Ministre mauricien de l’Agriculture, Mahen Seeruttun est aussi porte-parole du groupe ACP sur le dossier Sucre. A Bruxelles la semaine dernière pour la 102ème session du conseil des ministres ACP, il a également eu des discussions avec l’Union Européenne sur la question cruciale de l’achèvement du Protocole Sucre en 2020. Question sur laquelle il affiche un relatif optimisme.
En mai dernier déjà, Mahen Seeruttun avait rencontré le Commissaire européen à l’Agriculture, M.P.Morgan, occasion de lui faire part d’un certain nombre d’appréhensions par rapport à la situation découlant du démantèlement du Protocole Sucre.
« Avec l’abolition des quotas qui arrive en septembre 2017, il y a quelques mesures qui ont été mises en place et il fallait assurer que cela suive son cours et arrive à terme dans les délais fixés. Entre autres il y avait les accompanying measures. Quand le démantèlement du Protocole Sucre a été annoncé, on était d’accord pour qu’une somme soit allouée à tous les pays concernés pour qu’ils puissent apporter les réformes nécessaires pour faire face à ce changement. Maurice a été un bon élève et a bénéficié d’une grande partie de la somme allouée, mais il y avait malgré tout à ce jour autour de 60% seulement de la somme prévue qui a été déboursée. Nous avons ainsi perdu Rs 200 millions sur le seul projet éthanol », fait-il ressortir.
D’où l’appel fait au Commissaire en mai dernier de reconsidérer la possibilité de réallouer cette somme.
Il a aussi été demandé à l’UE de financer une étude pour évaluer l’impact que l’abolition du Protocole Sucre aura sur tous les pays concernés. « On vient d’avoir la confirmation de l’accord de l’UE pour financer cette étude, les terms of reference vont être finalisés incessamment. On avait aussi demandé que Maurice soit un des pays concernés par cette étude. Cela a été obtenu », révèle le ministre.
Autre aspect: celui concernant le programme de recherche. Dans une première phase, l’UE avait financé 13 projets de recherche, dont 8 soumis par le MSIRI. L’UE a cette fois donné son accord pour passer à la phase 2, en l’ouvrant pas seulement aux ACP.
« Tout cela va dans le sens de voir comment faire face à la chute du prix du sucre. On peut avec la canne faire autre chose, trouver d’autres moyens de générer des revenus.
Lundi dernier, on a eu une réunion avec l’équipe de la Commission à l’Agriculture de l’UE, et cette délégation que je dirigeais comprenait le ministre des Affaires étrangères des Fidji. On a échangé pas mal de choses » relate le ministre mauricien de l’Agriculture. Qui se dit intéressé à explorer ou approfondir diverses avenues, comme celles de la bagasse, de l’éthanol, mais aussi du bioplastique  pour continuer à assurer l’avenir de l’industrie cannière, au-delà du sucre.
Pour ce qui est du Protocole Sucre, qui arrive à terme en 2020,  Mahen Seeruttun semble vouloir se montrer relativement confiant.
« L’accord qui existe entre l’UE et les pays ACP remonte à l’accord de Yaoundé en 1963, suivi par l’accord de Lomé dans les années 70, puis l’accord de Cotonou en 2000 sur une période 20 ans. Il y a eu, au fil du temps, des changements au niveau de ces deux blocs, d’une part les ACP avec 79 pays qui ont connu des développements et de l’autre l’UE qui est passée d’une dizaine de pays à 29 aujourd’hui. Mais c’est un accord qui a marché, qui a contribué au développement de tous ces pays. Forts de l’expérience acquise et compte tenu de la situation qui a changé (en termes de sécurité, de paix dans le monde, des effets du changement climatique, de l’insécurité alimentaire), l’accord post-2020 doit prendre en compte tout cela. Il faut utiliser cette plateforme qui a donné des résultats pour continuer à mettre en avant des sujets qui nous concernent tous, pour continuer à avancer. Il y a des deux côtés une volonté de trouver une voie pour un accord ACP-UE post-2020 » assure-t-il.
Un proche avenir nous dira si cet optimisme aura été de bon aloi…