LUTTE CONTRE LE TRAFIC DE DROGUE : L’axe avocats/trafiquants sous haute surveillance

  • Une vingtaine de professionnels du barreau dans le collimateur de la commission Lam Shang Leen pour complicité active avec les parrains de la mafia et pour Money Laundering
  • Un des avocats traqués par la commission, qui remue ciel et terre pour se faire exonérer, projette de quitter en urgence le pays en cette fin d’année
  • Le Vistors’ Book de la prison témoigne : une VVIP, aujourd’hui proche du pouvoir, rencontre entre 8h et 14h le même jour
  • 39  prisonniers condamnés pour trafic de drogue, dont des étrangers
  •  Le patrimoine amassé par Peroumal Veeren, condamné à 34 ans de prison, évalué à plusieurs centaines de millions
  • Descente des lieux du président de la commission d’enquête et de ses deux asseseurs dans les différentes prisons au cours de ces derniers jours

Un des aspects majeurs que dévoilera au grand jour, au début de l’année prochaine la commission d’enquête sur la drogue, présidée par l’ancien juge de la Cour suprême, Paul Lam Shang Leen, porte sur la connexion entre des avocats et des trafiquants, surtout ceux qui purgent des peines de prison et qui sont soupçonnés de continuer à opérer en tant que caïds intra muros. A ce jour, avec la traque multidimensionnelle suite à la vérification des relevés du Visitors’ Book sous le contrôle de l’administration de la prison au sujet des contacts réguliers, et suspects entre des membres de la profession légale et des condamnés, la commission Lam Shang Leen n’aura d’autre choix que de convoquer une vingtaine de professionnels, dont certains très bien connectés politiquement, pour des auditions formelles. Même si en cette période de fin d’année, la commission d’enquête a suspendu ses auditions, la tension est de mise au barreau compte tenu des Collateral Damages en vue de la mise en accusation de certains pour complicité active avec les parrains de la mafia, ou encore de Money Laundering sous la Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act. Mais il n’y a pas que des avocats, qui sont dans le viseur, il y a aussi des policiers, et non des moindres qui devront faire antichambre à la commission dès la reprise des auditions en 2017.
Des recoupements d’informations effectués par Week-End auprès des sources concordantes dans le milieu carcéral confirment que pour les besoins de ce volet de la lutte contre la drogue, “le Visitors’ Book de la prison constitue une véritable mine d’informations” pour établir le réseau et le fonctionnent entre les parrains purgeant de longues peines d’emprisonnement et les exécuteurs de missions d’importation en liberté. Ces relevés dans les documents de la prison et le décryptage des mémoires de téléphones portables, saisis dans des cellules au cours de ces cinq dernières années, ont livré leurs secrets avec des “contact patterns” avérés de ces avocats alors que, techniquement, il n’y avait aucune raison valable pour ces derniers de maintenir ces relations. En parallèle, le mode de vie de ces avocats, notamment leurs différents deals immobiliers ou la gamme de voitures de luxe, les a également trahis.
Entre-temps, l’ex-juge Lam Shang Leen et ses deux assesseurs, l’ancien ministre de la Sécurité sociale et travailleur social émérite, Sam Lauthan, et l’ancien directeur des Services de santé au ministère, le Dr Ravind Kumar Domun, ont effectué au début de ce mois des visites dans les prisons, notamment à la Prison centrale de Beau-Bassin à la Melrose High Security Prison, à celle de Petit-Verger, ou encore au Remand Detention Centre de Grande-Rivière-Nord-Ouest. Très peu de détails ont transpiré de ces déplacements et des échanges avec les responsables, dont le commissaire des prisons, Vinod Appadoo. Mais il va de soi que ce constat de visu devra permettre à la commission de mieux apprécier les subtilités caractérisant ce monde particulier avec des rituels bien codés.
Un cas
révélateur
Néanmoins, de cette vingtaine de membres de la profession légale sous haute surveillance, le cas d’un d’entre eux est révélateur à plus d’un titre. Called to the Bar, il y a peine quelques années et ayant débuté sa pratique dans des Chambers relativement bien positionnés dans le milieu légal, ce membre de la profession a été aspiré par le système de la mafia. Aujourd’hui, ce n’est nullement une surprise que son nom figure en tête du hit-parade de la commission d’enquête et, à coup sûr, il ne pourra échapper à une convocation formelle.
Avec les développements intervenus ces dernières semaines, son nom est sur les lèvres de plus d’un au sein de la profession. Dans son cas, il n’y a pas que les contacts avec des condamnés à la prison, il y a également son train de vie des plus luxueux. Ce membre du barreau sachant qu’il aura de grosses difficultés pour justifier devant la commission les transactions foncières conclues en son nom, ou encore les marques de voitures à sa disposition, prévoit de quitter en urgence le pays avant la fin de cette année pour éviter d’accuser personnellement réception d’un Summons to appear before the Commission. Son départ imminent est le Christmas Talk of the Bar maintenant que les clameurs autour de la Prosecution Commission se sont tues.
Un autre cas, qui suscite des interrogations et découlant des informations émanant de la prison concerne, l’exploit réalisé par une VVIP Well-Politically Connected et membre de la profession. Dans les annales de la prison, l’on affirme qu’aucun membre du barreau n’a jamais osé tenter une telle performance. Entre 8 h et 14 h en un seul jour, cette Legal VVIP a pris contact avec 39 condamnés pour trafic de drogue, dont de gros bonnets et des ressortissants étrangers en prison. Le Visitors’ Book de la prison recèle de ces détails accablants, qui devront être explicités devant l’ancien juge Lam Shang Leen et ses deux assesseurs.
L’éventualité de cette convocation formelle devant la commission d’enquête pourrait porter préjudice aux “grandes ambitions sur la scène nationale” de cette VVIP. D’ailleurs, dès que les premières bribes d’information se sont mises à circuler à son sujet, elle a perdu quelque peu de sa flamboyance et de sa superbe pour adopter un Low Profile. Toutefois, compte tenu de la gravité des faits dans les documents de la prison et dans un souci de mieux comprendre le rôle de “ces pions”, venant de la profession légale au profit des barons de la drogue, la commission voudrait consigner la version des faits de la VVIP, probablement “for records’ sake” au minimum. En principe, cette VVIP n’a aucune raison valable de s’entretenir avec ces prisonniers, car la majorité d’entre eux ne sont pas ses clients avec la commission ayant déjà fait “sa petite idée” sur le but de ces missions en l’absence de Prima Facie Evidence.
Plusieurs
centaines de
millions de roupies
Outre le fait que les frères Chowrimootoo de Résidence Kennedy sont sous les feux de l’actualité avec la saisie record de 42,2 kilos d’héroïne du vendredi 11 novembre à Sainte-Rose, île de La Réunion, il y a trois autres chefs de file de la drogue en prison, en l’occurrence Peroumal Veeren, prisonnier se promenant dans l’enceinte carcérale avec une chaîne en or d’une valeur de Rs 1 million suspendue à son cou, le dénommé “Nerf” et l’autre connu sous le sobriquet “Very Good”. Pourquoi ces trois ? Leurs noms sont cités comme faisant partie présumément du consortium ayant contribué financièrement pour l’importation de ces 42,2 kilos d’héroïne de La Réunion en s’appuyant sur la logistique mise en place par Mike Brasse. Mais les preuves formelles font encore défaut et le mutisme des autorités réunionnaises face aux demandes de Maurice se présentant comme un véritable obstacle.
De ces trois, le Track Record de Peroumal Veeren intrigue plus d’un. Le patrimoine amassé se monterait à plusieurs centaines de millions de roupies avec un chiffre précis cité, mais sous des prête-noms à toute épreuve. En attendant les conclusions d’un Audit Trail de son Unexplained Wealth, Peroumal Veeran se distingue par ses écarts de conduite. Après avoir été transféré en guise de punition à la Melrose High Security Prison, puis à la Pirates Unit de la Prison centrale de Beau-Bassin en quasi-isolation, depuis cette semaine, ce prisonnier hors du commun a retrouvé les joies du Yard puisqu’il a été autorisé à renouer contact avec d’autres prisonniers. Plus d’un s’accordent à dire que les privilèges, dont s’arrose Peroumal Veeren, ne sont pas à la portée de n’importe qui. “Li telma for, ki saki li dir samem sa dan prison. Li ti ena prisonye ki ti so potekan li ine fini fer so besoin,, ki amène so mangé dan so selil. Ti kuma dir servante ar li”, laisse-t-on entendre comme pour attirer l’attention et mettre en garde les autorités pénitentiaires sur ces écarts inacceptables…