation ou la décriminalisation.
“C’est ma ferme intention de mener avec détermination et sans rien laisser au hasard la lutte contre la drogue afin que nous soyons débarrassés de ce fléau dans le pays”, déclarait le Premier ministre, Sir Anerood Jugnauth, en 1986 à Plaine-Verte. C’était à la suite du scandale des Amsterdam Boys où quatre députés du gouvernement avaient été arrêtés à Amsterdam avec 20 kg de drogue dans la valise de l’un d’eux. Depuis, les lois ont été constamment endurcies dans le cadre d’un système avant tout basé sur la répression dans le but de tenter d’éradiquer le problème des drogues illicites à Maurice. Mais près de 40 ans après que l’arrivée du Brown Sugar a plongé Maurice dans une autre réalité, les différentes mesures correctives prises n’ont jamais atteint l’objectif initial. Bien au contraire, les choses se sont aggravées.
Au fil des années le nombre de consommateurs n’a cessé de croître et de nouveaux réseaux ont été créés pour alimenter le marché en permanence. En 2004, le Rapid Situation Assessment parlait de 17 000 usagers de drogues par voie intraveineuse. Maurice détient cependant l’un des plus hauts taux de consommation d’opiacés dans le monde. Les conséquences ont été lourdes sur la société, la drogue étant directement liée à la pauvreté, l’exclusion, la violence, la corruption, l’insécurité, la prostitution, la surpopulation dans les prisons, l’abus des droits des individus, entre autres maux. À travers les générations plusieurs vies ont été détruites, d’autres le seront encore. Par ailleurs, arrêtés avec de petites quantités destinées à leur consommation, de nombreux consommateurs continuent à être traités en criminels allant jusqu’à se retrouver en cellule aux côtés de meurtriers, violeurs, voleurs et autres vrais bandits.