Les huit membres de la communauté rastafari  arrêtés par la police au Jardin de la Compagnie après un rassemblement spirituel ont été traduits hier matin devant la Bail and Remand Court devant la magistrate Meenaksee Bhogun-Ramjutton sous une charge provisoire d’”obstructing public road.” Ils ont été libérés sous caution.
Trois d’entre eux, Alan Puthia, Anastasia St-Mart et Jessica Fauvrelle, ont été libérés contre une caution de Rs 5,000 et une reconnaissance de dette de Rs 30,000 chacun. Les cinq autres, Siva Pareenum, Gregory Auriant, Pascale Sérieuse, Aldo Augustin et Jacob Sagor, devront payer une caution de Rs 6,000 et une reconnaissance de dette de Rs 50,000.
Les huit accusés devront s’acquitter du montant de la caution lundi. La magistrate leur a fait comprendre qu’ils doivent respecter deux conditions: ils ne peuvent quitter le pays et devront se présenter chaque semaine au poste de police le plus proche.
Wendy Rose, Laval Chuttoo et Yannick François, trois autres rastas, font l’objet d’une enquête de l’ADSU suivant la saisie d’un plant de gandia au Jardin de la Compagnie. Une charge de “possession de cannabis” a été retenue contre eux. Ils resteront en liberté conditionnelle jusqu’à lundi pour leur comparution en Cour. Ils avaient brûlé du gandia dans un réchaud au Jardin de la Compagnie pour exprimer haut et fort, lors d’un rassemblement, vendredi, leurs revendications à une reconnaissance de leur culture rasta.
Avant la comparution des accusés, hier, une petite foule composée de rastas a fait entendre sa voix. Adrian Sandian, visiblement épuisé, a laissé  éclater sa colère: “Nou pa faire narien de mal. Ki faire la police servi autant la force? Ki faire pas laisse nou vive en paix?”, interroge-t-il. Quelques minutes après, les accusés sont arrivés au tribunal dans une fourgonnette, sous escorte policière. “Nu bizin la justice, nu bizin la justice”, criaient à haute voix des proches des accusés qui voulaient à tout prix prendre place à l’intérieur du tribunal pour écouter les charges que devait prononcer la magistrate à l’égard des huit rastas.
Une bousculade s’ensuivit mais la police a résisté et veillé au grain. “Pas question de laisser toutes ces personnes entrer à l’intérieur”, lancait un haut gradé à des policiers mobilisés dans l’enceinte du tribunal. “Allé ban frères, nu dispersé dans la paix ek dans l’amour”, lançait un rasta à ses “frères.”
Message recu. La petite foule n’insista pas, revenant à de meilleurs sentiments et gardant son calme. Regroupés dans un coin, proches et amis attendaient la sortie des accusés pour prendre connaissance des charges prononcées contre les rastas interpellés. “Zordi mo leker faire mal parceki pe traite rasta couma criminels. Ki droit moral la police bate dimoune? Zot pe faire dominer. Nu pe faire apel au Premier ministre pou ki li vine zoine nou autour ene la table parceki nou osi nu ban citoyens couma lezot citoyens”, déclarait Siva Pareemun après sa comparution en Cour, en présence de ses amis sur place en signe de solidarité. “Si pas capave accepté nou, deporte nous”, clamait un autre rasta.
Tout a commencé vendredi après-midi à 13h lorsque des rastas ont brûlé un plant de gandia dans un réchaud au Jardin de la Compagnie, célébrant le rituel Nyabinghi. Une démarche qui provoqua la colère des membres de la force policière qui ont investi les lieux pour saisir le plant avant d’embarquer sans ménagement trois rastas aux Casernes centrales. La situation s’est détériorée lorsque la police a lancé du gaz lacrymogène pour disperser la foule. Plusieurs personnes furent arrêtées. Leurs amis ont ensuite pris le chemin des Casernes centrales  pour soutenir leurs amis interpellés.
La communauté rastafari avait, plus tôt, déposé une lettre au bureau du Premier ministre, sollicitant une rencontre avec le chef du gouvernement.
Questionné sur l’incident au Jardin de la Compagnie, l’inspecteur Siva Cooten a déclaré que la police a dû utiliser la “force minimale” pour disperser la foule qui faisait de la résistance.