Après le coup de force sous le signe de la politique déclarée de “No Retreat ! No Surrender !” contre les marchands ambulants dans des zones spécifiques de la capitale, le ministère des Administrations régionales et la municipalité de Port-Louis mettent au point la prochaine phase de l’opération. Ainsi, la délocalisation des marchands ambulants est à l’ordre du jour dès le début de l’année pour débarrasser les principales artères de la capitale de ce qui était devenu un obstacle à la circulation, principalement piétonnière. Depuis samedi dernier, avec le soutien logistique des membres de la force policière, la rue John Kennedy a été littéralement épurée des 75 marchands ambulants qui envahissaient jusqu’ici cette rue hautement fréquentée et où se situent l’ambassade américaine et la haute Commission de l’Inde. Toutefois, la délocalisation à la Place Decaën et à la Place de l’Immigration en janvier prochain fait polémique parmi les marchands ambulants.
Après avoir entamé réunion sur réunion avec les autorités concernées dont les députés de Port-Louis, la décision a été prise de reloger les Hawkers à la place Decaën sauf que les marchands ont préféré se rendre à la rue Révérend Lebrun (en face de Mauritius Housing Company) et Trou Fanfaron à la Place de l’Immigration à la Gare du Nord. La rue Révérend Lebrun est, depuis lundi, fermée à la circulation et des bagarres y sont relativement fréquentes. Pour cause, ils ne sont pas satisfaits de leur espace de travail.
Toutefois, les autorités les ont autorisés à opérer jusqu’au 31 décembre seulement, soit le temps des fêtes de fin d’année. Entre-temps, les marchands dit saisonniers, à savoir ceux qui envahissent la capitale uniquement en décembre de la rue Magon à Plaine-Verte, se sont installés depuis lundi dernier à Trou-Fanfaron principalement. S’ensuivra une opération pour les délocaliser à la place Decaën à proximité du Square Guy Rozemont à Port-Louis et à la Place de l’Immigration à Trou-Fanfaron à partir de janvier 2016.
Or, d’ores et déjà, des voix discordantes se font entendre contre cette prochaine opération des autorités. Baby, marchande ambulante depuis une vingtaine d’années et se présentant comme la porte-parole de ses confrères, déclare qu’il est inacceptable de se rendre à la rue Decaën car il n’y a pas assez de mouvements à cet endroit. “Isi mem, dan la rue Révérend Lebrun, pa pe kapav travay. Pou Noël, mo pann kapav offer mo bann zenfan enn cado. En plis, nou dan soley ek pena la limiere. Kuma arrive 7h tanto, nou pe bizin plie bagage sinon nou travay dan maré noir”, se plaint cette mère de trois enfants, dont un en bas âge.
Elle est rejointe par un confrère du nom de Le Roi qui, lui, ne comprend pas le double langage des autorités. “Mo ti dan réunion samedi dernye ek ti dir ki nou pou kapav travay ziska dan la semenn. Or, lundi Riot inn redesan kuma dir nou mem pli gran terroriste ki ena dan sa pays-là”, se plaint-il.
Interrogé à son tour, Hyder Raman, président de la Street Vendors Association (SVA), qui travraille sur le sur trottoir à la rue Célicourt Antelme, déclare : “Après une semaine très mouvementée, la communauté des vrais marchands ambulants qui regroupe un peu plus de 1,500 personnes était dans le flou total. Nous avions même perdu espoir à un moment donné. Nous ne pouvions savoir si nous aurions pu opérer ou pas. Comme aucune autorité n’a donné de feu vert, tous les marchands ont commencé à travailler à leurs risques et périls, ne sachant ce qui les attendait. Que voulez-vous? Quelque part, je crois qu’il y avait la main de Dieu car malgré toute la désorganisation, la pression constante et le moral au plus bas, nous sommes parvenus à travailler comme à l’accoutumée.”
La SVA donnera tout son soutien au GM
Hyder Raman réitère son appel au gouvernement, plus particulièrement au ministre des Collectivités locales, Anwar Husnoo, de venir de l’avant avec un comité d’urgence dès le début de janvier 2016 pour que ces milliers de pères et de mères de famille déjà traumatisés ne subissent pas le même sort l’année prochaine.
“La SVA donnera tout son soutien au gouvernement et prendra place aux tables rondes pour le processus de relogement. Car il est temps que les marchands sortent de cet état d’illégalité. (…) Nous ne demandons qu’une chose : sortir du secteur informel pour rejoindre le formel dans un élan de projet de relogement qui reliera le sud et le nord de Port-Louis car il faut être réaliste. Nous avons beaucoup contribué à la richesse du pays. J’attends donc une correspondance du ministère et de la municipalité d’ici le 4 janvier prochain”, fait-il comprendre.
Au ministère des Collectivités Locales, l’on affiche la satisfaction quant au fait qu’un “travail de 10 ans non-abattu par le précédent gouvernement a été fait en à peine quelques jours. Après 15 ans d’occupation des marchands ambulants de la rue John Kennedy, nous avons pu les installer ailleurs.”
De son côté, le lord-maire de Port-Louis, Oumar Kholeegan, concède que bien qu’il reste beaucoup à faire, il faut quand même accepter que la situation a été gérée de 50% à 60%. “C’est très encourageant pour une première fois”, dit-il.
Il rappelle qu’avant que le projet de délocalisation permanente n’intervienne avec le ralliement du Nord au Sud via une passerelle, il faut trouver une solution temporaire. Et la solution, selon lui, demeure la délocalisation à la Place Decaën et la Place de l’Immigration.