En refusant de signer le protocole de la SADC sur le genre et le développement, accord qui engage tous les pays membres à lutter contre le mariage des mineurs de moins de 18 ans, Maurice fait fi de ce combat qui vise à protéger les enfants contre le mariage forcé.

Un mois après la signature de ce protocole au Botswana, la position de Maurice sur cet accord fait encore parler les membres de la SADC. En effet, lors de la signature qui a eu lieu à l’issue d’une rencontre de deux jours, Maurice s’est fait remarquer par son refus de signer le document qui stipule, entre autres, que les législations sur le mariage veilleront qu’aucune personne âgée de moins de 18 ans ne se marie.

Cette rencontre réunissait des ministres de l’Égalité du Genre de la SADC, dont Aurore Perraud, ainsi que des officiels des pays membres. Les représentants mauriciens, qui ont émis des réserves, ont brandi la Constitution mauricienne pour justifier leur décision de ne pas signer le protocole.

Adopté en 2008, ce protocole engage les signataires à, entre autres, honorer et mettre en application tous les principes qui visent à promouvoir l’égalité et l’équité entre les sexes dans tous les domaines.

Au ministère de l’Égalité du Genre, une source explique qu’en « 2015, des dispositions avaient été prises pour harmoniser le protocole de 2008 avec la Constitution mauricienne. Avec cette modification, le protocole devait alors stipuler qu’aucune personne de moins de 18 ans ne pouvait se marier sauf disposition contraire prévue par la loi et dans l’intérêt de la personne. »

Cette harmonisation allait en effet convenir à l’État mauricien dans la mesure où l’État civil prévoit que « the age at which a person can civilly marry is 18 years » et qu’un « minor over 16 and under 18 can contract civil marriage with the consent of his/her parents. »

Toutefois, explique encore notre source, contrairement à ce qui a été décidé en 2015, l’article du protocole sur les droits maritaux et relatifs au mariage des moins de 18 ans n’a pas été amendé. Sans amendement, Maurice n’était pas en position de signer le protocole, car la clause qui dérange l’État va à l’encontre de l’âge légal pour le mariage en cours ici et de la Muslim Personal Law.

Tandis que le mariage d’enfants représente tout un combat en Afrique, notamment dans les pays de la SADC, cette situation met Maurice dans un certain embarras. En juin 2014, lors de la tenue de la 35e session plénière du Forum des Parlementaires de la SADC à Maurice, un vibrant appel avait été lancé pour éliminer le mariage précoce dans la région.

Maurice, signataire de la Convention des Droits de l’Enfant des Nations unies et ayant toujours affiché sa détermination à protéger les enfants contre toute forme d’abus, est dans une position délicate face à la problématique du mariage des enfants.

Il n’y a pas longtemps, dans une de nos éditions, nous avons évoqué les mariages de 805 jeunes âgés de 15 à 19 ans célébrés à Maurice en 2014. Par ailleurs, il revient que l’État mauricien n’est pas prêt à ramener l’âge légal pour le mariage à 18 ans.