Son nom n’est pas totalement inconnu des Mauriciens puisqu’il a plusieurs fois intéressé la presse locale et internationale pour avoir été récompensé à des festivals de jazz. Lui, c’est le Mauricien Jerry Léonide, qui a fait briller les couleurs de son île natale au prestigieux Montreux Jazz Festival en 2013 et à fait résonner ses rythmes et ses mélodies sur son premier album The Key. En tant qu’initiateur de Mama Jaz aux côtés de Gavin Poonoosamy, Jerry Léonide, qui ne jure que par le jazz, a voulu rendre ses lettres de noblesses à cette musicalité et la démocratiser auprès du public mauricien. Le jour marquant la Journée Internationale du Jazz, le 30 avril, le pianiste sera sur la scène de La Maison de L’Étoile, Eurêka, à Moka, pour un concert avec son quartet.
Sur les sites internationaux on peut lire que “Jerry Léonide est le Mauricien et l’un des meilleurs jeunes musiciens à avoir fait carrière sur la scène internationale.” On dit aussi de lui qu’il est “un pianiste qui nous emmène avec un enthousiasme contagieux dans un voyage à la croisée du jazz, des rythmes d’Afrique, de la Soul Music.” En France où il s’est installé depuis 15 ans ainsi qu’en Europe, Jerry Léonide a multiplié les scènes. En ce moment, c’est à La Réunion qu’il anime des ateliers et donnera deux concerts les vendredi 22 et samedi 23 avril au Total Jazz Festival. Avant de prendre l’avion dimanche pour Maurice dans le cadre de Mama Jaz, dont il est l’un des initiateurs.
En imaginant ce projet, le jazzman mauricien n’avait qu’une chose en tête : démocratiser le jazz auprès des Mauriciens, reconnecter les gens avec cette musique qu’il considère comme la base, le vocabulaire de la musique en général. “Le but de Mama Jaz est d’expliquer aux gens où se situe le jazz dans le domaine musical, montrer son importance, sa valeur. Ce projet a aussi été monté pour redonner confiance et une direction à ceux qui pratiquent le jazz à Maurice. La musique mauricienne aura besoin d’encore plus d’artistes locaux qui ont une maîtrise du genre musical qu’on appelle le jazz, pour lui permettre d’atteindre les plus hauts niveaux”, explique le pianiste.
L’idée de l’événement Mama Jaz a germé dans l’esprit de Jerry Léonide après sa participation à une soirée de jazz, organisée par l’UNESCO. Des ateliers, des concerts, des masterclass étaient au programme de ce rendez-vous musical qui s’était tenu à Paris. Il a tout de suite ressenti l’envie de partager cette expérience avec les Mauriciens. Ce serait également l’occasion de partager ses expériences vécues sur la scène internationale avec les musiciens mauriciens, s’était-il dit. Car il faut savoir que Jerry Léonide a eu la chance de côtoyer des grands noms de la scène internationale. “À la manière de feu José Thérèse, je pourrais être une inspiration, une influence pour les jeunes artistes mauriciens”, souligne-t-il.
En tant qu’initiateur et participant à Mama Jaz, Jerry Léonide espère que les Mauriciens se laisseront pousser par leur curiosité de découvrir et d’apprécier le jazz et la musique improvisée en général. Il y aura tellement à voir durant toute la semaine que durera l’événement, “avec les meilleurs artistes de jazz et de toutes musiques confondues de l’île.” Pour sa part, il se dit honoré de partager la scène avec le batteur Christophe Bertin, le trompettiste Philippe Thomas et le contrebassiste Kersley Pytambar. “J’ai tellement hâte d’y être et de vivre ce grand moment de musique avec eux et tous les Mauriciens.” La dernière fois qu’il s’est présenté sur une scène locale remonte à août 2014. C’était au Conservatoire François Mitterrand pour une « Manifestation de piano ». Depuis son départ pour la France à l’âge de 17 ans, et ce dernier concert à Maurice, il s’est passé beaucoup de choses dans la vie de ce jeune Mauricien.
C’est pour des études de musique que Jerry Léonide avait choisi de quitter Maurice pour la France en 2001. Aujourd’hui, il est musicien professionnel et professeur de musique dans plusieurs conservatoires de musique de la région parisienne. Initié à la musique à l’âge de 7 ans grâce à son père Lindsay Léonide, guitariste dans les hôtels et passionné de jazz, il a su faire son bout de chemin en enchaînant les performances dans le milieu du jazz, du funk, du blues et des musiques improvisées. Jerry Léonide arrive troisième au concours international de piano solo du prestigieux Montreux Jazz Festival en 2011. Il a ensuite été l’un des trois finalistes de la Nottingham International Jazz Piano Competition et remporté le premier prix au Concours de Piano Solo Boris Vian en France, un an après. 2013 a été sans conteste l’année de la consécration avec le Grand Prix du Concours international de piano solo du Montreux Jazz Festival et d’autres récompenses, notamment celle du Public.
Groove et couleurs, c’est ainsi que l’on pourrait décrire la devise du pianiste mauricien. L’énergie et le dynamisme qu’il met dans ses compositions musicales se manifestent sur son premier opus, The Key, entièrement consacré aux rythmes et mélodies de son pays d’origine, avec le jazz comme moteur musical. “Cet album est un jazz fusion, avec un mélange de musique mauricienne. Un hommage à Maurice, un projet qui la révèle dans un langage universel : celui du jazz.” L’album, qui a été accueilli positivement par les critiques qui le décrivent comme l’un des projets les plus innovants de l’année 2014, a été enregistré avec le soutien de la Montreux Jazz Foundation, sous le prestigieux label Act Music basé en Allemagne. “Un voyage au sein de l’africanité de Maurice, servi par le son d’un quintet de Jazz”, conclut le pianiste mauricien, avant d’annoncer un deuxième album pour la fin de cette année.