L’avocat Mamade Alim Bocus était le premier à déposer devant la Commission d’enquête sur la drogue hier. Président de l’ICTA depuis mars dernier, cet ancien candidat du MMM a été cité par Raouf Gulbul s’agissant de la rencontre à Saint-Pierre, en novembre 2014. Lors de sa déposition devant Paul Lam Shang Leen et ses assesseurs hier, Mamade Bocus a indiqué que « le religieux avec qui nous avions rendez-vous est le Maulana Haroon ». Il a aussi expliqué son implication dans cette rencontre nocturne.
Le Quatre-Bornais Mamade Alim Bocus ne s’attendait pas à être convoqué par la Commission d’enquête sur la drogue. « Mais comme votre nom a été mentionné par R. Gulbul et comme il nous a précisé qu’il n’y a que vous qui puissiez donner l’identité de ce religieux avec qui vous aviez rendez-vous, nous n’avions d’autre choix que de vous convoquer », a expliqué P. Lam Shang Leen. M. Bocus a fait un rappel chronologique de « comment l’idée d’organiser une rencontre entre le Maulana Haroon et Raouf Gulbul a émergé, vu que l’imam est une figure connue de cette région du pays et qu’il est actif sur le terrain ». Il a ensuite décrit le déroulement des événements, notant qu’il était accompagné de « Mamade Nanhuck, ancien Lord-maire et parlementaire, et de Reza Chamroo, travailleur social connu de Plaine-Verte. »
Mamade Bocus : Raouf Gulbul est arrivé une heure après l’heure convenue de notre rencontre, c’est-à-dire, aux alentours de 22h30. Initialement, j’avais convenu comme point de repère pour le rendez-vous une mosquée, mais je me suis rendu compte, par la suite, qu’en effet, il y a une station-service dans cet endroit. Je dois dire que j’ai été désagréablement impressionné et considérablement refroidi par l’arrivée de Raouf Gulbul ! Trois voitures sont arrivées en même temps et des hommes en sont ensuite sortis… Il y avait là Athon Murday, Ashley Hurhangee, Samad Goolamauly, Noor Hussenee et deux ou trois autres personnes que je ne connaissais pas… Parmi, il y avait une personne un peu corpulente. J’ai demandé à Raouf Gulbul de me parler en privé et je lui ai dit que je ne souhaitais plus aller de l’avant avec la rencontre, et surtout qu’il était hors de question que toutes ces personnes en fassent partie. Il m’a expliqué qu’il était accompagné de ces personnes par souci de sécurité. Il ne semblait pas d’accord avec l’idée de prendre place dans ma voiture pour qu’on se rende en petit comité à la rencontre du Maulana Haroon. Il m’a demandé de lui donner quelques minutes puis il est revenu avec Noor Hussenee seulement… Ils sont entrés dans ma voiture, dans laquelle il y avait M. Nanhuck et R. Chamroo. Nous sommes allés à la maison de la soeur du Maulana Haroon où la rencontre a eu lieu. À un certain moment, le téléphone de R. Gulbul a sonné et il a répondu très brièvement. Quelques minutes plus tard, il a reçu un nouvel appel. Cette fois, il est sorti pour répondre et a mis entre 10 et 15 minutes avant de revenir. Il nous a alors dit qu’il allait devoir écourter la réunion car il était attendu ailleurs.
Paul Lam Shang Leen : Le Maulana Haroon est quelqu’un de connu…
MB : En effet.
PLSL : Donc, Raouf Gulbul doit connaître son nom… Néanmoins, sa mémoire était très sélective et il a toujours maintenu devant la Commission qu’il ne connaissait pas le nom de l’imam. Et il n’a jamais évoqué Mamade Nanhuck et Reza Chamroo…
MB : C’est effectivement très étrange.
PLSL : Il nous revient que Noor Hussenee avait déjà quitté les lieux de la réunion avant Raouf Gulbul…
MB : À ma connaissance, ils sont partis ensemble… Peut-être que N. Hussenee est parti quelques minutes avant, mais pas trop longtemps.
PLSL : Il y avait des affiches qui ont été remises à Raouf Gulbul ?
MB : Pour quoi faire ? Cela n’a aucun sens. J’ai lu dans la presse à propos de ces “affiches” et bien plus encore…
L’avocat a expliqué à Paul Lam Shang Leen et ses assesseurs que « mon rôle dans cette histoire s’arrête là ». Il a poursuivi : « J’ai raccompagné Mamade Nanhuck et Reza Chamroo chez eux et je suis rentré chez moi. » Il a admis qu’il y a quelques jours, R. Gulbul a tenté de le contacter. « Cependant, comme je sais qu’il y a des travaux de la Commission en cour, j’ai considéré qu’il ne serait pas approprié pour moi d’avoir une conversation avec lui sur ce sujet… »
L’attention du président du board de l’ICTA a aussi été sollicitée relativement aux sites Internet qui sont régulièrement visités, notamment par des jeunes, qui y passent des commandes de drogue synthétique. Une meilleure collaboration entre les instances concernées a été souhaitée afin d’assurer un contrôle sur ce plan.