Le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, a scellé le sort de Vishnu Lutchmeenaraidoo, qui est actuellement au centre d’une controverse, en affirmant qu’il ne peut plus compter sur lui. « Avec ce qui s’est produit je ne peux plus compter sur Vishnu et j’espère que bientôt il y aura un nouveau ministre des Finances en qui je pourrais placer toute ma confiance », a déclaré sir Anerood Jugnauth, qui s’adressait aux invités à la célébration de son 86e anniversaire par le SAJ Fan-Club de Rivière-du-Rempart. Ce club organise depuis plusieurs années une fête pour célébrer l’anniversaire de SAJ à Roches-Noires. Pour la première fois hier, la réception, à laquelle ont participé les membres du club, des ministres, députés de la majorité et dirigeants des municipalités et de conseils de district, s’est tenue au Château Labourdonnais à Mapou. Parmi les invités d’honneur se trouvaient Xavier-Luc Duval, Ivan Collendavelloo, Showkutally Soodhun et Nando Bodha.
Sir Anerood Jugnauth a dans son discours de circonstance rappelé certains temps forts de sa carrière. « J’ai commencé ma carrière politique en 1963. En 1995 j’étais déçu, après tout ce que j’avais fait. En 1982, lorsque le MMM/PSM avait remporté les élections, le pays était en ruine. Un des premiers messages qu’on avait transmis était que « pou manz manioc patate ». Ce n’était pas une plaisanterie. Les caisses étaient vides et les réserves du pays étaient estimées à 10 ou 12 jours d’approvisionnement. Mais « manioc patate » ne tombent pas du ciel. Il faut planter et récolter ».
Le PM a comparé la situation de l’époque avec celle d’aujourd’hui. « Est-ce que les emplois tombent du ciel ? » a-t-il lancé. Il a attribué la situation actuelle à l’héritage laissé par le précédent gouvernement. « Lorsqu’on sème cela ne rapporte pas le lendemain. Beaucoup de Mauriciens n’ont pas de patience. Nous avons hérité du problème que nous voulons anéantir ». Selon lui, s’il avait écouté Paul Bérenger en 1983, le pays serait devenu une dictature. Il a affirmé avoir refusé de suivre le diktat du FMI et de la Banque mondiale et leur avait demandé de lui donner deux ans pour remettre le pays sur les rails. Par la suite, ce sont les mêmes FMI et la Banque mondiale qui ont inventé les termes « miracle économique » pour qualifier ce qui s’était produit à Maurice. C’est à ce stade qu’il a parlé de Vishnu Lutchmeenaraidoo. « À cette époque j’avais le camarade Vishnu avec moi comme ministre des finances. Je dois dire qu’il a tow the line et avait travaillé. En même temps on entendait beaucoup de renseignements et rumeurs à son sujet. On disait que Vishnu fait ceci fait cela. Mais je ne fais rien sans preuve. S’il y a preuve devant moi je suis sans pitié. À l’époque les gens l’appelaient « razoir ». J’étais satisfait du travail qu’il avait accompli. Cette fois, j’avais insisté pour que Vishnu devienne le ministre des Finances même à l’époque du Remake pour qu’ensemble on accomplisse un deuxième miracle. Malheureusement avec ce qui s’est passé, je ne peux pas compter sur Vishnu. Nous bizin débrouille nous par nous-même. J’espère que dans un avenir proche il y aura un nouveau ministre des Finances en qui je pourrais placer toute la confiance », a affirmé sir Anerood Jugnauth.
Le Premier ministre a insisté sur l’importance de l’unité dans la diversité. « Pour avoir du progrès il faut qu’il y ait la paix et l’harmonie. Il faut que chaque section de la population obtienne ce qu’elle mérite et qu’on respecte toutes les différences de langues et de religions ». Il a dénoncé avec force ce qui s’est passé à Bananes récemment, lorsqu’une bande a sectionné les poignets d’une personne. « Il y a des gens qui sont devenus barbares dans ce pays ». Cet acte barbare, dit-il, aurait pu créer une bagarre, qu’il a heureusement pu déjouer. Il a invité la population à la vigilance.
Sir Anerood Jugnauth a également défendu le projet de Heritage City et affirmé qu’en tant que Premier ministre il ne va jamais déshonorer la capitale du pays. Il a également défendu le financement obtenu des pays arabes. « On a eu le financement des pays arabes. On dit que je vends le pays aux Arabes. Même certains dans la communauté hindoue ont commencé à véhiculer cette idée. Est-ce qu’on avait vendu le pays lorsqu’on avait obtenu des financements aux mêmes conditions avec la France et l’Inde ? Est-ce que je suis aussi imbécile pour vendre mon pays et ma famille ? » a lancé SAJ en estimant que ce sont des propagandes pour empêcher le pays d’avancer.
Dans le même souffle, il a affirmé avoir toujours travaillé pour le pays et n’avoir jamais pensé faire fortune. « Je mets au défi un businessman de dire que SAJ a demandé une commission ou a pris une commission », a-t-il soutenu en insistant sur l’importance de la productivité et de la discipline.
Poursuivant son intervention, le PM a affirmé qu’il ne permettra jamais la corruption ou les cover-up dans son gouvernement. « Pa kont lor moi ».
SAJ a également défendu la Good Governance Act, estimant que ceux qui ont les mains propres n’ont rien à craindre. Il a finalement répondu à Paul Bérenger qui l’avait accusé d’être l’otage d’un ministre. « Si Bérenger n’a pu me tenir en otage en 1982, est-ce qu’un ministre pourrait le faire aujourd’hui ? » Il observe toutefois que si un ministre fait un bon travail, il l’encourage et même le recommande pour être décoré.
Le Premier ministre a été très critique vis-à-vis de Paul Bérenger, qu’il a qualifié de « traître », et Navin Ramgoolam, qualifié lui de « profiteur », alors que lui-même, il veut terminer sa carrière politique dans l’honneur. Xavier-Luc Duval, Ivan Collendavelloo, Pravind Jugnauth et le président du SAJ Fan-Club ont également pris la parole pour souhaiter bon anniversaire à sir Anerood Jugnauth.