Dans la capitale, ce samedi à 14 heures, j’entamerai la marche contre la privatisation. Ce combat contre la connerie et le pouvoir de l’argent s’annonce différent. Il ne s’agit pas seulement de défendre la plus grande porte d’entrée du pays mais de marcher pour les générations passées et à venir, pour crier mon ras-le-bol des dinosaures de la scène politique et pour dire à quel point j’aime ce qui constitue mon île.
Je ne sais pas grand-chose de mes ancêtres, si ce n’est que tous sont passés par le port. J’ai beau avoir des traits d’Éthiopienne, je ne saurai peut-être jamais si un de mes ancêtres vient de là-bas; est-ce important d’ailleurs ? En tant qu’enfant de peuplement, je n’ai pas le droit d’oublier les souffrances et les luttes passées (‘Papers respecting the East-India labourer’s bill’, ‘The Worlds of unfree Labours’, ‘Capitalism and Slavery’).
Je suis fatiguée de ce système, celui qui consiste à placer des nominés politiques, qui permet des mensonges politiciens sans conséquences, qui arrache sans vergogne l’accès aux plages, aux forêts, à l’eau potable, à la production d’énergie entre autres.
En septembre 2015, Xavier-Luc Duval affirmait que rien ne se décidera sans consultation pour le port mais tout ce qui a suivi depuis n’est que rumeurs.
Par ailleurs, on préfère investir dans des ‘JinFei’ que la CWA; le bien-être des Mauriciens semble ridicule pour des élus.
Je ne serai pas l’activiste que je suis sans les gens du port. J’ai appris le b.a.-ba des visuels de rue, comprenez par là les affiches, les banderoles, mais aussi à allier camaraderie, courage et sensibilités politiques. Ces anciens militants du MMM, les petites mains qui ont cru dans une idéologie socialiste, méritent bien une politique sans fard.
Je serai de la marche contre la privatisation demain pour rappeler à ces défaitistes, à ceux qui ont lutté enn zour dan enn pei, que l’ennemi est plus pervers aujourd’hui. Vous avez donné votre jeunesse mais vous vous êtes abstenu de raconter votre histoire. On attribue l’éducation gratuite à Seewoosagur Ramgoolam et non pas à la révolte estudiantine de Mai-75. Aujourd’hui on utilise les relations publiques pour défaire des entreprises et des gens. L’honneur a disparu. On se retrouve à se battre contre la collection des empreintes, la précarisation, le démantèlement de notre patrimoine, l’énergie fossile, la privatisation… sans ceux qui ont combattu avant nous. Contrairement à mes amis anglais, turcs et indiens, je suis orpheline comme mes camarades de lutte parce que la plupart des activistes de gauche ont changé de philosophie ou se sont retirés du combat.
Par ailleurs, j’ai lu la récente réponse de la direction de la Cargo Handling Corporation Limited (CHCL) à Pamella Edouard. Cette réponse phallocratique est digne du Moyen âge. Mettre en exergue l’argument de « l’égocentrisme familial » parce qu’elle a défendu un membre de sa fratrie sur papier, c’est être à côté de la plaque.
Cela dit, je voudrais davantage d’entreprises calquées sur le business model de la CHCL. Cette dernière, c’est le type d’entreprise qui donne envie. Plus de la moitié des revenus se retrouvent dans le salaire des employés, ce qui constitue une belle somme quand la production marche. Je trouve que c’est plus juste et tout comme la performance de la Cargo, une entreprise bénéficiera de ce système. Cependant, je ne crois pas dans ces groupes dont l’actionnariat est détenu par une poignée d’ultra-riches touchant des millions pour faire acte de présence sur des comités de direction quatre fois l’an!